partridge.jpg
6

Ça me prend par vague, depuis 5 ans. En général ça commence par le CD de la BO, qui est toujours à portée de ma main, qui tourne, en boucle, dans le train, ou ailleurs. Et puis ça ne me suffit plus, tout à coup c’est l’envie irrésistible de voir. Voir juste une image. Juste un plan. Juste une scène. Juste une séquence. Juste deux séquences.

Juste le film. Depuis ma première vision du film dans une salle non climatisée en pleine fête du cinéma où j’avais été aussi impressionnée et bouleversée qu’agacée par la chaleur et par la longueur de la séance, je dois avouer que, contrairement à ce que j’aurais pu penser, le film gagne, et pas qu’un peu, à chaque fois. A chaque fois cette impression de le redécouvrir (pourtant je crois que ma dernière vision datait de moins de 6 mois peut-être).

[Pour le coup j’ai en effet découvert un nouveau truc : la présence, dans un petit rôle, de Felicity Huffmann, alias Mrs Lynette Scavo, désormais cultissime desperate housewives parmi d’autres…]

Je m’étais dit que je parlerais de chaque scène qui me touche plus particulièrement, et puis finalement j’en suis incapable. Plus le temps passe, plus j’ai de quoi m’accrocher émotionnellement à quasiment chaque personnage. Du coup je pourrais en écrire des pages, mais hm… voilà… faut bien sélectionner.

[attention, spoilers pour ceux qui n’ont pas vu le film]

– Donnie Smith se gare, on entend sa radio avec toujours cette putain de même chanson qui passe dans sa voiture. Il entre dans le bar, « Goodbye Stranger » commence, le cÅ“ur bat plus fort, mais il y a les cordes discordantes de Jon Brion dans le fond, ce nÅ“ud dans le ventre qui ne s’en va pas, la caméra suit toujours, évidemment, sans coupure,

il s’assoit, il commande un Coca Light sans quitter des yeux un point précis, la caméra suit son regard, on voit Brad, Brad le barman, « Goodbye Stranger » se fait plus fort et écrase ces putains de cordes, plénitude, cÅ“ur explosé, la focale change, le vieux apparaît à l’arrière-champ, « Goodbye Stranger » continue de plus belle, cÅ“ur explosé – d’une autre façon.
– Jimmy Gator s’apprête à poser la dernière question musicale, bafouille, reprend sa phrase, rebafouille, essaie de la reformuler, ses yeux s’égarent, les putains de cordes sont insupportables, il parle, présente la question, donne la réponse sans faire gaffe, continue à parler dans le vide, s’excuse d’avoir révélé la réponse, bafouille, s’écroule.
– Stanley Spector refuse d’aller répondre au nom de son équipe, bousille la fin de l’émission, s’adresse à Jimmy Gator qui ne tient pas debout et qui affronte enfin son regard.

– Linda Partridge couchée sur le lit de son mari, l’observant, pleurant et souriant.
– Les larmes de Phil Parma lorsque Linda Partridge lui parle calmement, alors que les larmes coulent sur son visage, et lui explique qu’elle va s’en aller, lui transmettant ses dernières paroles à son mari. Les larmes de Phil Parma qui observe ce qui se passe. Les larmes de Phil Parma qui plie les draps.
– Claudia Gator fait du café. Claudia Gator s’est habillée et maquillée pour sortir, résistant à sa ligne de coke, et puis elle n’y croit plus et se les fait. Puis pleure toute seule comme une conne.
– Le menton de Jim Kurring tremble quand il dit « I lost my gun today ».
– Earl Partridge et ses « goddam regrets ».
– Et ce putain de « Wise up » qui pourra marcher 30000 fois…

[fin des spoilers]

J’ai souvent fait preuve de compréhension – c’est une mauvaise habitude – envers ceux qui reprochaient au film une virtuosité trop visible ; aujourd’hui je pense que j’aurais plus de mal à accepter ces conneries. Le film est absolument maîtrisé, mais jamais dans l’esbrouffe. Tout ce qui pourrait me gêner, c’est que, à partir de la fameuse dernière ‘pluie’, le montage est très découpé et on sent un peu plus l’artifice, mais les personnages ont déjà 2h40 dans les pattes,
donc il n’y a pas de problème, ils existent, on s’en fout un peu du reste, non ?

Voilà, après c’est sûr que je pourrais détailler combien le son est soigné, avec des raccords de fou à l’intérieur d’un
même plan-séquence, selon l’acoustique des lieux ; je pourrais parler de la photo magnifique, jusque dans les gros plans ; je pourrais ajouter que je suis fétichiste de tous les sons produits par Julianne Moore, de ses reniflements aux froissements du sac en papier de la pharmacie, en passant par ses ‘shut the fuck up’ aigus et ses râles graves… Au fond c’est toujours très difficile de parler des films qu’on aime beaucoup, donc je ne vais pas m’acharner. Je suis juste
fière que ce DVD ait été l’un des premiers que j’aie achetés, dès la sortie d’ailleurs, et que je suis contente de voir que le film vieillit merveilleusement bien et se fait une place au soleil au milieu de mes 10 films préférés.

Parcourez d’autres billets :