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Sur un point de départ qui rappelle fortement Lost Highway (David Lynch), le film part ensuite dans une toute autre direction, plus réaliste et plus lisible peut-être, mais mille fois plus inextricable. Autant l’annoncer très vite, il faut essayer d’oublier ce que ‘comprendre’ veut dire, oublier le réflexe qui consiste à trouver des questions – et des réponses – partout. Certes la mise en scène, toujours très visible, amène le spectateur à ce genre de comportement, mais l’amène surtout à questionner son propre rapport à l’image, à ce qu’il voit.

Le cadre et l’image sont presque des personnages à part entière, les plus inquiétants peut-être, parfois parce qu’on ne sait pas qui filme, parfois parce qu’il s’agit de voix connues et familières (Béatrice Schönberg ou Euronews) en arrière-plan, porteuses de quelque chose de très concret pour le spectateur français et aussi, finalement, d’une certaine tension.
L’écriture et la direction d’acteurs sont extrêmement soignés ; les dialogues ciselés et très travaillés (de très nombreuxeffets d’échos, de réminiscences) me font penser qu’une lecture ‘sur papier’ du scénario pourrait aider à une meilleure appréciation de l’Å“uvre. Au centre de cette histoire presque incompréhensible (en tout cas pour ce qui est de ‘qui fait quoi, pourquoi’), il y a un ancrage très fort dans le personnage de Juliette Binoche, dont toutes les réactions sont normales et très concrètes. L’actrice a débarrassé son jeu de toute joliesse et de toute fioriture, et nous offre notre unique point de repère au milieu de ce cauchemar – chose qui manquait parfois un peu dans les films précédents de Haneke. Il n’en reste pas moins quelques petites coquetteries d’auteurs (des longueurs parfois trop appuyées, des personnages et des questions un peu trop volontairement mis de côté, une scène-choc à la limite du complaisant) qui personnellement m’empêchent de crier au chef d’Å“uvre. Mais c’est finalement déjà assez rare d’aimer un film désagréable.

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