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Il y a quelque chose de gênant dans ce film. Une sorte de volonté de réécrire sa propre vie, de revivre certains  événements douloureux, d’embellir le passé, de le sublimer. Tout ça part d’un désir assez normal et assez commun dans tout ce qui a un lien avec la création ; mais ici, sans trop savoir pourquoi, il y a un degré franchi qui me pose problème, comme c’était un peu le cas dans Deconstructing Harry, où j’avais été bloquée par une certaine  complaisance de créateur (les personnages de Woody qui le remercient… beuuuuuarkh). Alors que pourtant, ailleurs, je suis complètement fan du jeu sur la création, de la mise en abyme et tout ce genre de choses, et surtout j’adore voir dans un film ou dans un livre la présence tangible de l’auteur.
Alors pourquoi est-ce que ça coince ici ? Peut-être parce que le film compte tellement sur son contenu, émotionnellement très chargé, qu’il est contruit de façon trop souple, jusqu’à faire une dernière partie qui aurait pu se suffire à elle-même, dans un film à part entière. Cameron Crowe remplit son film de tout ce qu’il peut, parfois en accumulant, parfois en laissant en vrac. J’y vois un réel problème, d’autant que le film est long.
Evidemment sa démarche est sincère puisqu’il part lui-même d’une expérience de deuil personnelle et récente ; et pourtant parfois, tout cela sonne désespérément faux. Je m’attendais à un film à la gloire des losers, à la gloire de l’échec, et finalement j’ai tout le contraire, à l’image de ce repas en l’honneur du défunt, dans une salle immense remplie des amis et de la famille, où une veuve détestée de tous (Susan Sarandon) finit par emporter, par miracle, tous les suffrages. Bien sûr c’est émouvant. Mais c’est tellement invraisemblable et surréaliste que l’émotion ne me parvient pas intacte. Au lieu de me remonter le moral, le film m’enfonce. [Peut-être parce que j’ai vécu des enterrements trop récents et qu’ils ne ressemblaient en aucun cas à cela.]
Se pose ensuite le problème d’Orlando Bloom. Je ne fais pas partie de ses détracteurs, à vrai dire je le trouve plutôt très sympathique en Legolas. Mais il faut bien avouer qu’on n’a pas affaire à un acteur de haut vol. Ici sa prestation est loin d’être honteuse, mais il n’est pas forcément mis en valeur par une mise en scène complètement centrée autour de son personnage, parfois à l’excès (les plans-réactions cadrant uniquement son visage sont assassins).

Alors quoi ? Pourquoi trois étoiles ? Parce que la thématique est évidemment touchante. Parce que malgré la complaisance dont je parle plus haut et qui m’a bloquée, je ne peux pas dire que je suis restée de marbre devant ce film ; parce que les thématiques me plaisent. Parce que la scène du téléphone est peut-être une des plus belles rencontres au cinéma de cette année. Parce que Kirsten Dunst est rayonnante (même si j’ai des réserves sur son  personnage, qui pour moi, un peu comme le reste, est vraiment trop un fantasme de personnage, je n’y crois quasiment jamais). Et surtout elle a un magnifique sac orange (et ça ça vaut bien une étoile entière).

Le cinéma de Cameron Crowe me fait finalement un peu toujours le même effet : j’apprécie, je suis touchée, un peu, et puis, au bout du compte il n’y a rien à faire, la distance reste, je vois le film passer et je ne l’atteins jamais vraiment. Parfois je pense à un réel écart culturel (ah le fameux reproche « C’est trop américain ») mais je ne sais pas. Au fond je ne saurais pas vraiment expliquer ma retenue.

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