Sweeney Todd
4

[Ce qu’il y a de terrible de nos jours avec les films de Tim Burton, c’est que dans la salle, il y a des gamins qui sont fans de Tim Burton, qui n’ont peut-être pas vu plus d’un film de lui, mais qui ont une idée très précise de ce que c’est que Tim Burton, qui ont des sacs et d’autres gadgets de Mr Jack et ça suffit bien comme ça. Et toi à côté tu es traversée de toutes ces pensées absolument misanthropes et de ces jugements rapides, et tu te sens juste vieille.]

Alors donc voilà, le film commence relativement platement, continue relativement platement aussi et finit en s’enflammant.
J’ai un peu de mal à rentrer dans le film pendant tout le début, jusqu’à cette scène entre le gamin et Helena Bonham Carter, avec ce lien un peu étrange qui les unit ; là, enfin, se joue quelque chose de trouble, de sale, et de beau à la fois. Tout ce qui s’ensuit est assez terrible de cruauté et de noirceur, comme si tout ce début, avec le duo de jeunes amoureux, avait été trop doux, et qu’il fallait tout assombrir.
De fait, tout le monde trouve ce fameux duo d’amoureux (Johanna et euuuh j’ai oublié son prénom) ridicule, niais, inutile. Certains y voient un regard ironique de Burton.
Je pense personnellement tout à fait le contraire. J’ai même parfois l’impression que, dans sa manière de filmer le garçon s’époumonant sur cette terrible chanson, Tim Burton est pris d’une tendresse infinie pour ce personnage et pour le sentiment qui l’anime. Je le sens fasciné par ça, mais très vite il est obligé d’avouer son incapacité (ou sa peur) à filmer ça. Les histoires d’amour intenses, partagées, qui finiront bien. Du coup l’histoire des deux tourtereaux s’achèvera sans s’achever, ou en tout cas, hors-champ.
Du reste, la noirceur de toute cette dernière partie est fort réjouissante et donne lieu à des plans relativement superbes. Mais j’ai quelque part un regret, comme un chemin laissé inexploité. C’était pour moi la réussite incroyable de Big Fish : affronter la lumière et oser la trouver belle, elle aussi.
On sent parfois un décalage entre le propos et le regard du cinéaste. Alors ce n’est pas inintéressant, mais dans une filmographie aussi riche ce n’est pas forcément ce qu’on a envie de retenir.

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