The Happening
Je n’attends plus les films de Shyamalan depuis The Village, qui m’avait énervée et déçue (mais j’ai envie de le revoir).

Et là, bizarrement, j’aime beaucoup, et plus j’y pense, et plus j’aime.

J’aime la construction des plans, j’aime la manière dont chaque plan est conçu avec un sens du cadrage assez unique et que je trouve miraculeux. Cette façon de faire des plans complètement anodins (« cadrons des herbes qui bougent sous le vent ») et de réussir, par la force du cadrage, à en faire quelque chose de cinématique, de dramatique.

J’adore la tension qu’il y a, dans tout le film, entre l’anodin et l’extraordinaire. Tout se joue sur le fil entre les deux et c’est un endroit tellement inhabituel que c’est un peu déstabilisant mais finalement fascinant.

Les personnages sont anodins. Le format du film est anodin. Les couleurs sont anodines. Et au fur et à mesure, le film va s’attacher à des choses, à des personnages, sans jamais les charger d’un « sens », en les abandonnant les uns après les autres. A l’image de tous ces personnages qu’on commence à suivre pour ensuite les quitter sans leur avoir dit au revoir, sans avoir compris leur intérêt. Ou comme cette plante inquiétante dans un salon qui s’avèrera être complètement vide de sens. Rien ne trouve son accomplissement, rien ne se révèle. Avec en refrain cette phrase répétée deux fois, selon laquelle « il y a tout simplement des choses qui ne peuvent pas s’expliquer ». La phrase qui sera prononcée à la fois par quelqu’un de débile et par quelqu’un de tout à fait profond.

Pour autant, jamais de nihilisme. Face à cette absurdité, il y a toujours des choses qui subsistent, le couple, par exemple. Même un couple aussi mal barré, aussi puéril, que celui-là. La vie, aussi.
Mais malgré ça, il y a ce regard désespéré derrière, qui dit : oui, il y a la vie, et c’est important. Mais ça ne change rien.
On est quasiment dans l’antithèse exacte de Signs… Avec néanmoins, un point commun : cette sensation de distance inévitable avec le réel. Is this really happening ? Le réel est toujours perçu à travers des intermédiaires (vidéos, télé, radio) ou uniquement considéré comme chose « Ã  interpréter ». Sauf qu’ici, contrairement à Signs, la phase d’interprétation ne fonctionne plus.
Shyamalan semble buter contre quelque chose, cherche à en éviter d’autres, bref, échoue, sans abandonner.

Là où tout le monde décrie le film dans son ensemble, je serais davantage pour condamner le passage chez la vieille foldingue, qui met en Å“uvre le péché mignon de Shyamalan, ce qui m’agace chez lui, à savoir : la « flippe » formelle et gratuite. Mais il y a ce moment très joli où, à table, en réponse à une question (que je ne révèlerai pas) Walhberg lève la main timidement, et Zooey sourit. Pur moment de grâce.

Je trouve ce film vraiment atypique, dans cette manière unique de partir d’une angoisse, d’une paranoïa, d’un désespoir, et de ne parler que de ça. Avec, comme bilan, une impuissance infinie.

Note : 5/6

Note : 5/6

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