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Mon atout et mon handicap : avoir lu le livre, Revolutionary Road (traduction française : La fenêtre panoramique, déjà moins non-sensesque que cet horrible titre VF) de Richard Yates, roman poignant et déprimant à souhait.

Avoir lu un livre avant de voir son adaptation sur grand écran, c’est disposer d’informations que le spectateur vierge ne peut pas même soupçonner, c’est enrichir chaque plan et chaque personnage d’un arrière-plan qui vient le nourrir, le justifier, l’expliquer, le rendre tridimensionnel.

J’avais lu le livre en ayant déjà en tête les interprètes principaux, donc évidemment, je n’ai aucun mal à projeter Franck sur Leonardo et April sur Kate. Parce que pour moi ils sont des choix parfaits (surtout elle).

Du coup, je manque beaucoup de recul sur le film, probablement. Parce que, qui dit adaptation dit choix, et il y a des choses qui manquent, dans ce film. Un arrière-plan justement. Certaines scènes cruciales du passé, sans lesquelles les personnages doivent facilement passer pour des hystériques primaires… et binaires.

Ce qui manque surtout, c’est toute cette relation au langage, centrale dans le livre, le langage par lequel Frank séduit April, le langage par lequel ils s’éloignent, le langage par lequel il va réussir à la manipuler avec une virtuosité effarante… jusqu’à ce qu’elle s’en rende compte.

Autre point faible, la musique, faite de nappes entendues mille fois, plaquées sur une action ou sur un sentiment un peu au hasard.

Malgré tout cela, il reste un cÅ“ur, que je trouve vraiment de qualité. On commence par les acteurs, évidemment là – même si l’un comme l’autre, on les a vus encore meilleurs. Et puis le propos, qui reste très âpre, et qui, qu’on le veuille ou non, laisse un sale goût dans la bouche.
C’est que depuis ces années-là peu de choses ont changé – à part que la cigarette est désormais mal vue – : ce sont toujours les mêmes compromis(ssions) qui transforment de jeunes adultes libres en couple bourgeois, ce sont toujours les mêmes petits échecs qui conduisent à des vies étriquées et à des névroses à répétition, ce sont toujours les mêmes manques, les mêmes malentendus qui amènent à commettre des actes graves ou même irréparables.

Il y a forcément quelque chose de terrifiant à voir ce couple beau comme tout, à qui on a toujours été prêt à accorder l’éternité sans hésiter, tomber dans une telle déchéance, une telle médiocrité. Franchement, est-ce que ce n’est pas ce que l’on craint tous ? Le glissement est si facile…

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