Il est très rare que je regarde des bandes-annonces ; quand cela m’arrive, il est encore plus rare que je sois convaincue par ce que je vois (explication du début de ma phrase, d’ailleurs), et il est encore encore plus rare que je sois émue aux larmes.
Pour ce film, c’est ce qui est arrivé. Une émotion surgie de nulle part, ou plutôt si, surgie de l’enchaînement des images, d’un ensemble de choses… Bref, une sensation un peu magique.

Lors de ma première vision du film, je m’attendais à être transportée à ce niveau-là, puissance trois, puisque sur la longueur d’un long-métrage.
Et j’ai été assez décontenancée parce que ce n’est pas ce qui s’est passé. Si quelques moments m’ont touchée, aucun ne m’a émue ni bouleversée. Le personnage de Benjamin Button est en partie la cause de cela : il est à la fois « déjà plein » et « totalement vide » ; ce qui est intéressant, c’est sa relation aux autres, mais le problème est que jamais ou presque les autres n’influencent Benjamin Button. Il reste le même, quasiment.
Et puis est tombé le générique de fin, et là, j’ai été comme envahie d’une immense tristesse, et je me suis dit qu’il allait falloir revoir le film, avec des attentes différentes, parce que j’étais relativement incapable de dire ce que j’en avais pensé.

Deuxième vision il y a quelques jours donc. J’ai essayé de plus me focaliser sur l’aspect « Ã©trange histoire », de moins attendre l’émotion.
Comme Marla Singer dans Fight Club, Daisy est à mes yeux le personnage le plus intéressant du film. Déjà lors de la première vision (la scène de la piscine, le départ de Benjamin, et quasiment toute la fin avec le petit). Malgré tout, j’ai quelques réserves : les deux personnages passent la plus grande partie du film à se « rater ». Je n’arrive pas à m’enthousiasmer pour un récit pareil, et je trouve Daisy jeune complètement agaçante (son côté « immature » est peut-être un peu exagéré), jusqu’à son retour post-accident. De plus, en tant que fan de Cate Blanchett de la première heure (ou de la deuxième tout du moins), j’ai énooooormément de mal à voir son visage comme ça, lisse, trop trop lisse. Je suis la seule sur ce coup-là donc tant pis, mais je trouve que ça bloque certains détails de jeu. Enfin, Daisy est censée « avoir changé la vie de Benjamin ». Ah ? Je ne vois pas en quoi, pas en quoi plus que les autres personnages. Elle, sa vie est changé, sa vision du monde est  bouleversée, sa vision d’elle-même, de son corps, de son âge, est altérée. Oui, pour elle, avoir connu ce personnage « Ã  l’envers » a changé beaucoup de choses. Mais pour lui ?
Ensuite, ayant du mal avec Tilda Swinton, j’ai là encore des difficultés à m’attacher à leur histoire.
Même la mère adoptive, je trouve qu’on reste toujours sur le même registre à base de « baby » à tout bout de champ, rien ne change jamais, rien ne pose jamais problème…
J’aime plus le personnage de Mr. Button, déjà parce que c’est Jason Flemyng que j’aime depuis Beauté Volée, et puis parce qu’il a un peu plus de relief que les autres. Sa lâcheté, ses remords, sa lâcheté dans ses remords, son rapport avec Benjamin (de la part duquel, là encore, il y a un refus total d’influence… dommage…)
Il y a aussi ces deux scènes de lever de soleil, magnifiques, même si j’aurais voulu avoir un arrière-plan supplémentaire : le moment où Benjamin a découvert cet endroit, pourquoi, comment, avec qui, seul, qu’est-ce que ça lui a fait pour qu’il y emmène ces deux personnes ?

Au niveau de la construction et de la mise en scène, je ne vais pas redire ce qui a été mieux dit mille fois ailleurs, c’est bien fait, très bien fait.
J’ai une réserve pour l’accident de Daisy : hormis le fait que ce « film dans le film » soit amené de façon peu harmonieuse, je trouve que le plan rajouté, avec le choc filmé, est totalement inutile et pas très heureux. Alors que l’on comprend ce qu’il y a à comprendre, même en voyant Daisy, en jaune, virevolter à travers la rue.
J’ai une autre réserve pour les aller-retours sur le « présent », qui dérythment pas mal et qui surtout sont en général assez pauvres. Là encore, le personnage de Julia Ormond apprend des choses essentielles et bouleversantes pour elle, mais, mises à part quelques larmes, tout semble glisser sur elle, tout comme, d’ailleurs, la mort imminente de sa mère.

Un mot sur la mort, propos principal, en effet ombre permanente : peu importe le « sens » dans lequel on va, la direction est toujours la même. C’est assez réussi, ça passe bien.

Je pourrais sûrement écrire encore des lignes et des lignes, et j’oublie sûrement quelques points de détail.
Je suis en fait assez déçue que ce film ne m’ait pas happée, là où Zodiac m’avait eue dès les premières secondes. Pourtant, sur le papier, le sujet de Benjamin Button est plus à même de me toucher…
J’aurais voulu aimer davantage.

Note : ★★★★½☆

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