Gran Torino (Clint Eastwood)

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Heureusement que Clint Eastwood joue dans son film, car il est, de loin, ce qu’il y a de mieux dedans.

Je mets à Gran Torino la même note qu’à L’échange, l’an passé ; pourtant, je dois avouer que je me suis moins ennuyée à celui-ci. Le personnage principal a des côtés amusants, il y a une scène (celle où il s’arrête en voiture pour sauver sa jeune voisine des mains d’une sorte de gang) qui est extrêmement bien jouée, et le reste est plutôt bien interprété dans l’ensemble.

J’ai par contre un gros problème avec le fond de l’affaire, pour moi on aura beau dire tout ce qu’on voudra sur la fin et tout ça, je suis désolée mais j’y vois un discours assez net, même si ça n’est pas un « message », sur les armes à feu, sur la violence.

En fait, plus qu’un discours dans un sens, c’est un non-discours dans l’autre sens. La violence n’est pas enrayée. La petite minette qui se fait tabasser et violer, pas un moment il n’est évoqué que ça puisse être la faute de Kowalski. Et pourtant. L’enchaînement des coups est inévitable, et n’est pas même condamné, à peine souligné, par, peut-être, le prêtre ? Je ne sais plus, mais bon, vu qu’il a un peu le point de vue du nigaud…

Quand à la relation avec le jeune, je la trouve très mal écrite (alors qu’avec la sœur, c’est un peu mieux), assez superficielle, et surtout, avec de grosses ficelles rouges qu’on voit tellement à 3 kilomètres que je me suis cru dans La petite maison dans la prairie. Bon, j’aime bien cette série hein, et je peux avoir un certain attachement à ce genre de démarches… mais avec un certain second degré quand on arrive à un stade un peu trop « lourd »… Et pour moi Gran Torino et sa morale, c’est exactement du même niveau.

Cliquez si vous ne craignez pas les spoilers

Bref, j’ai beaucoup de « bons » Eastwood à rattraper donc je devrais peut-être plutôt me rabattre sur ceux-là…


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8 commentaires à “Gran Torino (Clint Eastwood)”

  1. Kristell s'exclame :

    Oh lala! on n’a pas dû voir le même film! Voyons.. quel est l’usage sur ce blog?.. ah on tutoie.. très bien..
    ATTENTION SPOILERS!! ATTENTION SPOILERS!!!
    Peut être l’as-tu vu en VF alors que je l’ai vu en VO, cependant il me semble clair que si Kowalski se déchaîne sur ces meubles dans son sous-sol, c’est parce qu’il se sent responsable de ce qui est arrivé à Sue. De plus, on devine que si la famille de Sue et Thao n’impute rien à Kowalski, c’est parce qu’il n’est pas dans sa psychologie d’imputer la faute à quelqu’un à qui, par ailleurs, elle pense devoir beaucoup.
    Quant à un non-discours sur la violence : un film se doit-il nécessairement de porter un message moral parce qu’il parle d’armes? ne peut-il pas se contenter de raconter l’histoire de personnes qui se débattent contre ce pouvoir que procurent les armes et comme il est utilisé de manière non-contrôlée? ce qui constitue déjà une dénonciation en soi.. La morale n’est pas due au spectateur de la part de l’équipe du film, elle est due aux enfants de la part des parents et des éducateurs, et aux adultes de la part de la police et du système de justice. Si un film donne une leçon de morale, c’est louable de la part des auteurs, mais c’est du bonus. Quant à choisir de ne pas adopter une attitude moraliste, pour ma part, j’en remercie tout auteur qui s’en dispense, car si la morale est absolument nécessaire dans une société, il est clair que le fait que tout le monde se charge de la faire est pour moi d’un ennui terrible. (Peut être est ce la conséquence de mon travail auprès d’enfants auxquels il faut constamment rappeler la règle avec une grosse voix et force promesses de punitions..)
    Quant à la relation au jeune Thao, je ne la trouve pas du tout grossièrement traitée. C’est juste le type d’histoire à laquelle on peut s’attendre de la part d’un vieux un peu macho, très porté sur la règle et maladroit, et d’un jeune pas très bien dégrossi qui a des idéaux. Elle n’est pas du tout superficielle, surtout de la part d’empotés relationnels comme le sont les deux protagonistes. Quant à ne pas aimer la morale de Gran Torino.. décidément tu ne sais plus si tu veux ou non de la morale! :) Je ne crois pas qu’il s’agisse de morale justement, je crois qu’il s’agit plutôt de l’histoire de personnes pour qui une certaine morale est importante, et même essentielle (c’est quasi une obssession de la part de Kowalski). Et des gens comme ça, personnellement, j’en connais quelques-uns. On remarquera que cette morale n’est pas sans faille, car effectivement le héros ne se conduit pas toujours de manière respectable. Mais qui a dit que le héros se devait d’être infaillible?
    Quant à la fin pour moi, avant d’être un message sur les armes, c’est une utopie, comme on en trouve par nature bien plus dans les livres et les films que dans la réalité, et l’auteur a parfaitement le droit de la faire ainsi. Plus qu’un message sur les armes, c’est l’histoire d’un homme qui a vécu par les armes et qui, ironiquement, choisit de périr par elles et par amour.

  2. Kristell s'exclame :

    Je rajoute juste que j’ai énormément aimé le film, que j’ai eu quelques difficultés à m’extraire de mon fauteuil après la musique de fin, bouleversée que j’étais par la fin de cette histoire de personnages attachants. Je suis encore émue deux jours plus tard à l’écoute de l’OST, malgré toute l’ironie que je mets à me faire remarquer que ce n’est qu’une histoire, et que les acteurs sont tranquillement en train de se mater le film du soir à la télé en famille quelque part.
    Clint Eastwood, par sa voix et par son jeu d’acteur, a cette capacité rare à m’extraire des émotions. Je recommande à chacun d’aller voir ce film, s’il est encore à l’affiche par chez lui, ce qui n’est pas gagné..

    • Tout d’abord bienvenue et merci d’avoir pris la peine de développer ton avis ! Ça fait plaisir.

      Pour te répondre :
      - Depuis que j’ai le choix, je vois toujours les films en VO :-)
      - Je suis, au fond, assez d’accord sur tout ce que tu dis sur la question de la morale au cinéma. Je n’aime pas les « messages », je déteste ça (cf. ce que je disais sur Thao, que je maintiens).
      Je distingue ça néanmoins du fond du film. En gros, ce que le film a à dire. Ce qui est – difficile de le nier, je crois – assez essentiel.
      Tel film va me toucher plus parce qu’il parle de communion avec la nature, par exemple.
      Ou tel autre film va me déranger parce qu’il parle des armes avec ambigüité.
      En fait, ça ne va pas plus loin que ça. J’ai écrit cet avis un peu trop à chaud, à l’époque de la sortie, alors que tout le monde était prosterné aux pieds de Eastwood ; je crois que ça a dû exacerber ma réaction !

      Contente que ton avis vienne le nuancer, en tout cas ! Et bien sûr, de toutes façons rien que pour la prestation de Clint Eastwood, le film vaut d’être vu !

  3. Kristell s'exclame :

    Merci de tes mots de bienvenue!
    Oui, c’est vrai, c’est toujours assez énervant, ce genre de consensus.. :D
    Ce qui dérange une personne lui sera toujours propre, bien qu’une apologie des armes pourra déranger beaucoup de monde.
    Je me souviens avoir ronchonné intérieurement à la lecture de Ravages, parce qu’aucun des personnages développés ne me plaisait. Pire, le héros avait une mentalité parfaitement détestable à mon goût. J’ai alors réalisé combien j’aimais me trouver comme des connivences avec les personnages d’une fiction, et comme j’étais gênée quand cela ne m’était pas possible. J’imagine que c’est chose assez répandue.
    Les films qui font usage des armes sont légions. Certaines personnes se posent légitimement la question de l’impact de ces films sur la construction des systèmes de valeurs des spectateurs. Pour ma part, je sais que j’ai maille à partir avec les gosses qui jouent à Naruto ou au catch dans les cours de récré. Pourtant il y a des films violents que j’apprécie pour leur histoire, et je n’aime pas la censure. C’est pourquoi j’ai décidé de laisser aux éducateurs le soin de remédier au problème, et je condamne donc fermement toute violence à l’école dans mon travail.
    Dans Gran Torino, je crois qu’on parle d’une violence ‘ordinaire’ qu’on peut trouver dans certains quartiers aux USA, ce qui est, je trouve, intéressant. On voit qu’elle est le fruit de différentes mentalités, suivant l’âge et le background de la personne.
    Le film ne nous cache pas que le fruit de la violence, c’est la souffrance et la mort, que tuer quelqu’un mène à la prison et que jouer avec des armes, c’est risquer de souffrir toute sa vie durant d’avoir tué quelqu’un.
    Le film suffit donc au spectateur sensé. A ce dernier donc de choisir la vie qu’il veut en conséquence.

    • Décidément, tu t’exprimes vraiment bien et tu défends bien ton point de vue.
      Ce que tu dis sur la violence dans Gran Torino et sur ses origines diverses est très juste.
      Ce que tu dis sur la fin aussi, mais c’est peut-être aussi ça qui m’ennuie : que le film soit clair pour les « spectateurs sensés »… mais qu’en est-il des autres ? Ont-ils le recul nécessaire pour ne pas voir seulement l’héroïsation de Kowalski ? Espérons que oui.

      Enfin je suis d’accord avec toi sur la violence en général (sauf que je n’ai pas ta confiance en les éducateurs, mais bon, c’est une autre histoire…) ; de mon côté la violence dans la fiction ne me « dérange » pas tant qu’elle n’est pas gratuite, tant qu’elle s’accompagne d’un petit quelque chose. Et surtout, je préfère une violence qui met mal à l’aise, plutôt qu’une violence banalisée, où les personnages tués ne sont qu’un détail de l’intrigue.

  4. Kristell s'exclame :

    Merci de tes compliments, mais je trouve que tu n’as rien à m’envier de ce côté-là, et c’est un plaisir de converser avec toi.
    J’ai pris quelques jours pour réfléchir et ne pas écrire trop de bêtises..
    Je crois que tu as raison, il y aura sûrement des personnes qui, disposées par leur système de croyances, ne verront que l’héroïsation. Fort heureusement, je pense que les personnes qui en viendraient à poser un tel geste sont extrêmement rares.
    Si de tels cas se présentaient, je crois qu’on se devrait alors de respecter leur liberté d’interpréter le film ainsi, et d’agir de même que Kowalski (puisqu’ils ne disposeraient alors ‘que’ de leur propre vie..)
    Il est vrai qu’on peut se poser la question de la responsabilité du cinéaste s’il arrivait qu’une personne fragile, sous l’influence du film, venait à agir ainsi.. à l’instar de celle de la responsabilité des films violents dans des drames tels que ces tueries dans des lycées états-uniens ou ces agressions de professeurs dans les écoles françaises.
    En fait, il s’agirait plutôt de la responsabilité des autorités de censure audiovisuelle, je crois, car ce sont elles qui sont chargées de porter le jugement de ce qui est dangereux pour le public ou non.
    En d’autres termes, le problème est le suivant : la nature de la psychologie de l’être humain lui permet-elle de regarder ces films sans se mettre en danger (qu’il passe ou non à l’acte)?
    Puisque l’immense majorité des personnes regarde ces films, et qu’une très faible minorité passe à l’acte, nous sommes amenés à conclure que le responsable principal est ailleurs (éducation, pathologie psychiatrique), et que l’être humain en général peut regarder ces films sans se mettre en danger (ou plutôt sait reconnaître ce qu’il peut supporter et se protéger en cessant de regarder le film).
    C’est sans doute la raison pour laquelle ces autorités ne censurent pas les films violents (sinon en interdisant tout de même l’accès de certains aux enfants, dont on considère donc qu’ils ne peuvent pas regarder ces films sans être mis en danger). Et c’est pourquoi la prise en charge du problème résulte des éducateurs et des médecins.
    Par ailleurs, j’ajoute que la société occidentale (notamment) actuelle s’accorde sur le fait que moins il y a de censure, mieux elle se porte.
    Pour en revenir au film, je finirai simplement en remarquant que Clint Eastwood, (ou bien plutôt le scénariste Nick Schenk), a tout fait pour donner les clés au spectateur en ne mettant pas de propos louangeur dans la bouche de ses personnages.

    • Je ne suis en effet jamais du côté de ceux qui accusent les films (ou les jeux vidéos) d’avoir provoqué le passage à l’acte d’un détraqué quelconque. Selon moi, le problème se situe bien dans le fait qu’il y ait un passage à l’acte, et non dans les motivations profondes de la personne (car on a tous rêvé de tuer quelqu’un, on de se venger, ou que sais-je, mais on n’est justement pas passé à l’acte).
      Et pour moi, en effet, la responsabilité est à chercher ailleurs.
      Et je suis bien sûr à 100% d’accord sur ce que tu dis sur la censure.

      Après, il y a des choses indéniables sur le rapport qu’entretiennent certains spectateurs avec certains films violents : il n’y a qu’à voir le culte qu’a une certaine jeunesse de Tony Montana (Scarface). Alors pourtant que le film, dans sa deuxième partie, fait tout pour montrer à quel point le personnage est pitoyable !

      Enfin je crois qu’un film un tant soit peu « engagé » dans son époque parle forcément d’un certain point de vue, et en tant que spectateur, quand on ne partage pas ce point de vue, j’imagine que l’on se dit que tout le monde va être séduit par le film, que beaucoup vont être séduits par ce mode de pensée, voire vont l’adopter. Et on n’est pas content. :-) Mais c’est vrai que ça a à voir avec la liberté d’expression, avec tout ce qu’elle a de beau, mais aussi avec tous les inconvénients qui en découlent. Où est la limite des propos haineux ou incitant à la violence ? Parfois difficile à cerner.

  5. Kristell s'exclame :

    Oui, tu as parfaitement raison : la limite entre incitation à la violence et la narration pure et simple d’une histoire violente est ténue et labile du fait qu’elle tient à l’esprit critique du spectateur. Donc de son bagage moral et de ses capacités d’intelligence.
    Sans doute, l’ingrédient manquant est celui du discours.
    Je trouve très navrant que notre société en arrive au point de se poser la question d’un emprisonnement dès l’âge de 12 ans, ou celle d’un fichage à 13 ans. Sans vouloir évangéliser la planète, et bien que je ne sois plus croyante, je trouve aujourd’hui qu’il m’a été profitable d’échanger en petits groupes pendant une heure chaque semaine au catéchisme sur des questions telles que les responsabilités que j’avais envers autrui (j’entends par là la limitation à laquelle je devais tenir mes actions pour ne pas porter préjudice à autrui), le bonheur de vivre en harmonie avec autrui et de lui apporter son aide, la valorisation du partage avec autrui, quelque soit sa race (pardon, son groupe biologique, soyons au fait de la science ;-) , sa religion, son niveau social, et la marque de ses fringues, l’empathie avec celui qui est seul ou rejeté ou malheureux. Il est vrai qu’un enseignement des règles de vie est effectué dans chaque classe en début d’année, mais je crois qu’il serait bénéfique de faire des rappels plus fréquents et de stimuler davantage la réflexion et l’échange à ce propos : dépasser la condamnation simple mais indispensable et indispensablement inflexible de l’acte violent, en parlant d’idéal de vie et de société, de préjudice à autrui, au travers de textes et de films. Dans le même sens, pourquoi ne pas lancer une réflexion sur les dessins animés et les films violents, en classe ou en famille, puisqu’il semble bien, effectivement, que les enfants aient besoin d’un accompagnement dans ce sens, comme le montre l’augmentation effarante de la violence à l’école.
    Bref, tout ça pour dire que, plutôt qu’une censure du film, c’est d’un discours autour dont la société a besoin, je crois. D’un discours, de l’acquisition d’un esprit critique et d’un idéal aussi peut-être..
    Finalement, je crois que cette discussion est en train de me faire changer d’avis quant à la responsabilité qui incombe au cinéaste de diffuser des images violentes. Tu as raison, si pour les passages à l’acte tels que suicides et meurtres, d’autres responsables sont en jeu, on ne peut pas nier l’influence des fictions violentes sur l’augmentation générale de la violence chez les jeunes. On peut donc estimer légitime qu’à l’instar des producteurs d’alcool et de tabac, les cinéastes soient redevables d’une information à leur public. Pourquoi ne pas communiquer davantage sur les raisons pour lesquelles ils ont aimé faire un film violent, en insistant ensuite « pour le jeune public » sur le fait que c’est une fiction, et que ce n’est pas leur conception d’une vie réelle réussie. En prenant garde à employer un vocabulaire compréhensible par tous, car la violence n’est en général pas le fait des utilisateurs de mots rares et concepts sophistiqués. Pourquoi ne pas insérer des séquences éducatives entre les dessins animés qui expliquent, là encore, que ce sont des fictions, et que les conséquences des actes violents en font des pratiques interdites dans la vie réelle. C’est peut-être ainsi que l’évolution de la société impose de devenir un cinéaste engagé aujourd’hui.

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