Quand j’entends certains lecteurs, j’ai l’impression d’avoir été moins déçue que la moyenne par ce dernier tome. Peut-être parce que je n’ai pas eu autant d’attente ?
En tout cas, j’aime bien le fait que tout soit bouleversé, qu’il n’y ait plus tout le folklore relatif à Poudlard (ou alors, en lointain filigrane via ceux qui y sont retournés) et que Harry, Ron et Hermione se retrouvent à errer, traqués, campant tant bien que mal dans des endroits improbables, devant sans cesse bouger, s’énervant les uns contre les autres… C’est certes un peu répétitif mais je trouve que ça passe assez bien, et que c’est « crédible ».
En revanche, doubler la quête des Horcruxes par celle des Reliques de la mort est un peu surprenant. Cet aspect, qui fait un peu jeu vidéo (rassembler les artefacts pour combattre le boss final) révèle une fois de plus la relative pauvreté d’inspiration de J.K. Rowling ; mais je trouve néanmoins l’ensemble distrayant.
Quelques scènes épiques parsèment quand même le récit : l’envol des 7 Harry, l’infiltration du ministère de la Magie, la visite chez la vieille Bathilda, le cambriolage de Gringotts, le feu dans la Salle sur Demande…
Je ne veux néanmoins pas trop en dire sur la fin. Mais le duel final, le vrai, l’ultime, m’a énormément déçue. Il y a eu tellement de choses bâties auparavant, que je m’attendais à quelque chose de vraiment ample ; mais on s’emmêle dans cette histoire de baguette, on papote, bref, franchement, je trouve ça raté. Cliquez si vous ne craignez pas les spoilers
La vraie image du livre, la plus belle, c’est celle de ce Patronus en forme de biche argentée.
Mais le pire pour moi, ce n’est pas le camping intempestif, et c’est n’est pas ce combat non plus.
Selon moi, l’impardonnable, J.K. Rowling le commet en écrivant un épilogue. Ce n’est pas tant dans ce que ça raconte (ce que sont devenus les survivants) ; c’est dans cette idée même d’écrire un épilogue.
Je m’explique : on est ici dans un roman qui, malgré son succès inter générationnel, s’adresse avant tout aux plus jeunes. Or selon moi, la littérature jeunesse se doit d’ouvrir un peu les perspectives de ses lecteurs, et surtout, de développer leur imagination.
Bien sûr, quand on est petits, et qu’on finit un livre, on meurt d’envie de savoir ce que sont devenus les personnages, on voudrait qu’il y ait encore une suite, une suite infinie. Il y a une vraie frustration qui se crée, c’est vrai. Mais c’est à partir de cette frustration que l’on apprend tout d’abord que nos désirs ne sont pas réalité, et ensuite, que notre imagination peut se substituer à cette réalité. C’est à nous qu’appartient d’imaginer la suite, et nous sommes, à ce seul niveau, tout-puissants.
J.K. Rowling était libre de dire, dans des interviews ou autre, ce qu’elle PENSAIT que chaque personnage devenait. Une indication, une interprétation comme une autre. Mais non, elle choisit d’intégrer ce devenir dans le récit. Cette volonté de verrouiller son histoire me choque car j’y vois un désir de contrôle total de sa création : ces personnages sont à elle, elle en fait ce qu’elle veut, et le lecteur n’est en aucun cas autorisé à se les approprier.
Et pourtant, ces personnages sont la force de la saga. Ce sont eux qui m’ont tenue sur ces 7 volumes, ce sont eux qui créaient un manque quand je n’avais pas le temps de lire. Et tout est gâché, ou presque.
Alors voilà, à J.K. Rowling, j’ai déjà reproché l’écriture sans talent, le trop-plein de dialogues, la caricature de certaines caractérisations, la créativité limitée.
J’ai oublié de parler de cette façon insupportable qu’elle avait, dans les premiers tomes, de réexpliquer au début toutes sortes de détails, sur les personnages, les lieux, les faits… Comme si un lecteur lambda qui n’aurait pas lu les tomes dans l’ordre était incapable de comprendre les choses au fur et à mesure ! C’est pourtant la base de toute publication en série de ce genre… Il s’agit d’écrire suffisamment bien pour laisser filtrer quelques indices sur les volumes précédents, sans tomber dans l’explicatif.
Mais tout ça n’est rien à côté de sa plus grosse faute, de cet épilogue, sans génie qui plus est, ainsi que prévisible et gnan-gnan, qui ferme la porte à toute extrapolation et à tout rêve. Je me répète, mais c’est à mes yeux réellement impardonnable.
J’espère avoir le temps d’écrire un jour sur deux autres grands auteurs de littérature jeunesse qui, en plus d’avoir un réel talent d’écrivain, respectent leur lectorat : Diana Wynne Jones et Philip Pullman.
Voir aussi :
- La saga Harry Potter (J.K. Rowling)
- Harry Potter à l’école des sorciers
- Harry Potter et la chambre des secrets
- Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban
- Harry Potter et la Coupe de Feu
- Harry Potter et l’Ordre du Phénix
- Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé
4 commentaires à “Harry Potter et les Reliques de la Mort (J.K. Rowling)”





Pour moi l’épilogue a plusieurs sens.
Le premier c’est ce désir de JK Rowling de boucler les choses. 7 livres, pas un de plus. Ce qui n’exclut pas de tourner autour de cet univers (on découvre qu’Hermione a traduit les contes parus l’hiver dernier…)
Il faut voir la pression autour du fait qu’elle avait affirmé n’en faire que 7 et son désir, je pense d’afficher ça, pour ne pas se donner à elle-même la possibilité, pour une raison mauvaise, d’aller vers une suite.
Et puis il y a le fait que ce dernier chapitre était écrit depuis le début, comme un leitmotiv.
Mais surtout, tout le monde met dans ces quelques lignes ce qu’il veut, y voir un aspect « apaisé », ou « monotone », ou même ouvert sur de nouvelles aventures, sur ce quai de gare…
Moi j’étais ému, simplement…Très envie de relire ce tome 7, très oublié, mine de rien (la lecture en anglais en mode rapide n’aide pas).
Je comprends mais je ne suis pas tout à fait d’accord… Selon moi, ce désir de boucler les choses, il est très égoïste. Elle est assez grande pour se réfréner d’écrire une suite, tout de même… Et si elle ne l’est pas, eh bien tant pis…
Pour le côté « tout le monde met dans ces quelques lignes ce qu’il veut », je ne suis pas convaincue. Ça reste très cadré. Après, bien sûr, ça n’empêche pas d’en faire table rase et de s’inventer une autre suite, ou bien de dériver… mais dans la démarche, ça me gêne vraiment !
Quant à l’émotion, je trouve ça assez faible, mise à part l’émotion normale de quitter des personnages qu’on a suivis si longtemps. Il y a des moments plus bouleversants avant, je trouve.
Et puis ça n’a rien à voir avec la fin du « Miroir d’ambre » par exemple. Qui pour le coup est on ne peut plus ouverte…
Je suis assez d’accord avec toi pour l’épilogue, surtout un épilogue aussi facile et prévisible…
Et idem pour sa manie de réexpliquer encore et encore les mêmes choses, ça m’a super énervée en lisant !
Sinon je n’ai pas été spécialement déçue non plus, j’ai beaucoup aimé qu’on ne suive enfin plus une année scolaire à Poudlard, et la terrible solitude de Harry.
Les explications doivent être encore plus agaçantes quand on relit l’ensemble !
Et je suis d’accord, la rupture avec l’année scolaire est bien vue, car ça fait ressortir le caractère exceptionnel de l’époque, c’est assez dur pour les personnages (qui ont passé leur dernière année à Poudlard l’année précédente sans le savoir) et ça nous épargne les motifs habituels.
La solitude de Harry est en effet très bien rendue, j’adore ce moment où il marche dans la forêt, vers Voldemort et les Mangemorts qui l’attendent.