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Eve, une jeune passionnée de théâtre, vient, soir après soir, assister aux représentations de la dernière pièce dans laquelle joue Margo Channing, comédienne vénérée. Eve n’a nulle part où aller ; sa passion, son entêtement et sa spontanéité séduisent le cercle d’amis de Margo, qui s’empressent de la recueillir et de l’inclure dans leur groupe. Très vite, de petits détails auront raison de l’image idéale qu’ils se faisaient de la jeune femme…

Film vu et revu, sur l’humain bien sûr mais avant tout sur le théâtre, sur les acteurs ou plutôt sur les actrices, Eve réussit le miracle d’être toujours aussi bon à chaque revision.

Scénario intelligent et bien construit, qui commence, évolue et finit avec une élégance rare ; mise en scène soignée, dans un noir et blanc magnifique, d’ombres et de lumière, d’ombres et de contrastes, d’ombres et de reflets ; le film frappe évidemment particulièrement par son interprétation, de haute volée.

Anne Baxter excelle dans le rôle de Eve qui est sans aucun doute le seul marquant de sa carrière. Elle a la douceur de visage idéale et le regard mielleux parfait, métamorphosables en un clin d’Å“il en un masque de fermeté et en un éclair de détermination : elle est aussi convaincante en jeune femme douce et fragile qu’en bloc de volonté et d’égoïsme.

George Sanders, seul du casting à avoir remporté l’Oscar, est comme d’habitude excellent dans le rôle du cynique mais lucide Addison DeWitt, condamné à tout comprendre, tout saisir, sans jamais pouvoir participer réellement à ce monde qu’il méprise. Celeste Holm, qui est, je le découvre, encore vivante, est aussi très bonne dans la peau de la brave Karen, et réussit à être touchante dans ce rôle nuancé. Gary Merill est aussi assez fascinant dans le rôle de Bill ; il dégage, je trouve quelque chose d’assez proche de ce que pouvait dégager Harrison Ford dans ses meilleures années. L’inénarrable Thelma Ritter arrive toujours à composer un second rôle remarquable, dans son habituel personnage de femme qui connaît la vie et qui n’hésite jamais à remettre son entourage à sa place à l’aide de petites phrases ciselées et bien pensées. Marilyn Monroe, dans l’un de ses premiers rôles, fait un passage éclair mais savoureux.

Et puis, bien sûr, le meilleur pour la fin : Bette Davis, incroyable de bout en bout, dans cet hyper-rôle tout juste suffisant à contenir son souffle et son désir de jeu ; actrice des orteils au bout des cils, dans une dépendance émotionnelle permanente et toujours une réplique cinglante en bouche, on ne voit qu’elle dès qu’elle est à l’écran, comme saisis par une sorte d’envoûtement.

On pourrait écrire des pages et des pages sur ce film…
Tout comme Chaînes conjugales, il excelle dans sa façon de présenter des femmes, si différentes, de la femme sagement dévouée, à la comédienne qui ne sait plus être une « simple femme », en passant par celle qui fait de la séduction un outil de pouvoir.
Mais il impressionne tout autant par sa maîtrise technique, sa beauté et son élégance. A revoir dans quelques mois…

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