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Un groupe de personnages tourmentés par des monstruosités plus ou moins intenses, des névroses plus ou moins profondes, des crimes plus ou moins graves, qu’ils tentent à tout prix de (se) pardonner. Trois sÅ“urs, Joy, Trish et Helen, les relient.

J’avais donc rattrapé Happiness quelque temps avant de voir ce film, et bien m’en a pris, car – je l’ignorais totalement – Life During Wartime est une sorte de réécriture de Happiness, ou une sorte de suite, ou une variation… En tout cas un exercice de cet ordre.

Ce qui est évidemment très intéressant, c’est que l’action se déroule plus tard, que ce sont à la fois les mêmes personnages et à la fois pas du tout. Le casting est intégralement différent, mais les personnages sont bien là.
Le début du film est ainsi assez prenant, surtout quand on a vu par hasard Happiness juste avant et qu’on reconnaît le décor, les objets, les prénoms…

Il y a deux acteurs que j’affectionne particulièrement, dans ce film : Shirley Henderson (Harry Potter, Miss Pettigrew) et sa voix si particulière et si fascinante, qui récolte ici le rôle de Joy (tenu auparavant par Jane Adams). Joy devient alors cette petite personne fluette qui, parfois, a presque l’air d’être un peu plus épanouie, mais qui est en fait profondément brisée, même si une certaine assurance surnage encore, parfois. Autant j’avais beaucoup aimé Jane Adams, autant ici on est dans quelque chose de plus incarné, et d’assez bouleversant.
L’autre acteur, c’est Ciarán Hinds, vu lui aussi dans Miss Pettigrew, qui a, je trouve, une très belle présence. Ici, il reprend le rôle du père-psychanalyste pédophile, mais à sa sortie de prison. Le poids se lit sur son visage, il y a quelque chose de bestial et de très humain et d’atrocement lucide qui se dégage de son interprétation.

C’est en fait tous les personnages qui semblent plus incarnés, plus vivants, davantage faits de chair et de sang. Cela rend Life During Wartime moins froid que Happiness ; on sent que le regard du réalisateur se fait moins lointain, moins faussement désintéressé.

La scène entre le père et le fils aîné est terriblement étrange, lourde de détails (les bonbons, l’eau) mais incroyablement forte. J’aime à quel point l’ensemble du film est toujours ancré dans le réel, un réel toujours un peu moche, plein de défauts à l’arrière-plan (et quand il est clinquant et tape-à-l’Å“il, comme chez Helen, « celle qui a réussi », il n’en est pas moins moche).

Il est question d’oubli, de pardon, le fameux « forgive and forget ». Qui se décline, en fait, dans une série de sous-questions : vaut-il mieux oublier et pardonner, oublier sans pardonner, pardonner sans oublier ? Timmy, le petit garçon, hérite en effet de casseroles bien lourdes à porter, entre son père qu’il croit mort et dont il apprendra le crime, sa mère qui lui parle de sa vie sexuelle… Tous les personnages sont, à proprement parler ou non, hantés. Et cette impression est renforcée par les réminiscences du film de 1997 qui affleurent sans cesse.

Il y a toujours aussi, bien sûr, des petits moments amèrement drôles (par exemple, toujours dans la façon dont Joy est traitée par sa propre famille).
Amer, juste, avec toujours la tentation de la provocation, on sent quand même que Todd Solondz cherche un peu moins à choquer qu’avant. Il a raison, car au fond ce n’est pas forcément son point fort…


IMDB vient de publier la bande-annonce du film :
http://www.imdb.com/video/imdb/vi2739734297/

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