5.png

Mark Zuckerberg, étudiant à Harvard, un soir d’énervement contre une jeune fille qui refuse de rester avec lui, crée, en quelques heures, un site communautaire visant à comparer les filles de l’université. Il s’attire des ennuis mais aussi l’admiration de certaines personnes. Profitant d’opportunités dans des conditions parfois douteuses, il va petit à petit créer le réseau social Facebook.

Le film commence très fort par une scène assez incroyable car très âpre : une conversation entre Zuckerberg et la fameuse fille, où les dialogues (pas simples) s’enchaînent avec une rapidité étourdissante, renforcée à la fois par le montage et par le débit surnaturel de Jesse Eisenberg. On n’est pas à l’aise, car cela sonne assez artificiel, assez forcé, on est assez loin d’un cinéma naturaliste ou réaliste. Et puis finalement, si on s’accroche, quelque chose se passe, on commence, tout simplement, à saisir ce personnage étrange, que l’on a envie de détester immédiatement, tout en étant absolument fasciné par son jusqu’au-boutisme.

Toute la suite découle de cette scène fondatrice, et rien ne s’arrête jamais, on est toujours dans cette vitesse terrible, à l’image de l’esprit de Zuckerberg qui jamais ne se pose pour réfléchir, pour évaluer, pour faire le point.

Jesse Eisenberg est très impressionnant, non seulement dans cette parole-flux qui illustre tout juste l’enchaînement de ses pensées et la vivacité de son intelligence, mais aussi dans cette attitude corporelle très singulière, figée, à la fois bloc de frustration et de mépris, mais aussi protection ultime contre l’extérieur. Son jeu se prête aussi extrêmement bien à l’humour froid du personnage (avec cette réplique merveilleuse où Zuckerberg fait mine de « revérifier » une addition extrêmement simple qu’une avocate brandit avec aplomb).

Parmi les autres acteurs, c’est très certainement Justin Timberlake que l’on retient le plus, aussi extraverti et souple que Eisenberg est fermé.
Mais Andrew Garfield (que j’avais bien aimé dans L’imaginaire du docteur Parnassus de Terry Gilliam) n’est pas en reste, avec un personnage beaucoup moins brillant et beaucoup plus en retrait, mais qu’il interprète avec une résistance résignée assez touchante. Dommage néanmoins que le film ne s’attarde pas un peu plus sur lui.
Et puis il y a Armie Hammer, interprète à lui seul des jumeaux Winklevoss, prouesse technique indéniable (que je n’avais pas soupçonnée) qu’il seconde avec talent, grâce à des techniques vocales excellentes.

Après une première vision, le film laisse un sentiment d’étourdissement, tout va très vite, on a à peine enregistré un dialogue que le suivant est déjà terminé. A part, peut-être, cette scène de la course d’aviron, assez en marge au niveau stylistique, mais qui fonctionne très bien dans sa tension extrême.
Mais je sais donc déjà qu’il me faudra une deuxième vision pour vraiment apprécier le film pleinement, pour me débarrasser de cette sensation inconfortable de ne pas avoir le temps de profiter de ce qui se passe.
Malheureusement, même si j’ai adoré ce portrait plein d’amertume, brillant et intelligent, et que je le préfère de loin à Benjamin Button qui m’avait globalement déçue, je suis encore sur ma faim, restant sur le souvenir émerveillé de Zodiac, qui à mes yeux est un véritable chef d’Å“uvre.

La toute fin du film, même si très « fictionnelle », est assez jubilatoire : une fois ce réseau social créé, rien n’a changé, et le véritable « lien social », celui qui compte, celui qui manque, est toujours aussi hors de portée, encore plus douloureusement peut-être, dans une spirale infernale de F5 frénétiques.

Parcourez d’autres billets :