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Arrietty vit avec sa famille dans les recoins des fondations d’une maison. En effet, hautes de seulement quelques centimètres, ces « petites personnes » vivent auprès des humains, car elles arrivent à survivre grâce à la « chaparde », en subtilisant le minimum nécessaire par des stratagèmes habiles. Mais malgré cette proximité, une règle préside : ne jamais être vu par les humains.

Ce n’est « qu’ » un film du studio Ghibli, vous dira-t-on, « attention, ce n’est pas de Miyazaki », tellement le poids du réalisateur est désormais seul gage de qualité.

La différence principale avec un film de Miyazaki, c’est peut-être la musique, qui est ici l’une des seules choses qui m’empêche d’être totalement envoûtée par le film (en particulier la chanson principale à moitié en anglais, qui est plutôt médiocre).
Mais à part ça, on est dans un émerveillement total et permanent, un état rare, pur et précieux que, aujourd’hui, seuls certains films Ghibli arrivent à procurer.

Il y a une vraie beauté, qui éclot partout, depuis ce jardin (plus beau jardin du monde ?) qui bruisse et qui frémit sous le vent, jusqu’au regard tendre mais buté de ce jeune homme malade.
La petite taille d’Arrietty et de sa famille est bien sûr ce qui provoque le plus d’enchantement, grâce aux décors merveilleux de ce qui se trouve à leur contact. Les objets familiers détournés, devenus gigantesques (la pince à cheveux, les herbes, le carré de sucre…), et aussi les objets « de poupée », qui trouvent ici plein usage, alors qu’habituellement ils ne servent à rien, à part aux yeux des enfants.
Voir Arrietty c’est aussi ça : voir le monde comme un enfant, être enchanté par une minuscule théière, être ravi par le moindre détail de tout ce qui se trouve métamorphosé par la présence des « petites personnes ». C’est se rappeler les jeux, et la façon qu’on avait, nous aussi, de métamorphoser les objets quotidiens en objets « autres », et pleins de vie.
Non seulement les objets, mais aussi les éléments (les gouttes d’eau restent des gouttes d’eau dans leurs propriétés physiques, mais sont énormes) et les êtres (le chat, les humains) prennent une toute autre ampleur.

Mais le film ne s’arrête pas à ce ravissement. Il y a, en plus de tout, un véritable propos. Tout d’abord, le film est très singulier, parce qu’il présente des personnes (certes de petite taille, mais qui ont toutes les apparences, physiques ou morales, des humains) comme des parasites de la « vraie » race humaine, comme des insectes – c’est d’ailleurs à un désinsectiseur que l’on fera appel pour les déloger. La fascination et/ou la répulsion que les humains ont pour les « petites personnes » est donc assez problématique ; la méfiance des « petites personnes » envers les humains l’est tout autant. On sent le poids d’une histoire entre ces deux peuples, pourtant si proches, et qui ne parviennent pas à vivre ensemble.
Arrietty se distingue des autres dans sa volonté de se rapprocher des humains, et son désir très fort (et très intéressant) d’être vue par eux, malgré le (ou à cause du ?) danger. Le moment de la première rencontre avec le jeune homme, derrière ce grand mouchoir, est un moment de grâce pure, suspendu, où la terreur se mélange à une douce excitation.

Autre point intéressant, l’intervention du jeune homme, qui n’est pas malveillante en soi, mais qui ne prend en compte que son point de vue d’humain tout-puissant, et qui va précipiter la perte des « petites personnes ». Ses efforts de protection, bien que louables dans l’intention, sont en revanche tout à fait condamnables dans la forme : le jeune homme ne se soucie guère, au fond, des conséquences que ses actions pourraient avoir sur Arrietty et sa famille. Finalement, seul compte son seul plaisir : plaisir de voir Arrietty, plaisir de lui rendre service, de lui faire du bien. Mais le bien à ses yeux n’est pas le bien absolu.
La fin du film est en cela assez hardie, car Cliquez si vous ne craignez pas les spoilers

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