Un couple, Roméo et Juliette. Un enfant, Adam. Un combat, la maladie. Et surtout, une grande histoire d’amour, la leur… [résumé officiel]

Précédé d’une réputation élogieuse depuis le dernier festival de Cannes, le deuxième film de Valérie Donzelli (après La Reine des pommes) fait forcément un peu peur, à cause de son sujet.

Mais, on le sait dès l’affiche, le traitement ne sera pas pleurnichard.
Et en effet, le film met un point d’honneur à ne montrer que le positif… et c’est ce qui est à la fois sa force et sa faiblesse.
Sa force parce que justement, effectivement, il évite quelques gros pièges liés à son sujet, à savoir les grandes scènes tire-larmes, le drame, les visages sinistres, la photo grisâtre. Et c’est assez réussi, d’abord puisque du côté du spectateur, on ne se sent pas pris en otage émotionnellement, et ensuite puisque cela vient nourrir le raisonnement des personnages eux-mêmes : ne pas laisser entrer la tristesse et le négatif, sous peine de craquer complètement.
Mais c’est aussi, à mes yeux, une faiblesse, parce que ça a forcément un côté un peu poseur, un peu trop « Nous sommes les plus intelligents, les plus forts, les plus lucides, les plus aptes à la vie et au combat ». On ne peut pas leur en vouloir très longtemps, car après une telle épreuve, il semble plus que naturel que de vouloir célébrer les efforts faits, et célébrer cette victoire… Mais quand même, se targuer de ne pas être tire-larmes, c’est difficile quand on filme un bébé malheureux sur un lit d’hôpital.

Quelques scènes sont jolies et très justes, surtout dans la relation entre les deux parents, avec un Jérémie Elkaïm qui oppose à sa compagne un caractère assez attachant, mélange de détresse infinie mais profondément enfouie, et de lucidité concrète et apaisée. En face, Valérie Donzelli fonctionne bien mais est moins attachante. La scène « du réveil tardif » est très réussie, dans son mini-conflit homme/femme très bien exposé, avec une humilité réciproque respectueuse. Mais tous deux ont un jeu assez inégal, peut-être dû au fait qu’ils s’interprètent eux-mêmes (ce que je trouve foncièrement problématique, par ailleurs, même si je comprends la volonté cathartique de la démarche) et au côté « leçon de vie » (argh) de l’ensemble.
Le plus étrange dans tout ça, c’est la volonté de célébrer l’amour entre eux deux (cf. le résumé officiel du film), indestructible et tellement fort qu’il va tout surmonter, alors que c’est un peu écrit en lettres fluos, assez vite : VOTRE COUPLE NE MARCHERA PAS, impossible… Et le film choisit, dans sa logique positive attitude, d’occulter totalement cette séparation, cette destruction inévitable du couple. Bizarre, et un peu gênant, comme quelque chose de trop visiblement assumé pour l’être vraiment.

Avant tout, il faut voir ce film comme un grand hommage au corps médical, et c’est peut-être là seulement qu’il y a une vraie sublimation du réel. Justement parce que les médecins et autres intervenants sont interprétés par de vrais acteurs (je ne dis pas que Elkaïm et Donzelli ne sont pas de vrais acteurs, mais leur statut est forcément différent), qui ont un vrai poids, et qui sont assez formidables.

Le principal défaut, c’est que l’ensemble n’est pas foncièrement bien construit, que quelques scènes avec montage musical sont maladroites (voire agaçantes) : je ne parle pas du passage chanté, que je trouve assez réussi, mais aaaah la fameuse scène « course d’errance avec tremblement de caméra dans un couloir froid »… on n’y échappe jamais. Et puis, à force de refuser les scènes d’émotion pure, on a finalement quelque chose d’un peu bancal. De touchant évidemment (cf. ce que je dis plus haut sur le fait de filmer un bébé triste), mais… Mais. Tout ça est un peu brouillon ; on peut défendre ça avec le désir de spontanéité et d’authenticité, mais je trouve ça surtout très dommage.

Il y a par exemple une séquence que je déteste, c’est celle, au début du film, où le bébé pleure trop, où la mère le « prend trop » et le « nourrit trop », et où tout est résolu par les conseils d’une « pédiatre formidable ». Un seul mot : pourquoi ? Quel rapport ? Quel but ? Rendre hommage à la pédiatre, d’accord, mais ce sera fait plus tard, et mieux. Dire que les mères n’ont pas toujours raison et que ce n’est pas parce qu’on est mère qu’on fait tout bien pour son nouveau né ? C’est une bonne idée en effet. Montrer qu’être jeune parent c’est dur, c’est être débordé, c’est faire des erreurs ? Merci pour le scoop. Mais à part ça ? Donner une leçon ? Culpabiliser les mères qui « prennent trop » leur enfant dans leurs bras ou qui le « nourrissent trop » ? Dire une fois de plus « heureusement, nous sommes tellement forts et tellement bien entourés que tout est résolu » ? Je ne pense pas que ce soit l’effet recherché, mais cette séquence est tellement plate que je ne comprends pas. Je ne vois pas ce qu’elle construit. Et beaucoup de petites scènes, au fil du film, me plongent dans la même perplexité.

Finissons sur un détail : interpréter soi-même les rôles principaux, passons. (Même si, pour le côté catharsis, je pense qu’il est tout aussi sain de faire une psychothérapie ou qu’il aurait été artistiquement plus intéressant de construire une vraie fiction, et de sortir du cadre, histoire de sublimer tout ça, mais enfin.) Confier à l’enfant son propre rôle ? J’apprécie moins, beaucoup moins, car c’est un poids bien lourd à confier à quelqu’un. Bien sûr, ce n’est pas à moi de juger. C’est leur histoire. Oui, sauf que… Ils en ont fait un film. Et qu’ils me le montrent.

Pour résumer, vous l’aurez compris : j’oscille sur ce film entre l’indulgence (j’en ai apprécié certains aspects) et l’agacement profond.

NB : sinon, c’est marrant, vous verrez : tout le monde dit « C’est génial, c’est très joyeux comme film, c’est pas larmoyant du tout », puis finit son avis d’un définitif « Qu’est-ce que j’ai pleuré ! »

NB 2 : on a appris hier (cf. cette news sur FilmDeCulte) que le film est sélectionné pour être envoyé aux Oscars 2012. Damned.

Note : ★★★½☆☆

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