Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire.

Tilda Swinton n’est pas le genre d’actrice qui vous met à l’aise. 90% de ses rôles sont compliqués, aigus, souvent haïssables, toujours inconfortables. J’ai moi-même une sorte d’aversion pour elle, malgré son talent, malgré son physique si particulier qu’il devrait en être appréciable… Et pourtant, je ne vois pas aujourd’hui qui d’autre qu’elle aurait pu interpréter cette Eva, dont on ne sait si on doit l’accuser, la consoler, la comprendre, ou la détester.

Pas banal, d’aborder la maternité non pas sous l’angle du bonheur joufflu et des épanchements de salive, mais pas non plus sous le versant « c’est dur aussi d’être maman, il y a des moments difficiles ». Non, on est ici plus loin que le psycho-bazar, plus loin que l’anecdotique. Ici, c’est de la tragédie, avec des mères-monstres qui n’en sont pas vraiment et des enfants-héros parricides.

Par sa construction non plus, We Need to Talk About Kevin ne cherche pas à nous mettre à l’aise. Flashbacks, mélanges entre présent ensanglanté et souvenirs pesants, tout se mêle pour nous imposer cette mère, qui parce qu’elle est mère, paraît forcément coupable, coupable de ne « pas assez aimer », de ne pas faire « ce qu’il faut », de ne pas « Ãªtre maternelle », et toutes ces horreurs que le bon sens commun, incarné à merveille par le père (John C. Reilly, lui aussi parfait dans le rôle) nous fait avaler jour après jour. Cet « amour filial » sera en fait ce que tout le film essaiera de construire, au-delà des clichés et des articles de magazines.

La mise en scène se fait insidieuse et subtile ; quelques coquilles d’œuf par ci, quelques ongles par là, et surtout une traversée en voiture parmi des monstres d’Halloween plus terrifiants que des vrais, sur fond de Buddy Holly. L’une des meilleures scènes de l’année. Et puis Ezra Miller, qui interprète Kevin adolescent, est parfait dans le rôle de ce psychopathe doucereux. On en ferait des cauchemars.

J’ai été trop mal à l’aise en sortant du film pour pleinement le juger, mais quelques semaines après l’avoir vu, non seulement je ne l’ai pas oublié, mais il vieillit extrêmement bien. Attention, c’est le contraire d’un feel-good movie, et il y a de quoi vous faire peur d’enfanter un jour un Kevin, mais c’est un très solide film.

Note : ★★★★½☆

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