Je vous conseille d’en savoir le moins possible sur ce film si vous comptez aller le voir. Certes, la notion de surprise est parfois surestimée, mais, ayant découvert le film en avant-première fin juin, et ne sachant quasiment rien de son intrigue, j’ai pu vraiment me laisser porter par ce scénario et par ce qu’il a de profondément étonnant. [Et donc, si vous ne l’avez pas encore vu, mettez cette page dans vos favoris pour une lecture ultérieure ! SPOILERS WARNING]

Je pensais donc, d’après les affiches et les éventuelles images animées que j’avais pu voir, que Rebelle allait raconter l’histoire d’une petite fille rousse qui allait être confrontée à des aventures guerrières. Un truc un peu à la Dragons. En fait, il n’en est (quasiment) rien. Ou en tout cas, l’aventure en question se situe bien ailleurs que là où on l’attendait.
Et contrairement à son confrère Hiccup de chez Dreamworks, qui passait largement derrière le mignon dragon Toothless, le personnage principal de Rebelle est le plus grand atout du film : Merida, qui n’est pas une petite fille comme je l’avais cru, mais une jeune fille, est donc une héroïne femelle, ce qui n’est pas si fréquent. C’est, une fois de plus, une princesse : on pense bien sûr à toute la ribambelle de princesses Disney, qui sont plus ou moins dégourdies, parfois réussies (La princesse et la grenouille), parfois complètement affligeantes (cette abrutie de Raiponce, par exemple). Surtout, généralement, le schéma de la princesse est relativement simple : vivre un peu sa vie, mais quand même, assez vite, trouver le prince et le laisser conduire le reste. Tiana (La princesse et la grenouille) avait certes des ambitions professionnelles et de vrais rêves à elle, mais ce n’était que pour mieux finir dans les bras du prince – le personnage de Charlotte ayant finalement un sort presque plus intéressant. Ici, on oublie ces règles ancestrales. L’enjeu du début du film sera que Merida doit choisir un prétendant, alors qu’elle n’a aucune envie de se marier ; or cet enjeu n’est absolument pas celui du film, et DIEU MERCI, il ne le devient jamais. Il n’en est que le point de départ.

L’enjeu véritable n’intervient qu’au bout d’une bonne demi-heure, ce qui déjà en soi est, au niveau structurel, assez étonnant. Ensuite, il s’agit de quelque chose de relativement classique dans la forme – la jeune héroïne fait un souhait magique dont elle ne maîtrise pas les conséquences -, mais qui est du jamais-vu (ou plutôt « rarement », mais soyons enthousiastes) : la métamorphose de la mère. Généralement, si les mères sont présentes, c’est soit pour mourir et créer un trauma (Bambi, Nemo…), soit ce ne sont pas les mères biologiques (Raiponce et compagnie), car il est bien connu que la mère biologique ne peut être qu’amour et patience, et si possible soumission à son mari et à ses enfants. Ici la mère va devenir monstre. Ce qui est assez traumatisant (je déconseillerais personnellement ce film pour les jeunes enfants, et d’ailleurs pour les moins jeunes, je pense qu’un solide accompagnement par la parole est nécessaire à la sortie !) et étonnamment sombre pour un film Disney (je sais, c’est Pixar – mais bon, franchement ?) La création et l’exploitation de ce conflit fille-mère me semble tout à fait inédit dans ce genre de production, et, il se trouve, assez riche. La mère, devenue ours, devient aussi personnage de comédie (domaine réservée aux pères et aux enfants, généralement). Puis, la mère disparaît, épisodiquement certes, mais c’est suffisant, derrière le monstre : chose inimaginable – l’amour maternel est totalement sacré (sacralisé) dans notre civilisation. Un parti-pris que je trouve bien plus courageux qu’il n’y paraît. La réconciliation finale, bien qu’attendue et classique, est très réussie émotionnellement, et assez délicate. Et, puisque les dessins animés, tout comme les contes, nourrissent profondément l’imaginaire et l’inconscient des petits, je trouve cette approche non seulement innovante mais aussi très profonde. Et j’aime ce qu’elle me raconte.

Pour le reste, l’animation est assez magnifique, avec mention spéciale aux fascinants cheveux de Merida, qui, avec la sublime voix de Kelly MacDonald, donnent à cette héroïne toute la force et la particularité qu’elle mérite. Le fait que l’action se situe en Écosse, avec ce que cela suppose de paysages et d’accents, apporte aussi une touche inédite à l’ensemble. L’action se passe parfois un peu vite, du fait de la structure étrange de l’ensemble. On m’a expliqué aussi que beaucoup de choses avaient été coupées, ce qui peut générer des accélérations malvenues, mais elles ne me dérangent pas.
En tout cas je ne peux qu’encourager les parents à montrer cela à leurs enfants, pour que les petits garçons voient que les filles aussi ont le premier plan, et que les filles arrêtent de rêver au mariage avec le prince charmant.

Note : ★★★★★☆

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