Rebelle (Mark Andrews & Brenda Chapman)

Rebelle (Mark Andrews & Brenda Chapman)

Je vous conseille d’en savoir le moins possible sur ce film si vous comptez aller le voir. Certes, la notion de surprise est parfois surestimée, mais, ayant découvert le film en avant-première fin juin, et ne sachant quasiment rien de son intrigue, j’ai pu vraiment me laisser porter par ce scénario et par ce qu’il a de profondément étonnant. [Et donc, si vous ne l’avez pas encore vu, mettez cette page dans vos favoris pour une lecture ultérieure ! SPOILERS WARNING]

Je pensais donc, d’après les affiches et les éventuelles images animées que j’avais pu voir, que Rebelle allait raconter l’histoire d’une petite fille rousse qui allait être confrontée à des aventures guerrières. Un truc un peu à la Dragons. En fait, il n’en est (quasiment) rien. Ou en tout cas, l’aventure en question se situe bien ailleurs que là où on l’attendait.
Et contrairement à son confrère Hiccup de chez Dreamworks, qui passait largement derrière le mignon dragon Toothless, le personnage principal de Rebelle est le plus grand atout du film : Merida, qui n’est pas une petite fille comme je l’avais cru, mais une jeune fille, est donc une héroïne femelle, ce qui n’est pas si fréquent. C’est, une fois de plus, une princesse : on pense bien sûr à toute la ribambelle de princesses Disney, qui sont plus ou moins dégourdies, parfois réussies (La princesse et la grenouille), parfois complètement affligeantes (cette abrutie de Raiponce, par exemple). Surtout, généralement, le schéma de la princesse est relativement simple : vivre un peu sa vie, mais quand même, assez vite, trouver le prince et le laisser conduire le reste. Tiana (La princesse et la grenouille) avait certes des ambitions professionnelles et de vrais rêves à elle, mais ce n’était que pour mieux finir dans les bras du prince – le personnage de Charlotte ayant finalement un sort presque plus intéressant. Ici, on oublie ces règles ancestrales. L’enjeu du début du film sera que Merida doit choisir un prétendant, alors qu’elle n’a aucune envie de se marier ; or cet enjeu n’est absolument pas celui du film, et DIEU MERCI, il ne le devient jamais. Il n’en est que le point de départ.

L’enjeu véritable n’intervient qu’au bout d’une bonne demi-heure, ce qui déjà en soi est, au niveau structurel, assez étonnant. Ensuite, il s’agit de quelque chose de relativement classique dans la forme – la jeune héroïne fait un souhait magique dont elle ne maîtrise pas les conséquences -, mais qui est du jamais-vu (ou plutôt « rarement », mais soyons enthousiastes) : la métamorphose de la mère. Généralement, si les mères sont présentes, c’est soit pour mourir et créer un trauma (Bambi, Nemo…), soit ce ne sont pas les mères biologiques (Raiponce et compagnie), car il est bien connu que la mère biologique ne peut être qu’amour et patience, et si possible soumission à son mari et à ses enfants. Ici la mère va devenir monstre. Ce qui est assez traumatisant (je déconseillerais personnellement ce film pour les jeunes enfants, et d’ailleurs pour les moins jeunes, je pense qu’un solide accompagnement par la parole est nécessaire à la sortie !) et étonnamment sombre pour un film Disney (je sais, c’est Pixar – mais bon, franchement ?) La création et l’exploitation de ce conflit fille-mère me semble tout à fait inédit dans ce genre de production, et, il se trouve, assez riche. La mère, devenue ours, devient aussi personnage de comédie (domaine réservée aux pères et aux enfants, généralement). Puis, la mère disparaît, épisodiquement certes, mais c’est suffisant, derrière le monstre : chose inimaginable – l’amour maternel est totalement sacré (sacralisé) dans notre civilisation. Un parti-pris que je trouve bien plus courageux qu’il n’y paraît. La réconciliation finale, bien qu’attendue et classique, est très réussie émotionnellement, et assez délicate. Et, puisque les dessins animés, tout comme les contes, nourrissent profondément l’imaginaire et l’inconscient des petits, je trouve cette approche non seulement innovante mais aussi très profonde. Et j’aime ce qu’elle me raconte.

Pour le reste, l’animation est assez magnifique, avec mention spéciale aux fascinants cheveux de Merida, qui, avec la sublime voix de Kelly MacDonald, donnent à cette héroïne toute la force et la particularité qu’elle mérite. Le fait que l’action se situe en Écosse, avec ce que cela suppose de paysages et d’accents, apporte aussi une touche inédite à l’ensemble. L’action se passe parfois un peu vite, du fait de la structure étrange de l’ensemble. On m’a expliqué aussi que beaucoup de choses avaient été coupées, ce qui peut générer des accélérations malvenues, mais elles ne me dérangent pas.
En tout cas je ne peux qu’encourager les parents à montrer cela à leurs enfants, pour que les petits garçons voient que les filles aussi ont le premier plan, et que les filles arrêtent de rêver au mariage avec le prince charmant.

Note : ★★★★★☆

The Dark Knight Rises (Christopher Nolan)

The Dark Knight Rises (Christopher Nolan)

[Cela tombe sous le sens, mais ne lisez pas ce texte avant d’avoir vu le film, sauf si vous vous en fichez complètement…]

Je ne suis pas très cliente de ce que fait Christopher Nolan, c’est un fait maintenant établi. Il se trouve que j’ai vu presque tous ses films (tous sauf Following, à vrai dire) et que même si j’arrive souvent à trouver quelque chose qui m’attache vraiment (quelques détails dans Insomnia, Rebecca Hall dans The Prestige, Heath Ledger dans The Dark Knight, quelques aspects d’Inception), sa façon de voir les choses et de faire des films est généralement en décalage par rapport à ce qui me plaît au cinéma. Pour verser dans la caricature, son univers monochrome, d’un sérieux crispé, son refus de la fantaisie et du féminin, me bloquent généralement assez vite. Même si, comme pour les films de Michael Mann, mon esprit arrive à dépasser ma subjectivité et à reconnaître des qualités artistiques qui, même si elles ne me touchent pas, sont indéniables.

Batman Begins ne m’avait pas emballée à la sortie, j’avais révisé mon jugement « objectif » mais au fond, sincèrement, c’est un film que j’aime vraiment moyennement et qui surtout, m’ennuie. Pour The Dark Knight, on est dans quelque chose d’un peu différent, car si mon avis n’était pas extatique à la sortie, Heath Ledger m’avait néanmoins fait une grande impression, et je n’avais que peu renâclé à retourner le voir au cinéma deux fois, et même une troisième un peu plus tard. J’aime bien Inception mais j’ai beaucoup de choses à lui reprocher. En bref, pour tout vous dire ? Contrairement à tout mon entourage, je n’attendais pas vraiment The Dark Knight Rises. Je m’attendais à une suite des deux autres, en pareil, mais pire… Alors quelle ne fut pas ma surprise en découvrant ce troisième volet.
La première scène m’a fait un peu peur, j’avoue. Très en force, au niveau de l’action et au niveau sonore, elle est sûrement très bien exécutée mais j’y vois trop une façon un peu tape-à-l’œil de faire une scène d’ouverture aussi virtuose que celle de la banque dans The Dark Knight. Alors oui, super, des avions, du bruit, des dialogues sur-mixés, un avion attrapé par un autre, puis coupé, puis… wouah, ça impressionne, mais bon, c’est agressif et franchement peu intéressant. Heureusement, la suite se calme, et un certain nombre d’éléments me font vraiment aimer le film. Aimer, pour de vrai. [Et comme je suis un peu paresseuse niveau écriture en ce moment, je vais choisir la facilité des tirets :]

– Les invraisemblances sont assumées. Non pas qu’il n’y eût pas d’invraisemblances dans les volets précédents. Ouhlà non. Mais elles étaient cachées, enfouies, pour ne pas trop qu’on les voie, en plein milieu de ces Å“uvres (soi-disant) hyper-contrôlées et (soi-disant) hyper-cérébrales. Sur le principe, d’ailleurs, je n’ai rien contre les invraisemblances, dans une certaine mesure, ça fait parfois partie de la construction fictionnelle. (Bon, ça fait aussi parfois bien rire). Et ici, eh bien il y en a un paquet. On commence d’emblée par une ellipse : on se retrouve 8 ans après les événements de la fin de The Dark Knight, ce qui soulève sa part de questions : comment Bruce Wayne a-t-il pu rester inactif si longtemps ? J’aime bien, ça a un côté « hyper-sommeil » pour le coup vraiment du côté du fantastique. J’aime bien aussi finalement que ce soit la rencontre avec Selina qui « déclenche » une réaction. Et puis, des tas d’autres invraisemblances, avec la plus grosse, ce retour à Gotham de Bruce Wayne en fin de film, par on ne sait quel moyen, sans aucune liaison. Et puis, un peu toute la fin. Eh bien jamais ici ces défauts ne me dérangent vraiment, parce que j’ai l’impression, du coup, pour la première fois dans la trilogie, d’être devant un film divertissant, devant une adaptation de comics (j’allais dire « devant un film de super-héros », mais je préfère éviter les éventuels commentaires sur le fait que Batman n’est PAS un super-héros…). Alors attention, je ne dis pas « comics = invraisemblances obligatoires ». Je pense juste que trop de sérieux écrase un peu le fantastique et l’imaginaire – en tout cas dans le cas de Nolan. Ici, je n’ai pas l’impression d’un film qui cherche à être plus « intelligent » qu’un film lambda. Le net fleurit, ces derniers jours, d’articles divers et variés sur la liste – longue il est vrai – de toutes les invraisemblances et autres incohérences du film. Étrange, comme si certains spectateurs attendaient… quoi… un documentaire sur Gotham City ? Je crois aussi qu’il y a un certain petit plaisir à vouloir se croire « plus malin que Christopher Nolan ».

– Catwoman est ok, mais de toute façon, on la voit peu. Oui, j’avoue, je n’étais vraiment pas emballée par le choix de Anne Hathaway en Catwoman, ni d’ailleurs par la présence de ce personnage tout court dans l’univers Nolan. Mais bon, une fois qu’on sait qu’on aura non pas un personnage féminin mais un personnage tout court, on n’est pas si déçu. Anne Hathaway, que je continuerai à ne pas aimer, s’en sort bien, mais c’est surtout parce que le film ne fait pas grand-chose de son personnage. Mais elle est très bien. J’aime bien son masque qui se transforme en oreilles. Ça, c’est du détail amusant et plaisant, ludique. Pour le reste, la vision du personnage est plutôt cohérente avec l’univers construit… et, du coup, ne me passionne pas. Mais ça tient la route. Et j’aime apercevoir Juno Temple, actrice que j’apprécie beaucoup, qui détonne un peu ici.

– Bane est vraiment effrayant. Depuis le début du film, je trouve qu’il génère une vraie peur, liée à son physique très imposant et à son nihilisme. Je trouve que le film distille très bien la terreur diffusée par ce personnage. Je regrette simplement de n’avoir pas plus de flashback sur le personnage, ce qui permettrait au moins de voir un peu le visage de Tom Hardy. Hm.

– Mon vrai et gros coup de cÅ“ur, c’est Joseph Gordon-Levitt. Un acteur que j’aime beaucoup depuis un moment, sans pourtant souvent penser à lui si je convoque mon panthéon de comédiens favoris. Son physique particulier, sa délicatesse, son espèce d’humilité permanente et souriante faisaient déjà des merveilles dans Inception. Ici c’est lui qui m’a fourni ce que je ne pensais JAMAIS trouver chez Christopher Nolan : de l’émotion (même si avec Heath Ledger on touchait presque quelque chose). Je suis bien consciente que tout ça est une question de subjectivité, mais justement, pour une fois que je peux être subjective ET positive en parlant de cette trilogie, j’en profite… Sa scène en début de film, dans le manoir Wayne, de confrontation avec Bruce, est, je trouve, brillamment écrite. Pas de sous-entendus, pas de mystères, rien : il sait qui il est, il vient le lui dire, il lui raconte son histoire. Je crois que ce qui est très beau dans ce personnage, c’est ce lien à l’enfance, l’enfance qui déborde des yeux, parfois malicieux, parfois perdus, de l’acteur. L’enfance qui est aussi au cÅ“ur du trauma de Bruce Wayne – et de Talia, même si on s’en fiche déjà plus. Ces deux orphelins qui se rencontrent, se comprennent, se respectent, sans en faire des tonnes, ce personnage de Blake (dont on devine assez vite l’évolution, mais c’est d’autant plus fort), qui est toujours très honnête, très courageux, sans pour autant endosser un héroïsme qui ne lui irait pas (encore), je le trouve très touchant. Et surtout, j’aime sa relation à tout, à Bruce Wayne en particulier donc, mais aussi à Gordon. Ce personnage plein d’espoir, il m’a bouleversée, oui oui. D’ailleurs, sans lui, je ne comprendrais pas que Batman ne laisse pas Gotham périr dans les flammes.

Malgré tout, il reste des choses qui me déplaisent. Entre autres, je continue à n’avoir que peu d’empathie pour le Bruce Wayne-Batman de Christian Bale, à ce niveau ça n’a que peu changé depuis le premier volet. À part ça :

– Tout le monde l’a dit, mais cette fois pour cause : Marion Cotillard, correcte tout le long du film (mais jamais très brillante), a une dernière scène absolument honteuse au niveau de son jeu. Certains ne lui reprochent que ses derniers instants, moi c’est la scène entière : corps mal placé, regard forcé, bref, une horreur.

– J’aime que le film, comme les deux premiers volets, s’ancre dans l’actualité politique de son temps : on avait le 11 septembre, puis ses conséquences dont la guerre en Irak ; on a ici un écho assez vif à la crise économique et particulièrement au mouvement Occupy Wall Street. J’aime un peu moins que le mouvement de Bane soit forcément extrémiste et nihiliste, là où il y aurait un véritable fond à défendre ; j’aime aussi beaucoup moins que l’élément « pour une énergie propre » soit forcément du nucléaire. En gros, j’apprécie (et je trouve courageux) que le film aborde ces aspects (l’attaque de la Bourse est assez forte, dans ce sens), mais je regrette les côtés inévitablement franckmilleriens de l’ensemble.

Et en gros… C’est tout, même si j’imagine que si j’avais découvert ce film-là avant les deux autres, j’aurais eu bien plus de choses à lui reprocher. Peut-être que j’ai « accepté » toute une partie des défauts qui me bloquaient trop dans les deux premiers volets – c’est possible, je n’en sais rien. J’adore bien sûr toute la fin, que je trouve pour le coup très chargée émotionnellement, même si je ne sais pas si ce n’est que l’effet de mon regard subjectif sur le personnage de Blake.

En somme, contrairement à une grande majorité de spectateurs, ce troisième épisode est mon préféré de la trilogie, de loin, en tout cas à la sortie. Reste à voir comment il vieillit et supporte les revisions…

Note : ★★★★★½

The Amazing Spider-Man (Marc Webb)

The Amazing Spider-Man (Marc Webb)

Bon, on va pas se mentir : je ne peux pas dire que j’attendais ce film impatiemment ni que j’étais vraiment emballée par ce projet. Comme tous les gens de mon âge, j’ai découvert les trois Spider-Man de Sam Raimi à l’âge adulte, jeune adulte, allez, allons-y, faisons-nous du mal, et que les deux premiers m’ont vraiment, vraiment beaucoup plu – en particulier le deuxième que je trouve vraiment magnifiquement réussi, dans son écriture, ses acteurs, sa mise en scène.
Maintenant, attention. Je ne suis pas farouchement opposée à l’idée du remake, du reboot, du fait de re-raconter une histoire que tout le monde connaît. Au contraire, c’est quand même un peu la base de l’histoire de la fiction en littérature : raconter d’une certaine manière des choses lues, entendues, en tout cas transmises, ailleurs. L’originalité est un critère de qualité qui est arrivé bien plus tard, et franchement, non, je vous assure, esthétiquement on peut faire des choses vraiment très bien en re-racontant quelque chose qui a déjà été raconté mille fois.

Le problème ici c’est que Marc Webb fait comme si la trilogie de Raimi n’existait pas. On ne lui demandait pas non plus de verser directement dans le film méta et dans l’hyper référentiel – d’ailleurs le référentiel bas de plafond c’est parfois moyennement brillant, comme nous l’a montré le récent 21 Jump Street. Mais là on fait abstraction totale des premiers films, pourtant cruellement récents ; du coup, ignorant ses prédécesseurs, il s’en trouve parfois très proche, mais toujours en sa défaveur. Aucun recul, aucun jeu d’aucune sorte, rien. On a presque l’impression que film traite ceux de Raimi comme des brouillons qui n’auraient jamais été diffusés. D’ailleurs, The Amazing Spider-Man a toutes les allures d’une première adaptation : trop sage, sûrement assez fidèle mais très plate, très classique, mais qui aurait au moins le mérite d’ouvrir la route à d’autres volets où des créateurs pourraient se faire plaisir. Là, non, pas de chance, le créateur de talent est passé avant, a eu déjà avant l’audace de transformer la narration du super-héros à sa sauce, de prendre Mary-Jane et le Bouffon Vert avant Gwen Stacy et le Lézard. D’adapter.

Pourtant Andrew Garfield et Emma Stone sont vraiment des acteurs que j’aime beaucoup, mais je ne sais pas, je trouve que rien ne se passe vraiment ni entre eux et leurs personnages, ni entre eux deux. Je ferai la remarque idiote qu’ils n’ont quand même plus trop l’âge de leurs personnages, ce qui d’ailleurs ne me dérangerait pas vraiment si tout l’ensemble ne se prévalait pas d’une sorte de cachet « le vrai Spider-Man » qui nous fait attendre plus d’authenticité. Jamais les choix, les vibrations, les frustrations et les exaltations du héros ne nous parviennent vraiment, tout est dans la tiédeur ; même le méchant est tiède – en plus d’être franchement laid, mais ça on pouvait déjà le reprocher au Bouffon Vert. Jamais les scènes de « vol » n’atteignent la sensation d’ivresse que l’on avait pu connaître chez Raimi. Jamais on ne franchit avec Gwen la barre du love interest sans réelle personnalité : elle incarne à tous points de vue la fille, issue du schéma basique et banalement sexiste qu’on nous sert depuis des siècles. La 3D n’est quasiment pas utilisée, mais ça on commence à avoir l’habitude… Ajoutons à ça la cerise sur le gâteau, avec la partition de James Horner qui a dû tomber sur ses brouillons de Titanic et qui s’est dit que ça ferait l’affaire, en changeant deux-trois notes. En résulte une musique  non seulement datée et entendue mille fois, mais tout bonnement honteuse et immonde.

Plusieurs scènes se tiennent. Mais l’écriture est très morcelée, manque de liant et surtout de vision à long terme. La présence de l’appareil photo par exemple, honteusement sous-exploitée. Présente-t-on à ce point un objet en action (au moment du combat Lézard/Spidey dans les égouts) pour ne finalement s’en servir qu’une seconde (parce qu’il y a écrit Peter Parker dessus ?) Les scènes d’exaltation collective, sur fond de Stars & Stripes, déjà borderline chez Raimi, sont ici carrément lourdingues. Et puis surtout, comme un symptôme du positionnement bizarre de ce reboot, le super-héros passe son temps, dans le film, à se démasquer. La valeur du secret, comme dans « identité secrète », semble vouloir être évacuée au plus vite, comme si le film refusait de re-raconter ça, cet élément pourtant fondateur d’un bon paquet d’histoires de super-héros. Étrange choix.

J’avais lu beaucoup d’avis plutôt positifs sur le film (et sur ses deux acteurs), qui, sans jamais être très enthousiastes, semblaient reconnaître un côté efficace à l’ensemble, et une émotion réussie. J’avoue être assez perplexe car je n’ai pas vraiment vu tout ça ; pour moi The Amazing Spider-Man est un film dont la mécanique est bancale, et où l’émotion est quasiment absente. Rien de honteux cependant, mais je l’aurai oublié demain.

Note : ★★★☆☆☆

Hunger Games (Gary Ross)

Hunger Games (Gary Ross)

La dystopie au cinéma, c’est un peu mon péché mignon (un peu normal pour quelqu’un dont le premier coup de cÅ“ur en salle a été L’Armée des 12 singes). Pour autant, je ne connaissais avant d’entrer dans la salle qu’à peine quelques morceaux du concept de ces Hunger Games, et je n’ai pas lu les livres de Suzanne Collins.

C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai été plutôt emballée et assez vite captivée par tout cet univers et par les aventures de Katniss Everdeen. La petite Jennifer Lawrence, que je n’avais vu auparavant que dans X-Men le commencement l’an dernier, est très bien, avec son visage qui garde un petit quelque chose d’enfantin mais qui est aussi habité par la dureté. J’aime aussi assez Josh Hutcherson, dans le rôle de Peeta, (que j’avais vu plus petit dans Le secret de Terabithia et aussi un peu plus grand dans Tout va bien ! The Kids are all right, où il jouait le frère de Mia Wasikowska, et donc le fils d’Annette Benning et de Julianne Moore).

J’aime moins le côté forcé des costumes et maquillages de la population du « Capitole » (mais ça c’est parce que je n’arrive pas à m’imaginer une société où les gens auraient réellement le temps et l’envie de faire ça tous les jours…) Stanley Tucci est drôle en présentateur télé dégénéré.

Ce qui me plaît dans le concept, c’est le fait que ces jeux, par leur nature, désactivent totalement la sincérité des personnages, qui se retrouvent de fait dans une position délicate où ils doivent sans cesse « plaire », sans cesse « se défendre », sans cesse « sauver leur peau ». Dès lors, on ne sait jamais si leurs actes sont motivés par leur éthique personnelle ou par une stratégie calculée. Ou, bien évidemment, par les deux. J’aime bien toutes les scènes de de plateau-télé justement où Katniss découvre les réactions directes du public, qu’elle ne s’explique pas complètement et qu’elle maîtrise mal. Et c’est pourquoi aussi j’aime assez la fin, avec ce couple dont on ne sait finalement pas quelle est la part exacte de stratégie et d’affection réelle.

Côté mise en scène, ne nous leurrons pas : c’est sans génie, et c’est même sans style. Je le reconnais. Mais ce serait malhonnête de cacher le fait que j’ai passé un très bon moment, un peu comme quand on lit un roman un peu médiocre et mal écrit, mais tellement bien ficelé qu’on ne peut décemment pas dire que « C’est nul ». Je trouve aussi dommage que Katniss ne tue finalement jamais que pour se défendre de façon immédiate, ce qui la place dans une position de « gentille » à la morale irréprochable, alors qu’au fond son innocence et sa sincérité laissent largement à désirer.

Evidemment, beaucoup d’éléments sont un peu effleurés, c’est le cas de pas mal de personnages secondaires, et aussi de l’explication du pourquoi de ces « jeux » (j’ai bien compris qu’il s’agissait d’une punition envers les 12 districts, mais pourquoi exactement – à part l’idée d’une rébellion – et de la part de qui, j’avoue que je n’ai pas bien suivi). Le « geai moqueur », élément a priori très important puisqu’il est l’emblème de la trilogie des livres, me semble aussi un peu faible. Du coup, eh bien oui, j’ai maintenant envie de lire les livres ! Et pour avoir feuilleté le premier tome hier en librairie, ça a l’air de se lire vite.

Note : ★★★★½☆

Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes (David Fincher)

Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes (David Fincher)

Ça fait maintenant bien longtemps que j’ai entendu parler pour la première fois de la trilogie Millenium, romans du suédois Stieg Larsson. Je travaillais alors en bibliothèque municipale et j’avais du mal à comprendre comment, du jour au lendemain, avait pu se créer une liste d’attente longue comme un bras de King Kong pour la réservation du seul exemplaire que nous possédions alors de chaque tome (nous allions être forcés d’en commander quelques doubles par la suite…)

Les couvertures singulières de chez Actes Sud et leurs dessins bizarres, je l’avoue, ne m’inspiraient guère. Je suis pourtant bonne cliente de polars nordiques (mon préféré étant l’islandais Arnaldur Indridason, encore assez peu adapté au cinéma, à part Jar City – mais il a aussi signé le scénario, toujours pour le même réalisateur, Balthazar Kormakur, de Contrebande, un film avec Mark Walhberg à sortir en mai). — Oui oui, je vous perds un peu avec mon intro, mais c’est comme ça. —
Le problème, c’est que moi et les livres grand format, on n’est pas très copains. C’est cher, c’est trop gros pour mes petites mains, trop lourd pour mon petit sac sur mon fragile dos. Je suis une amoureuse des poches, j’aime leur dimension, leur aspect familier. Dès lors, pour les livres à leur sortie, c’est au choix : soit je les emprunte à la bibliothèque, soit j’attends quelques mois leur sortie en poche. Comme vous l’aviez compris, réussir à réserver Millenium en bibliothèque tenait à l’époque du parcours du combattant, ah oui j’aurais bien pu ruser dans les logiciels internes à ma disposition pour gruger les 45 petites vieilles qui étaient avant moi sur la liste, mais ce n’aurait pas été très urbain, ni très professionnel. Attendons le poche, donc. Mais, muflerie de l’éditeur, profits en vue et autres raisons économiques douteuses ont fait que le poche s’est fait looooongtemps attendre pour le tome 1. Du coup, ma curiosité a eu le temps de s’émousser ; pire, j’étais presque agacée par ce pseudo-phénomène qu’on voulait à tout prix nous imposer.

Quand enfin j’ai eu l’objet dans les mains, j’ai commencé à le lire tranquillement, avec, peut-être je l’avoue, un petit a priori négatif, un peu snob, comme la sensation que ce truc tellement populaire devait être bien médiocre. (Après tout, j’avais bien eu aussi beaucoup d’a priori négatifs sur la saga Harry Potter, pour finir par engloutir les 7 tomes à la suite…) Mais, aux premières pages, le livre m’est tombé des mains. Ce mic-mac économico-politico-journaleux me semblait complètement embrouillé, nous présentant des personnages et des situations absolument inintéressantes, avec un style encombré et vraiment pas attrayant. Comme je lis généralement plusieurs livres en même temps, j’ai dû fermer un jour celui-là, en prendre un autre, et ne jamais le rouvrir.
Jusqu’à un jour paisible de l’année 2011 où, sur une île méditerranéenne, bloquée par la pluie dans un confortable petit hôtel, je me suis retrouvée avec le pavé à portée de main. Relisant en mode avance rapide les premières pages qui m’avaient tant déplu, j’y ai un peu mieux trouvé mon chemin, et j’ai poursuivi ma lecture, pour ne plus m’arrêter jusqu’à la fin. Une écriture globalement sans éclat, mais efficace, des personnages attachants, des péripéties qui se suivent facilement et avec plaisir : après tout, je ne demande pas mieux !
Il est vrai que ma lecture était d’autant plus motivée que je savais déjà que j’allais voir début 2012 l’adaptation cinéma de David Fincher, dont j’attendais qu’il refasse un film à la hauteur de Zodiac… Je mentirais si je disais que je n’ai pas visualisé, dès ma lecture, les visages de Daniel Craig en Mikael Blomkvist, de Robin Wright en Erica Berger et  de Rooney Mara en Lisbeth Salander.

 

La lecture finie, les mois ont passé, et j’ai pu découvrir le film de Fincher sans être trop encombrée par les pensées-parasites qu’occasionnent une lecture trop récente par rapport au visionnage de son adaptation cinéma (« ce n’est pas fidèle », « il manque ça », « ils ont rajouté ça »…)
Après un générique que l’on m’avait trop vantée (il est très bien, hein, mais pas révolutionnaire non plus… C’est un générique à la James Bond, en plus sombre…) j’ai été séduite quasiment dès le début, qui ne s’encombre pas, comme le fait le livre, d’une explication longue et laborieuse sur les tenants et les aboutissants de l’affaire Wennerström. Et puis, on arrive sur l’île, et un plan mobile qui avance sur la maison d’Henrik Vanger m’a donné des frissons. A la fois élégant et chargé de mystère, ouvrant la curiosité du spectateur comme s’il se trouvait devant un jeu de société à échelle réelle, ce plan est pour moi, à l’image du tout premier plan de Zodiac, chargé de cinéma. (Je sais, ça ne veut pas dire grand-chose, mais je n’arrive pas à le formuler autrement.)

Pas de surprise, le casting est globalement très bon. Robin Wright incarne parfaitement son personnage, à un point que je n’imagine nulle autre actrice qu’elle à sa place. Goran Visjnic est très bien dans le peu que l’on voit d’Armansky. Daniel Craig est comme un poisson dans l’eau : il semble s’amuser beaucoup avec son personnage, son côté à la fois très vif d’esprit et pourtant parfois dépassé, par Lisbeth en particulier, mais aussi par lui-même. Son jeu avec ses lunettes, qui l’encombrent mais qui lui sont nécessaires, est tout simplement délicieux. Et puis, enfin, Rooney Mara est une Lisbeth parfaite, autant dans son corps et sa manière d’évoluer, que dans sa voix absolument fascinante, mélange de fragilité et de ténacité.

Sans parcourir le film dans ses moindres détails, je trouve que les choix qui sont faits se tiennent bien – à part une petite réserve sur la résolution de l’énigme, pour le coup assez différente du livre, et que je préfère dans le livre. Comme souvent chez Fincher, les décors, costumes, accessoires fourmillent de détails plaisants et bien vus : une bouteille qui roule sur un frigo, un iPhoto dont on sait mal se servir, un bête gobelet de café, un sachet de donuts… Tout fourmille de précision et de cohérence, ce qui n’est guère étonnant quand on connaît un peu le niveau de maniaquerie du réalisateur. Les scènes difficiles, que je craignais parce qu’on n’est jamais très loin du voyeurisme quand on choisit de montrer ça, sont finalement rattrapées, un peu de justesse, mais bon, par la souffrance évidente de Lisbeth, et surtout par son sang qui coule abondamment dans la baignoire. L’absence de ce plan aurait à mes yeux condamné la séquence et même tout le film.

Je ne compare pas avec le téléfilm dit « original », que je n’ai pas vu. Noomi Rapace, à qui, c’est plus fort que moi, je trouve toujours un air de ressemblance avec Mathilde Seigner (désolée…….), me plaît moins sur le papier, mais on m’en dit du plus grand bien. Je doute cependant d’avoir l’envie ou l’occasion de rattraper ma lacune.

Et après avoir lu le tome 2, j’avoue espérer dans un monde idéal que la même dream-team puisse se reformer à nouveau… Les acteurs ont a priori signé pour les trois volets, mais quid de Fincher ? C’est vrai que, je l’avoue, il a sûrement autre chose à faire, mais son film donne l’impression qu’il s’est quand même bien amusé avec ce matériau. A suivre donc !

Note : ★★★★★½

 

A Dangerous Method (David Cronenberg)

A Dangerous Method (David Cronenberg)

Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d’hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud…

Avec un duo d’acteurs pareil (Viggo Mortensen face à Michael Fassbender), et un sujet qui semblait clairement jouer sur la relation entre les deux personnages, les deux figures que sont Freud et Jung, je m’attendais à un jeu de ping-pong entre les deux, à une réflexion sur leurs rapports, à une belle rivalité.

Malheureusement, ce sujet, prometteur bien qu’un peu racoleur, n’occupe qu’une partie minime du film de Cronenberg. Et c’est dommage, car on voit finalement assez peu Viggo Mortensen, pourtant très bon dans un registre assez minimaliste, cigare en bouche et sourire discret. Le film se concentre très largement sur le personnage de Jung ; je n’ai rien à y redire, on l’aime bien, notre Michael. Et il est très bon dans ce rôle, aussi, incarnant parfaitement les doutes, les idéaux du personnage : face aux certitudes de Freud, centrées sur la sexualité, Jung oppose une résistance salvatrice, et une volonté d’aller plus loin, d’explorer des mondes inconnus, parfois à la frontière du rationnel. Démarche qui pourrait être passionnante à creuser, mais non, le film préfère s’attarder sur la relation de Jung avec Sabina Spielrein, sa patiente hystérique, la façon dont il va la guérir et l’amener à être elle-même médecin. Relation intéressante certes, mais Keira Knightley, après de premières scènes « de folie » assez difficiles à supporter tellement elles sont fabriquées et tellement elle est laissée seule dans le cadre avec ses mâchoires, n’offre que peu de profondeur à son personnage, le rendant par la suite relativement lisse, malgré quelques beaux moments de rébellion contre l’univers mâle qui se dresse devant elle.

A part quelques scènes à sensations, Cronenberg recourt à une mise en scène très sobre, et qui, malheureusement, finit par ennuyer.
A tort peut-être, car sous la surface, le film bouillonne de mille conflits internes. On le sent en particulier dans l’effort mis sur la bande originale du film, signée Howard Shore, qui joue un vrai dialogue avec les partitions de Wagner, autre grand homme marquant de cette époque ; sa présence permanente et quasi inconsciente pour le spectateur (même si Siegfried est évoqué à plusieurs reprises) rajoute sans aucun doute une couche de sens importante au film. Comme si ce que l’on voyait à l’écran n’était pas toute la vérité, comme si la science seule ne suffisait pas, et qu’elle devait être secondée par l’art, et par les mythes, pour parvenir à déchiffrer, peut-être, des fragments essentiels.

Très (trop ?) cérébral, ce film perd probablement une partie de son public en donnant une fausse impression d’académisme. Alors qu’il mériterait une analyse minutieuse qui ne manquerait sûrement pas d’être fructueuse.