L’Écume des Jours (Michel Gondry)

L’Écume des Jours (Michel Gondry)

écume des jours

Je n’étais pas franchement sûre d’aller voir cette Écume des jours. La première raison en est que je n’aime pas trop le roman de Boris Vian, en fait – oui, je sais, ça ne se dit pas en public, mais pourtant voilà, c’est ainsi. Je l’ai lu dans ma jeunesse, mais trop de jeux, trop de néologisme, trop de tics, trop de toc : ce qui aurait pu m’amuser au plus haut point m’a vite fatiguée, puis carrément agacée. Je craignais de ressentir à peu près la même chose devant une adaptation cinématographique. Deuxième raison, c’est le casting des deux personnages principaux : je ne déteste pas Romain Duris ni Audrey Tautou, mais, si je les ai l’un et l’autre trouvés bons au moins une fois, je les ai aussi vus capables du pire, car ce sont deux grands acteurs minaudeurs à leurs heures.

Mais voilà, Michel Gondry, c’est un peu le type dont tu te dis « Ah oui, encore ses trucs un peu farfelus », et qui finit par te coincer à l’improviste par une vague de poésie qui te renverse, tellement on n’a pas l’habitude d’en rencontrer des comme ça. Et puis je crois que j’ai vu tous ses longs métrages de fiction, à part (pour l’instant) The We and the I que j’ai raté en salles.

Eh bien il s’est donc passé exactement ce dont je parle au-dessus. Là aussi beaucoup de jeux, et beaucoup de « néologismes » de langage cinéma à proprement parler… Mais pourtant rien ne sonne vraiment creux ni même vraiment artificiel. Enfin, si, peut-être un peu, mais tout est tellement baigné de plaisir, de fraîcheur de l’invention, d’étonnement… L’inventivité est l’une des rares choses qui arrive à m’impressionner chez les gens, et encore plus quand elle se couple à de la créativité et, à plus forte raison, à de la poésie. Et je suis encore plus impressionnée lorsque ce souffle créatif ne souffre d’aucune baisse de régime, malgré les années, malgré les succès, malgré toutes les choses déjà faites, déjà expérimentées.
Les deux acteurs principaux sont plutôt bons. Et, on pourra dire ce qu’on voudra, Audrey Tautou, au-delà de sa moue que l’on a tant et tant vue, a surtout un phrasé très particulier, très direct, qui parfois, mal dirigé, peut sonner atrocement faux, mais qui peut aussi donner quelque chose de très unique. Duris est assez canalisé ici, plutôt charmant, et Omar Sy comme d’habitude semble s’en donner à coeur joie – là encore on a un bel exemple d’un comédien « Ã  succès » qui ne s’essouffle pas et qui garde comme moteur son plaisir, son amusement, et sa grande générosité de jeu avec ses partenaires. Et puis il y a Charlotte Le Bon, que j’appelle « la Rose Byrne française », toute mignonne et avec un talent comique assez subtil.

Le film a un côté très français, à tous points de vue. Le passage au-dessus des Halles est assez magique, même si dangereux sur le papier. Toutes les références franco-françaises sont là, ainsi que les jeux de mots. Rien n’est « lissé », malgré la carrière depuis longtemps internationale du réalisateur. Le film est-il facilement exportable à l’étranger ? Je me le demande, et je trouve ça assez fabuleux qu’il ne le soit pas vraiment à la base… mais qu’il le devienne par le côté « sans frontières » de son propos et de sa mise en scène.
Pour le reste, c’est donc plein de trouvailles, visuelles essentiellement, et même si on est à la lisière du « toc » dont je parlais plus haut, pour ma part je suis toujours restée dans l’émerveillement, d’autant que le rythme du film est plutôt bien tenu. L’affadissement des couleurs final est assez bouleversant – simple évidemment, mais le côté bricolage de l’exécution ajoute quelque chose d’incroyable.
C’est d’ailleurs exactement cette association qui fait tout le talent – allez, parlons de génie ? – de Michel Gondry, cet équilibre entre « Mais comment a-t-il fait ? » et « Mais pourquoi n’y a-t-on pas pensé avant ? ». Ponctué par un gros sourire intérieur.

Note : 4,5/6

Before Midnight (Richard Linklater)

Before Midnight (Richard Linklater)

before-midnight

J’ai découvert Before Sunrise au début des années 2000, c’est-à-dire plus tard que beaucoup, mais un peu avant qu’il ne devienne un film culte sublimé par sa suite, Before Sunset. Je connaissais Julie Delpy et Ethan Hawke de leurs carrières réciproques, avec un petit surplus de sympathie pour la petite Française, dont la réussite aux États-Unis forçait l’admiration. Ethan Hawke, c’était encore à l’époque pour moi le jeune garçon timide mais tellement touchant du Cercle des poètes disparus, l’un des rares films que j’ai vus au cinéma petite. J’ai revu depuis, peut-être, je ne sais plus, ce premier opus de la relation Céline-Jesse, mais j’en ai peu de souvenirs précis, si ce n’est le sentiment d’un film de tonalité mineure, mais où tout sonne juste, ou tout est un peu fragile, en demi-teinte, où rien ne s’impose facilement.
Before Sunset avait la grâce de quelque chose d’inattendu et d’exceptionnellement abouti, tout en restant subtil. Le romantisme fou du synopsis (10 plus tard, ils se retrouvent et comprennent que derrière les occasions ratées, les divergences d’opinion, ils sont faits l’un pour l’autre) faisait de cette suite un film quasiment parfait, rythmé par les dialogues précieux issus du travail intensif du trio Linklater-Delpy-Hawke, et bercé par la toile de fond paradisiaque de la Promenade Plantée, des quais de Seine, des escaliers interminables et autres petites pépites du décor parisien.

Pour Before Midnight, le défi était de taille : sauter, de nouveau, une dizaine d’années dans la vie de personnages pour lesquels, manifestement, le plus romantique de leur vie amoureuse est derrière eux, que ce soit leur première rencontre ou leurs retrouvailles. Comment dépasser cela ? La première qualité du film est son honnêteté : pas d’artifices ou de péripétie improbable qui insufflerait un renouveau romanesque sorti de nulle part. Le point de départ est franc, Jesse et Céline ont deux filles, plus le fils que Jesse avait eu de son côté auparavant ; cette première donnée leste forcément la sérénité du couple. Le fils adolescent qui vit avec sa mère dans un autre pays et pose des difficultés affectives et logistiques évidentes (pour son père, plus que pour lui ?), et les deux petites jumelles à gérer : reste-t-il du temps à Jesse et Céline pour eux ? Communiquent-ils encore ? Savent-ils toujours exprimer ce qu’ils ressentent ? S’aiment-ils encore ?

Le début du film se veut rassurant : oui, Jesse et Céline sont toujours ensemble, leurs petites filles sont adorables, et ils parlent toujours, sans relâche, dans une voiture qui, symboliquement, traverse des ruines sans avoir le cÅ“ur ou le courage de s’y arrêter. Déjà, des anicroches apparaissent, des différends ; mais c’était déjà le cas il y a 10, 20 ans… Céline parle pourtant immédiatement de rupture. Là où certains verront seulement l’hystérie du personnage féminin, c’est en fait simplement la preuve que le couple de nos héros est dans une position de fragilité extrême, malgré l’amour, malgré la complicité.

La scène dans la « superbe maison en Grèce où plusieurs couples habitent ensemble dans la plus grande harmonie et parlent sans tabou de leur vie intime et de généralités sur la vie et l’amour en faisant à manger des choses extrêmement saines produites sur place » n’est pas à mes yeux le meilleur passage du film, qui le fait pencher du côté de mauvais films italiens ou de mauvais Woody Allen. Fantasme un peu américain de la vie européenne « tellement authentique ». Il y a cependant un très beau moment avec les hôtes les plus âgés, dans cette évocation de la disparition de l’être aimé, après une longue vie commune, qui serre la gorge.
Puis c’est l’angoisse : les amis ont « programmé » pour Jesse et Céline un rendez-vous en amoureux. Ce qui apparaît comme une bonne intention scintille immédiatement comme une épée de Damoclès : l’obligation de s’amuser, et de s’aimer, et de passer un bon moment, sur commande. Eh oui, les enfants, les contraintes : adieu la spontanéité. Et si tout semble bien commencer par une promenade à pied, on sent néanmoins, à tout moment, que le dérapage n’est pas loin, que les réponses de Jesse se font lisses pour échapper aux pièges de Céline… Cherche-t-elle vraiment à le piéger ? Parce qu’elle est hystérique et féministe ? (oui, souvent dans la tête des gens les deux adjectifs vont de pair, ne me dites pas que vous le découvrez…) Ou n’est-elle pas plutôt, comme la Céline des deux opus précédents, toujours à la recherche d’un idéal, d’un absolu, d’une perfection morale et sentimentale, qu’elle peine manifestement à retrouver dans son couple, et dans sa vie entière ?

L’arrivée dans l’hôtel moderne et luxueux accentue le sentiment d’angoisse. Et en effet, après un début idyllique très cinématographique où les deux héros finissent même par tomber en arrière sur le lit – on y croit, leur vie intime est donc intacte ! mais on craint le pire -, une simple interruption suffit, évidemment, à faire dérailler le programme. Le dialogue se densifie, sans relâche, et Céline, les nerfs à fleur de peau, rebondit sur la moindre imperfection de discours de son partenaire. Certes, elle est un peu folle, comme Jesse le lui dit clairement. C’est ce qu’il y a de plus dur dans Before Midnight : cette acuité sur les petits et grands défauts des protagonistes ; intransigeance, hypersensibilité, égoïsme, mollesse, désengagement (je vous laisse attribuer quoi à qui). Et puis il y a ce moment très émouvant où Céline évoque sa profonde détresse à la naissance des filles. Sublime Julie Delpy, mère elle-même depuis 2009, qui se fait porte-parole d’une ribambelle de mères qui, dépassées par leur nouveau rôle, par leur nouveau corps, par leurs nouvelles tâches, sont encore plus accablées par l’absence ou l’aide minimale de leur compagnon. Ce nÅ“ud complexe, souvent indicible, qu’est la solitude extrême des mères. Féministe ? Effectivement.

Mais on ne veut pas voir Jesse et Céline se déchirer, ou, pire, se séparer. On veut y croire. On sait que déjà que la vie est dure, que les mariages finissent par des divorces. On a les médias pour nous le seriner, on ne veut pas que Linklater, Delpy et Hawke nous le disent à leur tour, ou nous parlent, tels les magazines féminins, du quotidien qui tue tout, des enfants qui détruisent les couples, des femmes qui doivent faire des efforts pour entretenir la flamme. Heureusement, il n’est pas question de tous ces poncifs simplistes ici.
Alors on regarde le soleil qui baisse, baisse, baisse, jusqu’à en capter le dernier rayon ; il faut être sûr de le voir. Avec ce doute permanent : le reverra-t-on demain ? On regarde l’autre, fatigué de son fonctionnement, de ses jeux, connus par cÅ“ur. Et pourtant, oui, au fond, de quoi s’agit-il ? De cette impossibilité de nous connaître, de le connaître, de la connaître, mais se rappeler des moments miraculeux où l’on a touché un peu de cette « essence » de l’autre, qu’on a aimée, qu’on aime toujours.  L’effort que cela implique, de se rappeler ça, sera-t-il toujours possible ? Le trio nous en reparlera-t-il dans une dizaine d’années ? (Et le souhaitons-nous ?)

Note : 5/6

Trance (Danny Boyle)

Trance (Danny Boyle)

Still from the trailer for Danny Boyle's Trance

Je ne suis pas sûre que j’aurais vu ce film au cinéma si j’avais pu voir Mud comme prévu – au cinéma ces jours-ci c’est l’horreur, arrivez en avance ! – et franchement ça ne m’aurait pas manqué.

On est donc dans une sorte de thriller psychologique à base d’hypnose (sauf qu’ici en gros l’hypnose permet de TOUT faire), avec Vincent Cassel en méchant pas si méchant, James McAvoy en gentil pas si gentil, Rosario Dawson en hypnotiseuse pleine de secrets.
Sur le papier ça peut marcher, ce jeu entre enquête et réflexion sur le souvenir, en plus Danny Boyle s’amuse beaucoup avec les cadres, les cadres dans les cadres, les cadres flashbacks montés avec le reste… Malheureusement, on est dans quelque chose de beaucoup plus laborieux que ludique.

Rosario Dawson écope de scènes de nus très larges et insistantes qui raviront sûrement une partie des spectateurs, qui généralement n’en retiendront que ça. Dommage, car elle essaie d’aller un peu plus loin au niveau du jeu, mais ça ne mène nulle part. Les garçons sont, comme à l’accoutumée, bien plus protégés, montrant un bout de torse et un bout de fesses par-ci par-là, piètre tentative d’égalité alors qu’il n’en est rien. Rien que pour ça le film mérite un carton rouge. Quand on aura autant de nudité gratuite masculine que féminine au cinéma on aura fait un grand pas.

Le film s’emberlificote pour avoir l’air plus malin qu’il n’est, lorgne un peu (mais vraiment un peu) du côté de Eternal Sunshine of the Spotless Mind, mais peine, peine et repeine. Au final, ni le côté polar ni le côté psychologique ne sont réussis. Par manque de fluidité surtout, et de brillance. Les comédiens font leur possible avec un script assez pauvre, et le rôle le plus ingrat, celui de James McAvoy, amène l’acteur très près de la frontière du ridicule.
Vite vu, vite oublié…

Note : 2,5 sur 6

Oscars 2013

Oscars 2013

WARNING : passez votre chemin si vous vous attendez à un billet d’analyse expert sur le sujet des Oscars !
Je n’ai jamais été très passionnée par cette cérémonie et par ces prix, contrairement à la plupart de mes amis cinéphiles qui suivent les tendances depuis l’été précédent, qui font leurs pronostics soigneusement chaque année, et qui passent une nuit blanche en luttant pour trouver un flux de diffusion de la cérémonie, pour pouvoir la suivre en direct.

Je ne peux pas trop expliquer pourquoi ça ne m’intéresse pas plus que ça, mais c’est un peu comme le box-office : je n’arrive pas à m’y intéresser et je n’arrive pas à retenir quoi que ce soit sur le sujet. Demandez-moi qui a gagné l’an dernier, je ne suis pas sûre de pouvoir vous répondre.
Jusqu’à hier et cette affreuse 32ème cérémonie des César, j’aurais ajouté que j’ai vraiment du mal avec le show à l’américaine que tout le monde semble encenser chaque année ; je trouve que la cérémonie des Oscars est assez pénible à suivre, même si « carrée » et « spectaculaire », et je déteste la manière dont les gagnants sont « coupés » par la musique qui leur indique que, c’est bon, on les a trop entendus. Évidemment, c’était jusqu’à hier et à cette soirée des César où les sketchs duraient de très longues (et souvent embarrassantes) minutes mais où la plupart des discours de remerciements ont été coupés avec le plus grand manque de respect par le présentateur ou le président. [Suite et fin de la parenthèse César : cela dit, je n’ai jamais fait partie de ceux qui râlaient parce que les remerciements sont trop longs, parce que les interventions des intermittents ou d’autres militants sont pénibles. J’ai toujours trouvé qu’il se passait de belles choses parfois pendant ces moments un peu hors-cadre. Mais à force de dire « Les César c’est horrible, c’est trop sérieux, c’est français, on ne sait pas faire, on s’ennuie, marre des intermittents », le public a aussi tendu la perche vers cet espèce d’esprit faussement irrévérencieux qui fait que tout se cache derrière un second degré où toute sincérité et toute prise au sérieux sont condamnées. Je ne sais pas quel positionnement ils devraient adopter l’année prochaine, mais pitié, tout sauf ça…]

Du coup, je vais vous indiquer pour chaque catégorie mon « vote » (si je votais, évidemment), et aussi mon pronostic, qui généralement m’intéresse moins, mais bon, je me plie au jeu général !
J’ajoute quand même, car je ne peux pas ne pas le faire, en fin de ce long préambule, que l’absence totale de Cloud Atlas est incompréhensible à mes yeux, au moins dans quelques catégories techniques. Je ne vais pas vous dire à quel point j’aurais voté pour lui dans telle ou telle catégorie (ça serait à peu près aussi malin que les commentaires des recettes de Marmiton « Je né pa mi de crème ni de carotte mais g remplacer par du jambon, tré bonne recete merci »).
Mais bon, j’enfonce une porte ouverte en rappelant que les nominations (et les victoires) aux Oscars sont surtout une histoire de producteurs bien introduits et habiles en promotion – à ce jeu-là les Weinstein restent les champions hors-classe. Du coup, je n’arrive pas à trouver du sens à tout cela, je me force ; mais j’ai vraiment du mal.
Bref, c’est parti !

  • Meilleur film :
    Les Bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin
    Happiness Therapy de David O. Russell
    Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow
    Lincoln de Steven Spielberg
    Les Misérables de Tom Hooper
    L’Odyssée de Pi d’Ang Lee
    Amour de Michael Haneke
    Mon vote : Django Unchained de Quentin Tarantino
    Mon pronostic : Argo de Ben Affleck

Je n’ai pas vu Amour, toujours pas, c’est donc la grande inconnue dans mon jugement (pour mon vote, pas pour mon pronostic…) Je n’ai pas vu non plus Les Misérables, et n’ai aucune intention de le faire, et enfin, j’ai aussi raté Argo, que j’avais pourtant plus ou moins prévu d’aller voir. Je le rattraperai, d’autant plus s’il gagne l’Oscar – la probabilité est quand même très grande.
Je vote pour le film que j’ai préféré parmi les autres, donc ; je ne sais pas si j’aurai l’occasion d’écrire un billet sur Django Unchained mais c’est vraiment le film que j’ai pris le plus de plaisir à voir en début d’année, et même si, comme souvent chez Tarantino, c’est surtout du plaisir immédiat et instantané (ce qui est déjà une grande qualité), je trouve aussi que le film n’a pas totalement disparu de mon esprit.

  • Meilleur réalisateur :
    David O. Russell pour Happiness Therapy
    Mon vote : Ang Lee pour L’Odyssée de Pi
    Mon pronostic : Steven Spielberg pour Lincoln
    Michael Haneke pour Amour
    Benh Zeitlin pour Les Bêtes du sud sauvage

La catégorie amusante puisque Ben Affleck n’y est pas nommé pour Argo, alors qu’il a raflé Golden Globes, BAFTA et compagnie. Qui, alors ? Le respecté Steven Spielberg (que j’adore, mais ce serait quand même pour l’un de ses films les plus barbants…), le poussé-par-les-Weinstein David O. Russell, qui a pourtant lui aussi fait beaucoup mieux par le passé ? Mon vote va à Ang Lee, car je trouve la mise en scène de L’Odyssée de Pi assez somptueuse, et plus ambitieuse que celle des autres. Je n’ai pas beaucoup aimé Les Bêtes du sud sauvage mais la mise en scène m’a vraiment gênée, donc non.

  • Meilleur acteur :
    Mon pronostic : Daniel Day-Lewis pour Lincoln
    Denzel Washington pour Flight
    Hugh Jackman pour Les Misérables
    Bradley Cooper pour Happiness Therapy
    Mon vote : Joaquin Phoenix pour The Master

Le peu que j’ai vu de la prestation de Hugh Jackman dans les extraits des Misérables me semble honorable mais pas oscarisable. En revanche, je n’ai pas vu Flight mais j’ai l’impression que Denzel Washington y est très bon – mais de là à voter pour lui sans l’avoir vu… Je tranche du coup pour Joaquin Phoenix, qui est complètement FOU, et dont la prestation dans The Master est parfois à la lisière de l’insupportable, mais au moins on a une vraie proposition de jeu. Il n’a hélas, je pense, aucune chance de gagner, face à Day-Lewis que j’aime bien mais inintéressant au possible dans Lincoln.

  • Meilleure actrice :
    Naomi Watts pour The Impossible
    Mon vote : Jessica Chastain pour Zero Dark Thirty
    Jennifer Lawrence pour Happiness Therapy
    Mon pronostic : Emmanuelle Riva pour Amour
    Quvenzhané Wallis pour Les Bêtes du Sud Sauvage

Je devrais pronostiquer Jennifer Lawrence, qui a gagné beaucoup de prix pour ce rôle, que tout le monde adore (y compris moi), et qui est bien poussée par les Weinstein. Mais c’est comme ça, je tente Emmanuelle Riva, dont je n’ai pourtant pas vu la performance. Jennifer Lawrence est une excellente actrice que j’adore, mais j’aurais préféré qu’elle gagne pour autre chose. Je vote en revanche pour Jessica Chastain car elle est une autre de mes chouchoutes, et de toutes les prestations citées je trouve que c’est la seule qui soit suffisamment au niveau. J’adore Naomi Watts mais elle est ici nommée uniquement pour son rôle un peu salissant (où elle est très bien, mais bon, elle est capable de tellement plus subtil…) ; quant à Quvenzhané Wallis, je trouve que cette nomination sort de nulle part.
Si Jennifer Lawrence gagne, je serai quand même contente, et j’espère qu’elle nous fera un joli discours.

  • Meilleur second rôle masculin :
    Mon vote et mon pronostic : Christoph Waltz pour Django Unchained
    Phillip Seymour Hoffman pour The Master
    Robert De Niro pour Happiness Therapy
    Alan Arkin pour Argo
    Tommy Lee Jones pour Lincoln

Je crois que tous les nommés ici ont déjà eu un Oscar… J’ai hésité à pronostiquer Tommy Lee Jones car son Oscar remonte à 1994 (pour Le Fugitif), et que dans Lincoln il joue un rôle moralement oscarisable… Mais j’ai envie de croire en Christoph Waltz, même si son Oscar est tout récent, et même si ce rôle est plus un premier rôle qu’un second. Car lui aussi a la morale de son personnage pour lui, avec un petit surplus de « couches » à jouer que son confrère. Un petit mot en passant sur Leonardo Di Caprio, qui, pour le même film, aurait mérité lui aussi (et depuis longtemps) au moins une nomination… Mais que veux-tu Leo, même avec des dents pourries tu restes trop joli pour être oscarisé… La joliesse oscarisée, c’est pour les FILLES ! (Et Samuel L. Jackson aussi aurait mérité sa place ici. Mais bon. J’ai dit, j’arrête l’esprit Marmiton).

  • Meilleur second rôle féminin :
    Jacki Weaver pour Happiness Therapy
    Helen Hunt pour The Sessions
    Mon pronostic : Anne Hathaway pour Les Misérables
    Sally Field pour Lincoln
    Mon vote : Amy Adams pour The Master

Je n’aime pas Anne Hathaway, je la déteste presque, mais je reconnais que parfois elle s’en sort bien. Je vote évidemment pour Amy Adams, non seulement parce que je l’adore depuis longtemps, mais surtout parce que je pense qu’elle est la meilleure de cette catégorie.

  • Meilleur scénario original :
    Flight par John Gatins
    Mon vote : Django Unchained par Quentin Tarantino
    Zero Dark Thirty par Mark Boal
    Amour par Michael Haneke
    Mon pronostic : Moonrise Kingdom par Wes Anderson et Roman Coppola

Là on arrive aux catégories pour lesquelles, pour faire des pronostics corrects, je devrais lire quelques articles sur le sujet. Mais l’envie me manque, je vais donc répondre selon mon instinct – généralement pourri. J’ai beaucoup aimé Moonrise Kingdom donc mon pronostic est presque un vote n°2.

  •  Meilleur scénario adapté :
    Lincoln par Tony Kushner
    Mon vote : L’odyssée de Pi par David Magee
    Mon pronostic : Argo par Chris Terrio
    Happiness Therapy par David O. Russell
    Les bêtes du Sud Sauvage par Lucy Alibar et Benh Zeitlin

Je n’ai pas lu le livre de Yann Martel, donc je ne peux pas réellement juger du travail d’adaptation de l’Histoire de Pi, mais j’aime la façon dont le scénario est construit…

  • Meilleur film en langue étrangère :
    Mon vote et mon pronostic : Amour (Autriche)
    No (Chili)
    War Witch (Canada)
    A Royal Affair (Danemark)
    Kon Tiki (Norvège)

Je n’ai vu aucun film de cette catégorie, j’en suis désolée.

  • Meilleur film d’animation :
    L’Étrange pouvoir de Norman de Sam Fell and Chris Butler
    Mon pronostic : Frankenweenie de Tim Burton
    Les Mondes de Ralph de Rich Moore
    Mon vote : Rebelle de Mark Andrews and Brenda Chapman
    Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout de Peter Lord

Pas très sûre ici non plus, car je ne connais pas bien la réception de ces films Outre-Atlantique. Il me semble hélas peu probable que Rebelle gagne, même si à mes yeux il le mériterait largement.

  • Meilleure musique :
    Mon vote : Mychael Danna pour L’Odyssée de Pi
    Mon pronostic : Alexandre Desplat pour Argo
    Dario Marianelli pour Anna Karenine
    Thomas Newman pour Skyfall
    John Williams pour Lincoln

J’adore ce que fait Desplat généralement, et il est abonné aux victoires, mais je ne connais pas la BO d’Argo. Je vote donc pour celle que j’ai préférée (celle de John Williams est, je trouve, assez honteusement plate et auto-plagiée).

  • Meilleure chanson originale :
    Mon pronostic : Suddendly (Les Misérables)
    Mon vote : Skyfall (Skyfall)
    Everybody Needs A Best Friend (Ted)
    Before my time (Chasing Ice)
    Pi lullaby (L’Odyssée de Pi)

En fait, peut-être que Skyfall peut gagner, mais Les Misérables étant généralement assez appréciés… je doute !

  • Meilleure photographie :
    Roger Deakins pour Skyfall
    Janusz Kaminski pour Lincoln
    Seamus McGarvey pour Anna Karenine
    Mon vote et mon pronostic : Claudio Miranda pour L’Odyssée de Pi
    Robert Richardson pour Django Unchained

Je n’en sais rien, mais j’ai envie de croire que l’éventuel seul Oscar de L’Odyssée de Pi soit celui-là…

  • Meilleurs décors :
    Anna Karenine
    Le Hobbit : Un voyage inattendu
    Mon pronostic : Lincoln
    Les Misérables
    Mon vote : L’Odyssée de Pi

Niveau décors, je trouve que c’est un peu la misère. Vote et pronostic par défaut (mais l’île des suricates de Pi a fait pencher la balance)

  • Meilleur montage :
    Mon pronostic : Argo
    Happiness therapy
    Lincoln
    L’Odyssée de Pi
    Mon vote : Zero Dark Thirty

Le montage de Zero Dark Thirty est vraiment très bon (moins que celui de Cloud Atlas ou de The Master, mais… chut, on a dit.)

  • Meilleur mixage sonore :
    Argo
    Lincoln
    Mon pronostic : Les Misérables
    Mon vote : L’Odyssée de Pi
    Skyfall

Généralement un film musical a plus de chances de remporter les catégories du son… C’est crétin, mais c’est comme ça…

  • Meilleur montage sonore :
    Mon pronostic : Argo
    Mon vote : Django Unchained
    L’Odyssée de Pi
    Skyfall
    Zero Dark Thirty

Je ne suis pas sûre d’avoir les armes pour juger clairement cette catégorie…

  • Meilleurs effets visuels :
    Avengers
    Blanche-Neige et le chasseur
    Mon pronostic : Le Hobbit : Un voyage inattendu
    L’Odyssée de Pi
    Mon vote : Prometheus

Incertitude totale, car Le Hobbit en a décontenancé plus d’un avec son HFR 3D 48 images par seconde. J’ai hésité pour ma part entre Prometheus et Avengers, que je placerais presque à égalité.

  • Meilleur maquillage :
    Hitchcock
    Mon pronostic et mon vote : Le Hobbit : Un voyage inattendu
    Les Misérables

Encore par défaut, sans conviction, avec l’idée de « donnons des récompenses mineures au Hobbit, histoire de ».

  • Meilleurs costumes :
    Mon pronostic : Anna Karenine
    Blanche-Neige et le chasseur
    Mon vote : Django Unchained
    Lincoln
    L’Odyssée de Pi

Mouais, pourquoi pas Anna Karenine car le plus grand talent de Keira Knightley est de savoir porter et mettre en valeur les costumes..

Enfin, pour toute les catégories suivantes, je joue la carte de « faisons des pronostics avec les trucs dont on a vaguement entendu parler » (et les vrais votants font sûrement pareil) :

  • Meilleur documentaire :
    5 Broken Cameras de Emad Burnat et Guy Davidi
    The Gatekeepers de Dror Moreh, Philippa Kowarsky et Estelle Fialon
    How to Survive a Plague de David France et Howard Gertler
    The Invisible War de Kirby Dick et Amy Ziering
    Mon pronostic : Sugar Man de Malik Bendjelloul et Simon Chinn
  • Meilleur court métrage documentaire :
    Inocente de Sean Fine et Andrea Nix Fine
    Kings Point de Sari Gilman et Jedd Wider
    Mondays at Racine de Cynthia Wade et Robin Honan
    Open Heart de Kief Davidson et Cori Shepherd Stern
    Mon pronostic : Redemption de Jon Alpert et Matthew O’Neill
  • Meilleur court métrage :
    Asad de Bryan Buckley et Mino Jarjoura
    Mon pronostic : Buzkashi Boys de Sam French et Ariel Nasr
    Curfew de Shawn Christensen
    Death of a Shadow de Tom Van Avermaet et Ellen De Waele
    Henry de Yan England
  • Meilleur court métrage animé :
    Adam and Dog de Minkyu Lee
    Fresh Guacamole de PES
    Head Over Heels de Timothy Reckart et Fodhla Cronin O’Reilly
    Maggie Simpson in « The Longest Daycare »Â de David Silverman
    Mon pronostic : Paperman de John Kahrs

Et voilà. Les Oscars, c’est ce dimanche, dans la nuit de dimanche à lundi pour nous autre Européens. Je ne la suivrai pas en direct, donc, mais je suis sûre que vous trouverez moult sites à suivre et autres Twitter à surveiller !

Festival de Gérardmer, édition 2013

Festival de Gérardmer, édition 2013

C’était la deuxième fois que je me rendais à ce festival de cinéma, dédié au « film fantastique ». Le concept du fantastique est assez large pour recouvrir pas mal de genres différents, contrairement aux apparences : films d’horreur, films gores, films de science-fiction, ou encore films de l’étrange. Cette multiplicité des définitions me convient bien, car on ne peut pas dire que je sois particulièrement friande du sentiment de peur au cinéma, surtout quand on entre dans des thématiques qui me terrorisent et m’angoissent particulièrement, avec, en premier lieu, les enfants fantômes, thème chéri du film d’horreur…

Je ne vais pas m’appesantir sur l’organisation et la sélection ; pour cela je vous laisse avec le bilan de mes confrères sur FilmdeCulte.
Voici un compte-rendu express des 15 films que j’y ai vus.


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The Complex / Hideo Nakata (compétition)

Après Ring et Dark Water qui m’avaient terrifiée, autant dire que je suis rentrée légèrement crispée à cette séance. Le film est particulier, car commence sur une histoire de vieillard mort dans un appartement voisin, et dérive sur tout à fait autre chose (deuil, folie, souvenirs…)
Malheureusement je reste assez hermétique à la forme et au fond, dans lesquels rien ne m’accroche réellement durablement.
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House_of_Last_Things

House of Last Things / Michael Bartlett (compétition)

Est-il question d’enfants fantômes ici encore ? Oui et non. Ici on rentre dans un film de vraie mise en scène. Un couple en deuil quitte sa maison et la confie à une jeune femme, dont l’immature petit copain vient vite troubler le professionnalisme. Peu à peu, des éléments étranges apparaissent, y compris dans le comportement des protagonistes eux-même. Je trouve ce film vraiment atypique, pas forcément complètement réussi, mais ambitieux, jouant énormément sur la musique, sur le corps (souvent dénudé) de son acteur principal et sur quelques jolies résonances.
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La_Maison_au_bout_de_la_rue

La maison au bout de la rue / Mark Tonderai

Bon, alors celui-là, déjà sorti aux États-Unis (juste parce que Jennifer Lawrence a du succès), a une réputation affreuse. Mais comme j’aime bien la petite Jennifer, j’y suis quand même allée. C’est un film sans personnalité et sans génie, mais qui se regarde bien, et où J-Law est très agréable à suivre, avec un personnage plutôt attachant.

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The Bay / Barry Levinson (compétition)

Barry Levinson (Rain Man, Good Morning Vietnam et tant d’autres choses…) cherche ici à se renouveler, avec le concept du found footage (de fausses images « réelles », qui font croire qu’elles ont été filmées par de vraies gens). Ici, sur fond d’épidémie étrange : sur le papier, c’est pour moi. Néanmoins, comme souvent avec ce procédé, il y a aucune rigueur : fréquemment la caméra est une caméra « imaginaire », dont il est difficile de justifier une vraie existence dans la diégèse, surtout vers la fin du film. Je trouve aussi l’actrice « principale » (Kether Donohue) proprement exécrable, surtout dans ses scènes « Skype » où elle joue avec sa langue pour « faire naturel ». Dommage, j’aime bien les sales bestioles et quelques détails un peu salissants, j’aime aussi tout le jeu avec les technologies mobiles qui permettent, effectivement, de « documenter » nos vies quotidiennes. Mais j’aurais voulu aller plus loin dans l’angoisse et dans l’horreur.
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The Crack / Alfonso Acosta (compétition)

Il va m’être un peu difficile de parler de ce film, car alors je commençais un vilain rhume, j’ai cru bon de prendre un médicament le matin avant la séance… et, aidée par le rythme très lent du film, je me suis endormie et n’ai pas dû en voir plus de 5 minutes d’affilée.
Néanmoins à la sortie, en évoquant avec mes camarades ce que j’en avais compris, je n’ai pas raté grand-chose. Film conspué par le public du festival, justement parce que la notion de fantastique y est plus subtile que dans les autres films de la programmation, j’aimerais bien pouvoir le défendre, mais hélas je ne peux pas dire que je l’ai apprécié. Beaucoup d’ennui malgré tout.
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Forgotten

Forgotten / Alex Schmidt

Voici un petit film allemand tout à fait propret, avec son scénario solide, ses deux actrices au look hollywoodien, et ses frissons contrôlés. On peut du coup lui reprocher un manque de relief, mais tout se suit très bien. Pour ma part, j’ai été très accrochée par cette histoire de mauvaise blague de petite fille, de jeu qui tourne mal, et de vengeance.  Avec sa petite saveur de conte moderne, il ne manquerait à ce film qu’un peu de cachet, un peu de particularité, pour passer dans la catégorie supérieure.
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You’re next / Adam Wingard (compétition)

J’avais très peur de voir ce film à cause de ce que j’en savais : des personnages avec des masques d’animaux qui envahissent une maison. Mais en fait, rien de réellement angoissant dans la manière dont est utilisé ce concept. La seule originalité du film, c’est que le personnage fort est une fille. Ce qui est à la fois bien (ça fait du bien de voir un personnage féminin au premier plan dans ce registre) et assez rance (le fait qu’elle soit une fille est presque considéré comme quelque chose de fantastique…) Du coup, il y a beaucoup de scènes de mise à mort assez plaisantes, de stratagèmes divers et variés qui sont amusants. Mais enfin ça ne va jamais vraiment plus loin, même si c’est effectivement très divertissant.
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HengeHenge / Hajime Ohata

Moyen-métrage japonais au budget apparemment modeste, on trouve ici une imagination de mise en scène vraiment vivace. Comment montrer un humain se transformer en monstre sans effets numériques ? En concentrant tout sur l’humain et la relation entre cet homme et son épouse. Malgré tout, le côté cheap du film se ressent un peu trop à mon goût et me bloque parfois dans l’adhésion, y compris jusque dans le jeu de l’acteur principal, légèrement outré, dirons-nous. De Hulk à Godzilla en lorgnant vers Hellboy, j’apprécie néanmoins beaucoup le fond du film, en particulier sa fin que je trouve magnifique.
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Mama

Mama / Andrés Muschetti (compétition)

Le film le plus glamour de la compétition, avec à l’affiche Jessica Chastain (Tree of Life…) et Nikolaj Coster-Waldau (Game Of Thrones), le tout produit par Guillermo del Toro, pour la caution « tiens tiens tiens ».  Et en effet, derrière cette machine très efficace (photo, casting, direction artistique, tout est très au niveau) se cache aussi un scénario qui a ses zones d’étrangeté, à commencer par ces deux fillettes élevées pendant 5 ans par une entité forestière. L’évolution de la grande, qui a gardé quelques souvenirs de sa « civilisation », est mise en rapport avec celle de sa petite sÅ“ur, imprégnée dès son jeune âge par « Mama », jusqu’au point de non-retour. Jessica Chastain est très bien dans un rôle assez fort, et là encore assez bien vu dans son évolution. Malgré une fin qui tire un peu en longueur, c’est un film qui ne prend pas beaucoup de risques mais qui réussit ses intentions.
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Vanishing_WavesVanishing Waves / Kristina Buozyte

Vanishing Waves est un très beau film de science-fiction lituanien, où il est question d’une équipe de scientifiques qui essaie de rentrer en connexion, en « branchant » l’un de leurs membres avec des électrodes, avec le cerveau d’une femme dans le coma. Intéressante approche qui met en valeur la rupture entre le discours scientifique qui traite des données, et la connexion entre les deux humains, forcément imprégnée d’émotions, de désirs, de souvenirs. C’est un film très sensible,  sensuel, onirique, et avec une petite surprise pour les Français en la personne de Brice Fournier, aka Kadoc dans Kaamelott, dans un second rôle très sérieux.
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Cloud_AtlasCloud Atlas / Lana Wachowski, Andy Wachowski & Tom Tykwer

Cloud Atlas était LE gros événement du festival de Gérardmer, puisqu’il s’agissait d’une avant-première d’un « gros film hollywoodien ». Néanmoins, ce film, déjà sorti aux États-Unis, en a déçu et décontenancé plus d’un, au point que ce projet des réalisateurs de la trilogie Matrix et de celui de Cours, Lola, Cours, me rendait certes curieuse, mais sans forcément m’emballer à 100%. Cette séance, en plein festival de films inégaux, a été une vraie déferlante. Je trouve la construction du film, son propos et ses résonances assez fabuleuses. J’espère pouvoir revenir sur ce film que j’ai adoré quand je le reverrai à sa sortie, en mars en France. En espérant ne pas avoir été aveuglée par la « vision en festival »…
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Berberian_Sound_StudioBerberian Sound Studio / Peter Strickland (compétition)

Encore un film dont le rythme lent et l’atmosphère lourde n’ont pas laissé d’occasion à mon état grippal et à ma fatigue de se faire oublier. J’ai dormi très vite et très fréquemment, mais là encore après vérification à la sortie, je n’ai pas raté tant de choses de l’intrigue. Il y a de bonnes idées dans ce film qui joue sur la frontière entre la fabrication d’un film, le film, les rêves, mais tout est très distendu… pour arriver finalement à un propos un peu mince. Quelques images de technique cinématographique sont bien utilisées, quelques astuces de mise en scène aussi (le son, le doublage…) mais je suis restée à quai.
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Hansel_Gretel_Witch_HuntersHansel & Gretel : Witch Hunters / Tommy Wirkola

« C’est l’heure de voir un film un peu crétin, complètement décomplexé, mais où on pourra au moins rire un peu, même si c’est au second degré ! » Eh bien… même pas. Le film est simplement creux, bête, laid, pas grand-chose pour plaire. Les sorcières sont d’affreuses créatures maquillées, la maison de sucrerie donne envie de tout sauf d’en manger un bout, et il y a juste ce qu’il faut de sexisme sous couvert de mettre un personnage féminin dans le tandem… Bref, pas grand-chose à sauver ici, les scènes d’action qu’on pourrait attendre s’avèrent toutes décevantes. On ne s’ennuie pas franchement, mais bon…
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FinFin / Jorge Torregrossa (compétition)

Fin (« The End« ) suit un groupe de copains venus passer quelques jours dans une maison à la campagne. Il y a longtemps qu’ils ne se sont vus, et l’un d’entre eux, celui qui était mentalement instable, est mystérieusement absent. Alors que l’on s’attend à ce que ce personnage invisible mène des attaques contre ses anciens amis, le film part en fait vers tout autre chose. Il s’agit bien de fin du monde, mais traité d’une manière assez inhabituelle et anti-spectaculaire à souhait – sans dévoiler le cÅ“ur du concept. Malheureusement  ce choix est à double tranchant, puisque tout se met finalement dans un rythme assez convenu, et finalement, on se laisse tranquillement bercer pour arriver à la fin du film, logique et sans enjeu. Néanmoins je trouve l’idée jolie, l’interprétation assez bonne aussi. Et c’est un film qui a plutôt bien vieilli dans mon esprit depuis le festival.
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Room_237Room 237 / Rodney Ascher 

[Petite parenthèse d’introduction sur Shining] J’ai vu Shining quelques jours avant le début du festival juste pour voir ce documentaire qui décrypte le film de Kubrick. Je ne l’avais jusqu’ici jamais vu car je savais que je serais terrorisée, pour avoir vu et revu ici et là des extraits, images ou bandes-annonces ; mais je savais que j’allais adorer. Je m’étais trompée, car oui, j’ai bel et bien été terrorisée, au point de me cacher sous une couverture à de nombreuses reprises, mais j’ai été aussi assez déçue : je pensais adhérer au jeu outré (chacun à leur manière) de Jack Nicholson et de Shelley Duvall, mais la plupart du temps, je les trouve vraiment grossiers. Et je trouvais que tout ça n’allait pas très loin, que tout était simple, voire simpliste.
Je l’ignorais, mais ce documentaire est justement fait pour moi. Derrière une forme bien spécifique qui m’a d’abord rebutée (l’ensemble de Room 237 est fait de montages, parfois retouchés, d’images de films, de Kubrick souvent), le film s’emploie à décrypter tous les sous-textes cachés du film. Symboles, détails de décor, de montage, géographie des décors : tout n’est pas au même niveau de crédibilité, mais peu importe. J’ai découvert pas mal de plans de Shining que je n’avais même pas vus (cachée que j’étais sous ma couverture) et qui sont en effet parsemés de détails fascinants. Le documentaire m’a montré et prouvé que le premier degré de Shining n’est pas satisfaisant, et qu’en tout cas, seul, il ne suffit pas à en faire le film d’un génie. Je n’entre pas dans les détails : le documentaire sera très certainement visible largement en France. J’entends d’ailleurs d’ici les flopées de gens qui passeront leur séance à ricaner, ainsi que les remarques qui seront faites : « C’est tiré par les cheveux » « Vous faites dire aux Å“uvres des choses que les artistes n’ont jamais conçues », etc. [J’ai été prof, je sais que « les explications de texte ça ne sert à rien », « les maths ça ne sert à rien CONCRÈTEMENT dans la vie », et autant de réflexions basses de plafond]. Cela étant, effectivement, certaines pistes font (volontairement ?) sourire. Mais d’autres sont trop grosses pour n’être qu’un détail, car même si on a tendance à déifier Kubrick, il faut quand même reconnaître qu’il ne laissait pas grand-chose au hasard, et, au-delà de ça, que ses Å“uvres étaient construites et composées de milliers de couches successives. À réserver aux curieux un peu ouverts d’esprit, donc.
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Palmarès, informations sur les films sur le site officiel du festival de Gérardmer.

Merci encore à FilmDeCulte et à sa rédaction !

Rebelle (Mark Andrews & Brenda Chapman)

Rebelle (Mark Andrews & Brenda Chapman)

Je vous conseille d’en savoir le moins possible sur ce film si vous comptez aller le voir. Certes, la notion de surprise est parfois surestimée, mais, ayant découvert le film en avant-première fin juin, et ne sachant quasiment rien de son intrigue, j’ai pu vraiment me laisser porter par ce scénario et par ce qu’il a de profondément étonnant. [Et donc, si vous ne l’avez pas encore vu, mettez cette page dans vos favoris pour une lecture ultérieure ! SPOILERS WARNING]

Je pensais donc, d’après les affiches et les éventuelles images animées que j’avais pu voir, que Rebelle allait raconter l’histoire d’une petite fille rousse qui allait être confrontée à des aventures guerrières. Un truc un peu à la Dragons. En fait, il n’en est (quasiment) rien. Ou en tout cas, l’aventure en question se situe bien ailleurs que là où on l’attendait.
Et contrairement à son confrère Hiccup de chez Dreamworks, qui passait largement derrière le mignon dragon Toothless, le personnage principal de Rebelle est le plus grand atout du film : Merida, qui n’est pas une petite fille comme je l’avais cru, mais une jeune fille, est donc une héroïne femelle, ce qui n’est pas si fréquent. C’est, une fois de plus, une princesse : on pense bien sûr à toute la ribambelle de princesses Disney, qui sont plus ou moins dégourdies, parfois réussies (La princesse et la grenouille), parfois complètement affligeantes (cette abrutie de Raiponce, par exemple). Surtout, généralement, le schéma de la princesse est relativement simple : vivre un peu sa vie, mais quand même, assez vite, trouver le prince et le laisser conduire le reste. Tiana (La princesse et la grenouille) avait certes des ambitions professionnelles et de vrais rêves à elle, mais ce n’était que pour mieux finir dans les bras du prince – le personnage de Charlotte ayant finalement un sort presque plus intéressant. Ici, on oublie ces règles ancestrales. L’enjeu du début du film sera que Merida doit choisir un prétendant, alors qu’elle n’a aucune envie de se marier ; or cet enjeu n’est absolument pas celui du film, et DIEU MERCI, il ne le devient jamais. Il n’en est que le point de départ.

L’enjeu véritable n’intervient qu’au bout d’une bonne demi-heure, ce qui déjà en soi est, au niveau structurel, assez étonnant. Ensuite, il s’agit de quelque chose de relativement classique dans la forme – la jeune héroïne fait un souhait magique dont elle ne maîtrise pas les conséquences -, mais qui est du jamais-vu (ou plutôt « rarement », mais soyons enthousiastes) : la métamorphose de la mère. Généralement, si les mères sont présentes, c’est soit pour mourir et créer un trauma (Bambi, Nemo…), soit ce ne sont pas les mères biologiques (Raiponce et compagnie), car il est bien connu que la mère biologique ne peut être qu’amour et patience, et si possible soumission à son mari et à ses enfants. Ici la mère va devenir monstre. Ce qui est assez traumatisant (je déconseillerais personnellement ce film pour les jeunes enfants, et d’ailleurs pour les moins jeunes, je pense qu’un solide accompagnement par la parole est nécessaire à la sortie !) et étonnamment sombre pour un film Disney (je sais, c’est Pixar – mais bon, franchement ?) La création et l’exploitation de ce conflit fille-mère me semble tout à fait inédit dans ce genre de production, et, il se trouve, assez riche. La mère, devenue ours, devient aussi personnage de comédie (domaine réservée aux pères et aux enfants, généralement). Puis, la mère disparaît, épisodiquement certes, mais c’est suffisant, derrière le monstre : chose inimaginable – l’amour maternel est totalement sacré (sacralisé) dans notre civilisation. Un parti-pris que je trouve bien plus courageux qu’il n’y paraît. La réconciliation finale, bien qu’attendue et classique, est très réussie émotionnellement, et assez délicate. Et, puisque les dessins animés, tout comme les contes, nourrissent profondément l’imaginaire et l’inconscient des petits, je trouve cette approche non seulement innovante mais aussi très profonde. Et j’aime ce qu’elle me raconte.

Pour le reste, l’animation est assez magnifique, avec mention spéciale aux fascinants cheveux de Merida, qui, avec la sublime voix de Kelly MacDonald, donnent à cette héroïne toute la force et la particularité qu’elle mérite. Le fait que l’action se situe en Écosse, avec ce que cela suppose de paysages et d’accents, apporte aussi une touche inédite à l’ensemble. L’action se passe parfois un peu vite, du fait de la structure étrange de l’ensemble. On m’a expliqué aussi que beaucoup de choses avaient été coupées, ce qui peut générer des accélérations malvenues, mais elles ne me dérangent pas.
En tout cas je ne peux qu’encourager les parents à montrer cela à leurs enfants, pour que les petits garçons voient que les filles aussi ont le premier plan, et que les filles arrêtent de rêver au mariage avec le prince charmant.

Note : ★★★★★☆