Hannibal (Bryan Fuller), saisons 1 & 2

Hannibal (Bryan Fuller), saisons 1 & 2

J’ai rattrapé la saison 1 de cette série plusieurs mois après sa diffusion en 2013 – c’est-à-dire, en temps de série, c’est pire que l’âge des chiens, environ trois siècles – après avoir lu quelques bons avis par-ci par-là et surtout pour le formidable et inépuisable Mads Mikkelsen, qui se suffit généralement à lui-même comme argument de visionnage.

Je connaissais à l’époque assez mal l’univers de Thomas Harris, l’écrivain à l’origine du personnage d’Hannibal Lecter et de ses petits camarades. J’avais simplement vu, comme beaucoup de gens, Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme ; et j’avais vu aussi, sans m’en souvenir vraiment, Dragon Rouge, de Brett Ratner. Ma maîtrise des personnages n’allait donc finalement pas plus loin que le postulat « Hannibal Lecter = cannibale », avec une histoire de FBI en face.

La série commence assez abruptement avec un personnage qui surgit dans une maison et revit un meurtre qu’il semble avoir lui-même commis. En tout cas, c’est ce que j’ai compris au départ. Je venais en fait de rencontrer Will Graham, personnage essentiel – et quasiment personnage principal de cette saison 1. C’était déroutant. Qui est-il ? Pourquoi parle-t-on de lui ? Quel intérêt de s’attarder autant sur lui alors que la série s’appelle « Hannibal » ? Ces questions ne se sont probablement pas posées pour ceux qui connaissaient déjà le personnage et l’univers. Pour moi, ça a été assez difficile, et en même temps, c’est probablement la clé de mon fort attachement à cette série.

Car Will Graham est une merveilleuse trouvaille d’écriture. Doté de talents psychiques particuliers, notamment d’une empathie extraordinaire qui le met « dans la tête » des autres de façon aisée mais lui rend, très logiquement, toute interaction sociale extrêmement difficile (bien qu’il ne soit ni autiste ni Asperger), il permet au spectateur d’entrer dans l’esprit des tueurs et de garder sa propre humanité, de s’identifier à des monstres sans perdre la raison. Et, bien sûr, de faire avancer les enquêtes, ce qui pour un matériau « policier » est tout de même bien pratique. Finalement, très vite, au bout d’un ou deux épisodes, c’est à lui que je me suis accrochée de façon presque vitale, alors que la série, plongée dans un univers assez glauque, aurait pu me faire fuir. Hypersensible et intelligent, Will Graham a tout pour plaire ; l’hypersensibilité et l’empathie démesurée étant deux choses qui me touchent particulièrement ; et puis, last but not least, il est interprété dans la série par le britannique Hugh Dancy, que je ne connaissais pas du tout à l’époque (je me suis rattrapée depuis) et dont le physique, est, ma foi, tout à fait agréable. C’est en me laissant charmer, puis envoûter par Will Graham que je suis peu à peu entrée dans la série, pour ne jamais vraiment en ressortir.

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Le reste du casting est à la hauteur. Beaucoup de rôles secondaires notables et parfaits, je citerai Gillian Anderson, qu’on n’a pas fini de voir, ou Michael Pitt, hélas remplacé dans la saison 3. Laurence Fishburne est impérial dans le rôle de l’agent spécial Jack Crawford, aussi impeccable dans son rôle de chef au FBI que dans son rôle d’époux tourmenté. Mads Mikkelsen quant à lui, on a beau le savoir, on est quand même bouche bée : sa façon d’embrasser ses rôles est réellement impressionnante. Ici, c’est bien simple, en quelques épisodes il parvient à faire oublier quasiment totalement Anthony Hopkins, pourtant interprète mythique de Lecter, tant son élégance, son magnétisme, et la subtilité de son jeu rendent toute autre approche du personnage pataude et ringarde. Cette beauté étrange colle évidemment parfaitement bien à Hannibal tel qu’il est exploité dans la série, c’est-à-dire avant d’être identifié comme cannibale et tueur en série. Psychopathe intelligent, pervers narcissique capable de néanmoins considérer certains autres comme de véritables sujets ? Le personnage est bien sûr fascinant. Le talent de Mikkelsen, et de tous les autres acteurs autour de lui, c’est qu’on ne se pose jamais la question de savoir « MAIS COMMENT CES ABRUTIS NE VOIENT-ILS PAS LA VÉRITÉ ? » Jamais.

C’est évidemment dû aussi en grande partie à l’écriture. Bryan Fuller, le créateur de la série, avait déjà signé Pushing Daisies, avec Anna Friel et Lee Pace, interrompue trop tôt au bout de deux saisons, mais que j’avais adoré pour sa fantaisie et son scénario émouvant. Ici, on est clairement dans un autre univers (bien qu’il y ait pas mal de points communs amusants, comme la typologie du trio Graham/Bloom/Crawford, ou quelques acteurs récurrents) ; mais surtout, l’écriture de Hannibal, notamment la saison 1, est autrement plus maîtrisée. Les 13 épisodes sont construits selon une progression finement conçue, avec une bascule aussi infime qu’inexorable à l’épisode 7, et une spirale difficile à supporter pour Will à partir de l’épisode 10. C’est aussi grâce à la qualité de l’écriture que jamais les personnages autour d’Hannibal ne sont pris pour des idiots. Le plus grand respect est porté à Jack Crawford, à ses collègues et bien évidemment à Will Graham. La seule exception, à la limite, serait Alana Bloom, personnage féminin incarné par Caroline Dhavernas, qui constitue peut-être, hélas, le point faible, surtout de la saison 2. Autre grand talent de la série aussi, celui de jongler et de jouer avec des références et clins d’œil au matériau original : la saison 1 emprunte beaucoup de phrases du livre Dragon Rouge, bien que l’action soit largement antérieure ; et puis, çà et là, il y a aussi beaucoup de jeux avec des éléments de mise en scène du Silence des Agneaux (la toute fin de la saison 1 est à ce niveau un bijou). D’autres références sont amenées, mais toujours bien digérées, avec par exemple deux décors tout droit sortis de Shining.

Je trouve la saison 2 moins maîtrisée dans son écriture, même si elle est, dès ses premières minutes, vue comme un compte à rebours géant qui joue sur la temporalité du récit et sur celle de la diffusion des épisodes (« 12 weeks earlier »). J’apprécie par ailleurs beaucoup cette deuxième saison, à de nombreux égards, peut-être autant que la première, mais je la trouve aussi – ce n’est pas incompatible je crois – moins réussie. Comme si, contrairement à la saison 1, celle-ci avait été un peu conçue au fur et à mesure, et non dans un grand et beau design de 13 épisodes. C’est là aussi que le personnage d’Alana Bloom s’affaiblit de façon spectaculaire. Sans le condamner, je trouve que ce personnage est malgré tout symptomatique d’un certain échec à concevoir des personnages féminins qui tiennent la route. Mais j’aime à quel point dès le départ, on s’attache au refuge de Will Graham, le fameux « stream » (le bonheur est toujours près d’un cours d’eau…) qu’il évoquera par la suite dans des moments cruciaux ; j’aime comme les places s’inversent entre Hannibal et Will, et comme la voix intérieure de Will devient, littéralement, celle d’Hannibal. J’ai un peu plus de mal avec la stratégie de narration qui pousse, contrairement à la saison 1, à ce que le spectateur en sache moins que Will Graham. Cela détruit, à mes yeux, la qualité du lien avec le personnage qui s’était élaborée brillamment en saison 1. Cette astuce, qui permet évidemment de maintenir un suspense, me semble moins subtile et profonde que le travail qui avait été fait en saison 1.

À côté de cela, la force de la série repose essentiellement sur la relation entre Will Graham et Hannibal Lecter, extrêmement intense et troublante dès le départ, et encore plus dès l’épisode 8 de la saison 1 avec cette réplique bouleversante : « I was worried you were dead ». On connaissait le lien particulier entre Lecter et Clarice Starling ; la variation sur deux personnages masculins est évidemment plus inattendue. La saison 2 joue de façon peut-être assez peu subtile sur cet aspect crypto-gay ; mais c’est néanmoins un délice de voir les deux comédiens dans ce jeu où de nombreuses couches d’interprétation sont convoquées. Qui joue qui ? Qui joue quoi devant qui ? Qui se joue de qui ? En cela, la saison 2 est une véritable perte d’identité de Will Graham, ce qui est forcément perturbant quand on s’est autant attaché à lui comme j’ai pu le faire. Mais rien ne perd de son sens, fort heureusement. Pour Hannibal comme pour Will, que peuvent signifier des liens d’amitié ? Qu’est-ce que cela peut représenter pour deux personnages psychologiquement aussi complexes ? Reste-t-il, encore, la « possibilité d’une amitié » ?

L’élégance de la série tient aussi pour beaucoup à sa bande son. En effet, la quasi totalité des épisodes est ponctuée, rythmée, tendue par des morceaux de musique classique judicieusement choisis. À commencer bien sûr par le leitmotiv de l’Aria des Variations Goldberg de Bach, qui a un poids tout particulier dans le « folklore Lecter ».
En attendant, peut-être, la sortie d’albums consacré à la musique de la série, j’ai créé deux playlists sur Deezer, une pour chaque saison. Néanmoins je n’ai pas poussé l’analyse jusqu’à identifier interprètes et versions utilisés dans la série, j’ai surtout fait avec que je trouvais sur Deezer et qui ne soit pas trop trop mauvais.

Saison 1 :

Saison 2 :

 

 

La saison 3 de Hannibal sera diffusée sur NBC à partir du 4 juin prochain.
C’est peu de dire que je l’attends – même si plus on avance dans le récit, plus on s’approche du moment qui me terrifie : quand Will Graham ne sera plus au premier plan.

 

L Word (Ilene Chaiken, Michele Abbott, Kathy Greenberg)

L Word (Ilene Chaiken, Michele Abbott, Kathy Greenberg)

The L Word (sans le « The » en VF, mais ça sonne moins bien), littéralement « Le mot en L », est la dernière série dont j’ai regardé tous les épisodes, et comme je ne suis plus à un retard près au niveau des textes sur mes derniers films vus, j’ai eu envie d’en dire un mot ici.

Dans le monde des séries, je suis d’ailleurs complètement inconsciente d’en parler maintenant car, pensez-vous, cette série a commencé en 2004 et s’est terminée en 2009 ! Autant dire une antiquité. La préhistoire. Je ne vais donc pas en faire une présentation approfondie, mais en quelques mots : 6 saisons donc, qui nous font suivre un groupe d’amies à Los Angeles, dont la plupart sont lesbiennes (et hop, deux L pour ceux qui pouvaient se demander à quoi ça pouvait renvoyer, manque évidemment celui de Love).

Ce n’est pas la peine d’y chercher des qualités de narration ou de mise en scène hors du commun, car il n’y en a pas particulièrement. A part, peut-être, quelques détails dans certains pré-génériques (mais ils ne sont pas exploités de façon régulière, hormis dans les premières saisons).

Le fond de la série, en revanche, mérite davantage l’attention. Bien sûr, on pouvait s’en douter, le sujet central de la série est l’homosexualité, mais plus encore peut-être, c’est aussi la condition féminine. La série résonne souvent d’accents militants pour la cause des lesbiennes en particulier et des femmes en général, et c’est une litote de dire que ça n’est pas si courant. Et ça fait vraiment plaisir qu’une telle série ait pu être produite, diffusée, et tenir relativement longtemps. Évidemment, le tout est enrubannée dans du sentimental, de la situation, bref, tout ce qui fait une série « classique » (avec, en plus, les scènes de sexe fréquentes et parfois superflues, diffusion sur Showtime oblige), et qui parfois dessert ce côté militant, surtout au fur et à mesure que la série avance et que ses péripéties se font de plus en plus artificielles.

Agréable à suivre parce que les personnages sont plaisants et que ses interprètes sont sympathiques, L Word souffre malgré tout d’un défaut majeur qui sera peut-être bloquant pour une partie des spectateurs potentiels : Jenny.

Jenny

J’avais commencé à regarder la série il y a quelques années, puis j’avais arrêté, par manque de temps comme souvent, et aussi parce que, The L Word a un ingrédient spécial qui fait qu’il faut quand même s’accrocher : j’ai nommé Mia Kirshner.
C’est elle qui interprète Jenny, personnage hautement important dans la série et surtout dans la narration de la première saison, puisqu’elle est le personnage « extérieur » qui arrive dans le groupe, qui débarque à Los Angeles, qui découvre tout petit à petit ; en résumé, elle sert de médiateur pour le spectateur qui découvre lui aussi les personnages et l’univers.
Et c’est bien là le problème. Mia Kirshner est une actrice bien particulière, avec un jeu qui peut s’avérer très vite horripilant, tout en minauderie, grands yeux bleus et moues à l’appui, et il faut dire ce qui est : en 5 minutes on a envie de l’étriper. Son jeu est en permanence en décalage avec celui  de ses partenaires, elle est toujours très centrée sur elle-même, ne joue que pour elle et ne renvoie que rarement la balle. Très vite donc, les états d’âmes de Jenny (et ils sont nombreux) deviennent insupportables.

En revanche, ce qui est vraiment étonnant, c’est que l’on sent très nettement, au fil de la série, que la personnalité et le jeu de l’actrice influent lourdement sur l’écriture du personnage, qui devient lui-même de plus en plus perdu et agaçant, collant par là-même mieux à son interprète. C’est pourquoi les saisons suivantes sont moins pénibles à regarder : on déteste Mia Kirshner mais on déteste aussi Jenny – alors tout va bien. De plus, le décalage de jeu de l’actrice se justifie parce que le personnage devient lui-même décalé, tant Jenny est coupée des autres, que ce soit dans un premier temps via son « monde fictif », ensuite dans son « monde intérieur » lié aux blessures de son passé, et enfin dans sa quasi folie égocentrique des dernières saisons.

C’est dommage, car la deuxième saison avait tenté de redonner de l’intérêt au personnage, via justement l’exploration de son passé et toute la gravité du propos, lié au viol sur mineure. Et puis, finalement, comme rien ne pouvait surmonter l’antipathie que la plupart des spectateurs avaient pour Jenny, les scénaristes ont sorti la carte improbable, mais équivalente à un bonus d’invincibilité totale : l’amitié de Shane pour Jenny.

Shane

Shane, c’est bien simple, est le personnage-symbole de la série. Jeune femme longiligne, extrêmement mince et pourtant avec des formes fascinantes, à la voix d’une gravité surprenante, c’est elle qu’on remarque, avant tout, dès le début de la série. Un peu à part, un peu sauvage, pas aussi lisse que les autres filles du groupe, qui enchaîne les conquêtes à un rythme effréné, qui fume, se drogue, et qui refuse tout attachement amoureux : elle incarne une sorte de fantasme parfait pour le spectateur ou la spectatrice moyen/ne avide d’une imagerie lesbienne mi-dangereuse (mais pas trop), mi-excitante. Personnellement, je trouve que le personnage, bien que très fascinant au début, ne devient réellement intéressant qu’au fur et à mesure de son évolution, en particulier dans son rapport avec Shay, le petit frère, en saison 4. Le reste contient beaucoup de redondances, et finalement ses aventures sont bien moins intéressantes que ses amitiés, en particulier avec Alice ou Bette. Shane incarne à mes yeux non pas l’amante idéale mais l’amie qu’on aimerait avoir. Indépendante mais loyale. Et finalement, l’attachement que j’ai pour Shane tient plus au fait que son interprète, Katherine Moennig, fait partie des meilleures actrices de la série, qui prend plaisir à jouer et semble vraiment s’amuser.

Son amitié avec Jenny tient bien sûr de l’incompréhensible et il faut un vrai saut de foi pour croire une seule seconde que ces deux personnages pourraient s’entendre et se fréquenter, encore moins vivre ensemble. Une fois ce saut passé, cela fonctionne pourtant assez bien, et Jenny s’en trouve effectivement rehaussée. Si Shane, personnage chéri de la série, apprécie Jenny, alors Jenny est digne d’être appréciée. C’est malin de la part des scénaristes… jusqu’aux saisons 5 et 6 où Jenny devient tellement invivable qu’il nous est de plus en plus difficile de croire que Shane puisse la supporter. Sans parler de cet affreux lien qui les unit dans la saison 6, mais j’y reviendrai.

Bette

Le personnage qui m’a le plus plu dans la première saison, c’est Bette, incarnée par Jennifer Beals (Flashdance). Et là, pour être honnête, ça ne tient quasiment qu’à son interprète, qui, elle, est à mes yeux la meilleure de toutes. Son implication dans le rôle est totale, son expressivité et sa sensualité sont toutes entières au service de ce personnage de femme de pouvoir, que ce soit dans sa vie professionnelle ou dans sa vie privée. Ses moments de défaillance en sont d’autant plus touchants. Dommage qu’au fil de la saison, les histoires qui la concernent deviennent de plus en plus feuilletonnesques et tournent un peu en rond…

Alice

Mon vrai personnage préféré, c’est le troisième du trio : Shane-Bette-Alice. Le trio qui ira un jour grimper sur un toit pour démonter une pancarte géante, par amour ou amitié, selon le cas ; Bette à cette occasion dira à Shane et Alice : « Vous êtes les meilleures », et c’est vrai, de loin !
Dans la première saison, Alice apparaît comme la fille un peu cynique, un peu coquette, un peu trop à l’aise, bref, le personnage n’est pas encore bien cerné, ce qui fait qu’on ne peut pas trop s’y attacher. Puis, petit à petit, l’interprète, Leisha Hailey, prend ses marques, et s’installe dans le rôle comme si elle y était chez elle, au point qu’on a parfois l’impression qu’elle s’interprète elle-même. Émouvante dans son histoire avec Dana, mais surtout, toujours très très drôle, Alice tient le moteur de la série pendant les 5 autres saisons. Elle est aussi, avec Bette, une des seules qui restera hostile à Jenny du début à la fin, ne faisant des trêves que par égard pour Shane ou ses amies. Mais contrairement à Bette qui joue la carte de l’ignorance et du mépris, Alice s’amuse parfois à attaquer Jenny de front ; on a ainsi quelques scènes d’anthologie opposant Alice et Jenny, comme par exemple la fameuse scène « Monet » (voir la vidéo qui resitue un peu le contexte, la scène elle-même se trouve entre 2:13 et 4:40)

Alice restera à mes yeux le personnage le plus intéressant jusqu’à la fin, d’autant que la fin de la série voit évoluer sa relation avec Tasha, interprétée par Rose Rollins, et que leur histoire fonctionne très bien. Jouant très bien ensemble, les deux actrices s’amusent énormément et leur plaisir est communicatif. Et alors qu’elles n’ont, sur le papier, rien à faire ensemble, et que tout les sépare, leur relation est peut-être la plus touchante de toute la série, et, dans la dernière saison remplie d’artifices, elles constituent ce qui reste d’authentique (« last couple standing »).

Et les autres

Comme toute série, il y a les personnages « principaux », qui sont là depuis le début jusqu’à la fin (dont les trois suscitées), et puis des personnages qui partent, d’autres qui arrivent.
Tina (Laurel Holloman) est un personnage principal qui est assez touchant pendant la 1ère saison et qui ensuite connaît des hauts et des bas, forcément liée aux histoires de Bette qui manquent un peu d’originalité. Elle se redynamise sur la fin mais elle ne passionne jamais vraiment.
Kit (Pam Grier, de Jackie Brown) est la seule hétérosexuelle du groupe, et elle est aussi beaucoup plus âgée. Elle est justement intéressante parce qu’assez différente dans ses enjeux de ses camarades (dépendance à l’alcool, quête sans fin d’un homme décent, ménopause…) et elle permet de renouveler un peu les intrigues, même si on souhaiterait que le sort ne s’acharne pas autant sur elle.
Dana (Erin Daniels) est assez attachante lors de la première saison, dans ses égarements, ses ignorances, ses hésitations. Mais dès la deuxième, on s’ennuie un peu à ses côtés, on a envie qu’elle arrête de faire n’importe quoi avec n’importe qui et son conformisme finit par ne plus tellement se justifier. Son départ de la série, alors qu’il devrait être bouleversant, ne touche finalement pas tant que ça ; c’est surtout à travers la détresse d’Alice qu’on ressent quelque chose. Regrets aussi que Lara, sa petite amie (Lauren Lee Smith), ne soit pas plus présente, car l’actrice est très jolie et expressive.
Helena (Rachel Shelley) arrive en cours de route et malgré le charme de son interprète, son visage quasi parfait et son accent britannique adorable, c’est le personnage le plus bizarrement écrit de la série. Même si certaines histoires la concernant sont intéressantes, je reste persuadée qu’elle n’aurait pas dû rester après son premier passage et l’histoire avec Tina, tellement tout le reste pourrait concerner plusieurs personnages différents. Je l’aime plutôt bien mais trouve que tout ça manque de cohérence.
Moira/Max (Daniela Sea) arrive en saison 3 et participe aussi de la réhabilitation de Jenny. Personnage parfois antipathique, surtout au début, il finit par devenir de plus en plus intéressant, soulevant de nombreux questionnements (sur les trans-genres, ce que c’est d’être une femme/un homme…) et l’aventure de la dernière saison est tellement surprenante et tellement « grosse » qu’elle réussit à fonctionner, complètement à contre-courant.
Pour le reste, en vrac, mention à Jodi (Marlee Matlin), personnage sourd intéressant dans sa dynamique mais difficile à apprécier, et qui se trouve trop au cÅ“ur du nÅ“ud Bette-Tina pour qu’il y ait une vraie chance pour elle. Carmen (Sarah Shahi), saisons 2 et 3, au-delà d’un physique un peu trop « couverture de FHM », n’est pas très passionnante et sert surtout de ressort à Shane. Phyllis (Cybill Sheperd) vaut surtout pour son interprète et pour le côté décalé de cette femme mûre qui bouleverse sa vie en étant enfin ce qu’elle est. Joyce, l’avocate spécialisée en droit des lesbiennes, qu’on croisera de temps en temps, jusqu’à la voir davantage avec Phyllis, est évidemment irrésistible puisqu’interprétée par Jane Lynch, avec ses réparties cinglantes, son humour à froid et son enthousiasme permanent. Enfin, Marina (Karina Lombard), personnage fascinant de la première saison, ne survivra pas, ou à peine, au cyclone Jenny (et non le contraire, à mon sens), mais ses apparitions sont toujours délicieuses.
On citera enfin des passages un peu brefs (et parfois avortés ?) tels que celui de Kristanna Loken, l’excellent Alan Cumming, l’étonnante Kelly Lynch (dans le rôle d’Ivan), l’improbable Elizabeth Berkley, ou encore Cobie Smulders (de How I Met Your Mother) en petit petit rôle. Je passe sous silence les visites de Rosanna Arquette, insupportable comme d’habitude.

Le mystère de la 6ème saison

Je conseillerai à ceux de mes lecteurs qui ne souhaitent pas en savoir plus sur la fin de la série et sur l’évolution des personnages de ne pas cliquer sur le lien ci-dessous, car comme on dit… *MAJOR SPOILERS*

Cliquez si vous ne craignez pas les spoilers

Ilene Chaiken avait un projet de spin-off pour le personnage d’Alice, mais qui n’a pas été retenu, à mon plus grand regret. La série se termine donc un peu en queue de poisson, c’est vraiment dommage.
Pour Leisha Hailey, on n’a plus qu’à se retourner vers son groupe d’électropop, Uh Huh Her

In Treatment / En analyse (Saison 1)

In Treatment / En analyse (Saison 1)

Série diffusée depuis janvier 2008 sur la chaîne américaine HBO (et dont la saison 1 a été diffusée en France sur Orange Cinémax), « In Treatment » (« En analyse », en VF) a raflé les nominations et les prix, dont un Golden Globe pour son interprète principal, Gabriel Byrne. L’un des producteurs n’est autre que Mark Wahlberg, qui produisait déjà « Entourage ».

C’est l’adaptation d’une série israélienne (« BeTipul »). Le principe est simple mais relativement déroutant : il s’agit de suivre des séances de psychanalyse menées par un thérapeute, le Dr Paul Weston (Gabriel Byrne, qui est le seul à être de tous les épisodes).
Une semaine de diffusion sur HBO était constituée de 5 épisodes de 25 minutes, 4 suivant la séance de l’un des patients choisis, et le dernier suivant la séance d’analyse du thérapeute lui-même.

La saison 1 contient ainsi 43 épisodes, et 6 personnages principaux, en dehors du Dr Paul Weston lui-même.

Les personnages

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Laura / Melissa George

Le lundi, on suit les séances de Laura, jeune infirmière charmante et provocante, et apparemment très amoureuse de Paul.

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Alex / Blair Underwood

Le mardi c’est au tour de Alex, jeune pilote arrogant et sûr de lui, pourtant fraîchement revenu d’Irak après avoir massacré un groupe d’enfants lors d’un tir sur une école.

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Sophie / Mia Wasikowska

Le mercredi, c’est Sophie, adolescente investissant toute sa vie dans la gymnastique, soudainement plâtrée des deux bras suite à un accident de vélo assez grave.

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Jake / Josh Charles & Amy / Embeth Davidtz

Le jeudi arrivent Jake et Amy, couple marié en conflit permanent,  d’autant plus depuis que madame attend un enfant dont elle ne veut pas, et que monsieur n’arrive pas à la comprendre.

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Gina / Dianne Wiest

Enfin, le vendredi, Paul se rend chez Gina, son ancien mentor, afin d’y voir plus clair dans son travail auprès de ses patients, mais aussi dans sa vie privée.

Un concept ennuyeux ?

La formule de diffusion de HBO (un épisode par soir de la semaine) permettait de suivre son patient préféré si on le voulait ; mais l’audience a été difficile à conquérir : en effet il y a néanmoins un récit global, en particulier autour de Paul, mais un épisode tous les soirs constitue une contrainte évidente.

On pourrait croire aussi qu’un tel sujet et une telle mise en scène sont rapidement ennuyeux. En effet, il y a très peu d’action, et tout se fait essentiellement par le dialogue. Pourtant, la série se suit très facilement et peu vite devenir fascinante, pour peu que l’on soit intéressé par le fonctionnement humain et par le jeu des acteurs.

Le jeu des acteurs

A cet égard, c’est une véritable réussite. Gabriel Byrne tout d’abord, qui incarne ce personnage fascinant avec un talent incroyable. Le calme, le bouillonnement intellectuel et la manière de choisir les mots, la manière de changer les regards, la manière de hocher la tête ou de ne rien dire.
Melissa George, que certains connaissent pour avoir interprété Mrs Vaughn aux côtés de Michael Vartan dans « Alias », est assez idéale aussi dans ce rôle provocateur, cette femme qui est mi-agaçante, mi-émouvante.
Blair Underwood est aussi une sacrée révélation dans un rôle particulièrement difficile.
Mia Wasikowska, dont j’ai déjà parlé, est à mes yeux la plus impressionnante de tous, mélangeant fort caractère, profonde sensibilité et vive intelligence ; ce qui en fait, peut-être, le personnage le plus attachant.
Embeth Davidtz me fait souvent penser à une sorte de Nicole Kidman brune, dans son élocution, son maintien, mais aussi dans sa manière bien particulière de faire passer l’émotion.
Quant à Dianne Wiest, que j’adore déjà d’habitude, elle trouve ici un rôle passionnant, qu’elle incarne avec génie. Tout comme Gabriel Byrne, on jurerait qu’il s’agit de leur véritable profession.

On se demande souvent comment peut se dérouler la direction d’acteurs avec un tel matériau de départ : quelle est la part d’improvisation, s’il y en a une ?

Les écueils principaux : routine et romançage

La série se déroule majoritairement en huis-clos, chez Paul ou chez Gina, mais s’autorise quelques exceptions qui viennent perturber un peu la routine. De plus, quelques personnages secondaires font parfois leur apparition : proches de certains patients, et surtout les proches de Paul : sa femme (Michelle Forbes, une habituée des séries télé), sa fille (Mae Whitman, qui interprétait entre autres la misérable Ann dans « Arrested Development ») ou ses fils. Plus de montrer bêtement que « les psys aussi ont des problèmes relationnels », ces petits événements extérieurs permettent à la série de ne pas trop s’essouffler et de créer d’autres points d’accroche sur le personnage de Paul.

Le récit même des patients est parfois parsemé d’événements, parfois graves, qui viennent bousculer le rythme de la saison, surtout vers la fin.

Il y a malheureusement dans la série un aspect « romancé » de la psychanalyse, dans une volonté, peut-être, de nous montrer les choses, dans un désir voyeur de savoir ce qui se passe dans ce genre de pièce où la parole et le silence sont les mots-clés. Du coup, certaines analyses sont un peu invraisemblables dans leur déroulement, certaines réactions trop explicites, certaines réponses de Paul ou de Gina très surprenantes dans leur manque de neutralité. Malgré tout, la série, quoi que peu joyeuse, est réellement passionnante.
Avec, peut-être, à la clé, des vertus cathartiques : suivre la psychothérapie de ces patients, chercher à les comprendre, nous évite-t-elle de commencer la notre ?

La suite ?

La saison 2 est déjà terminée sur HBO (j’en parlerai après l’avoir vue) et la troisième est en question. Les audiences ont remonté, surtout grâce à la VOD, mais il n’y avait pas de saison 3 dans la série originale, ce qui implique tout un travail d’écriture supplémentaire. D’autre part il semblerait que Gabriel Byrne, du fait de l’implication permanente, exige un salaire supérieur. Mais vu le faible coût de production, espérons que tout cela ne les stoppe pas.

 

Lost, saison 5, épisode 5

Lost, saison 5, épisode 5

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Oui, finalement, peut-être que je ne vais pas me contenter du cinéma pur et dur, et pourquoi pas parler de séries, ou peut-être de livres quand j’aurai envie, ou peut-être d’autres choses… (on peut toujours rêver, mais je n’aurai sûrement jamais le temps…)

J’ai donc créé deux grandes catégories principales : « Cinéma » et « Hors cinéma », avec dans chacune plusieurs sous-catégories (même si pour l’instant la dernière n’en a qu’une).

Voilà, et si vous n’avez pas lu le titre de cet article, j’attire votre attention : il portera sur l’épisode 5 de la saison 5 de Lost, donc ne cliquez sur la suite que si vous l’avez vu (ou si vous vous en fichez éperdument.)

(suite…)