L’Agence (George Nolfi)

L’Agence (George Nolfi)

David Norris est candidat au Sénat américain. A la veille de l’élection, un journal publie des photos de lui en pleine blague potache dans un bar. Succédant à une bagarre de rue quelques années auparavant, cette incartade est fatale à son score électoral. Mais juste avant de prononcer son discours de défaite, il rencontre par hasard une femme dont il sent qu’elle est faite pour lui. Mais l’Agence en a décidé autrement, et leurs routes vont se séparer. David va-t-il suivre le chemin qu’on lui trace ?

George Nolfi est scénariste de quelques films, dont deux avec Matt Damon (Ocean’s Twelve et La Mémoire dans la peau) ; il a choisi, pour construire son premier film en tant que réalisateur, de s’inspirer d’une nouvelle de Philip K. Dick.
Et effectivement, le scénario est la base solide du film : histoire d’amour classique sur le fond, mais largement teintée de thématiques dickiennes (la réalité manipulée, le complot), au point de transcender l’idée de destin et de prédestination, qui sont certes souvent importantes dans les comédies romantiques (l’idée d’être « faits l’un pour l’autre »), mais qui sont ici traitées de façon centrale et exacerbée.
Se construit alors toute une mythologie autour de la prédestination, qui est ici le « Plan » d’un « Patron », auquel veillent des hommes à chapeau qui ont le pouvoir d’influer sur nos routes, nos choix, et même nos pensées. Et il y a matière à rendre tout cela très plaisant : à la manière d’un Matrix qui expliquait les sensations de « déjà-vu », on nous explique ici pourquoi nos clés disparaissent et décalent notre journée, ou pourquoi tant d’obstacles ont cherché à nous séparer de l’homme de notre vie. Le tout sans chercher à compliquer les choses inutilement ; l’analogie évidente avec Dieu, le destin et les anges est clairement évoquée, sans être pour autant validée.

Au-delà de ça, le film est vraiment singulier dans son propos, et ce dès le début, à travers ce politicien égaré qui cherche à prouver son existence en faisant des « bêtises », qui dénonce le contrôle maximal et hypocrite exercé sur son apparence, dans le but de gagner des votes. Le film évolue en tant qu’ode à la liberté et réflexion autour du libre-arbitre, voire éloge de la résistance, ce qui n’est pas si courant dans un produit de ce genre.
Matt Damon excelle dans ce personnage forcément sympathique, un peu perdu en apparence, mais au fond, au contraire, très sûr de lui, même dans ses choix les plus extrêmes. Emily Blunt (que je n’aime pas trop d’habitude) est ravissante et très convaincante ; surtout, leur couple fonctionne à merveille. On retrouve en second rôle notre 2ème « Mad Men » préféré, John Slattery, ainsi que Terence Stamp, magistral et glaçant pendant cette scène poignante où Elise danse sous les yeux de David qui écoute leur destin. Anthony Mackie est magnifique dans le rôle de l’ange mélancolique plein de compassion.

Bonus non négligeable, le film se passe à New York et jamais je n’ai vu cette ville filmée et utilisée comme ça. Labyrinthe percé de portes-passages, centre-ville compliqué de couches historiques et successives, écho d’autant de vies, d’autant de « Plans », c’est l’un des aspects les plus surprenants du film.

Le film gênera ceux pour qui histoire d’amour sur fond de destin est forcément ridicule et gnangnan, et qui seront forcément « Ã©nervés » par la fin. Pas grand-chose à répondre à ça, si ce n’est que personnellement, ça m’a beaucoup parlé.

Note : ★★★★★☆

Wolfman (Joe Johnston)

Wolfman (Joe Johnston)

2.png

Le fils d’une famille aristocrate disparaît mystérieusement. Sa fiancée écrit à son frère afin qu’il parte à sa recherche. Ce dernier se hâte de regagner la demeure paternelle, qu’il avait quittée longtemps auparavant, à la mort de sa mère. Mais c’est trop tard : on retrouve le corps du frère dans les bois, sans vie. Dès lors, il va s’agir de trouver le coupable, et de le venger.

Voilà un film que je n’aurais pas vu si je ne m’étais pas laissée influencer par des paroles du type « C’est très bien fait », « C’est vraiment sympa ».

Donc non. Ça n’est – réellement – ni l’un ni l’autre. Comme l’indique le titre, il s’agit de loup-garou, et s’il y a une vague réflexion sur la limite entre l’humain et l’animal, elle ne va jamais jusqu’au fond des choses. Benicio Del Toro tient le rôle principal mais, sans être mauvais, il n’est pas franchement impressionnant. Emily Blunt est, comme d’habitude, assez oubliable, même si elle s’en sort honorablement. Anthony Hopkins est en revanche à la limite du correct, surtout dans la seconde partie du film. La seule étincelle d’intérêt pour moi a été Hugo Weaving, qui, dans le rôle d’un inspecteur rationnel, tente de s’amuser un peu ; malheureusement, il est vide bridé par la non-écriture de son personnage (et c’est dommage, car il y aurait pu y avoir quelque chose de très intéressant à son niveau, une évolution face à la réalité, qui n’est finalement qu’esquissée).

Côté scénario, ça fonctionne sur une enquête, sur un mystère, et malheureusement, si on a des soupçons pendant les premières minutes, ils s’avéreront être confirmés par la suite, ce qui est forcément un peu décevant.
Le plus intéressant est mal exploité. La frontière entre l’humain et l’animal, donc, et les conflits que cela provoque ; mais aussi tout un pan du film où, d’un coup, apparaît le subconscient, la symbolique du loup-garou, en lien avec l’histoire familiale de l’un des personnages. Ce passage est vraiment pas mal vu, et fonctionne assez bien, même s’il manque quelque chose que je ne saurais identifier.
L’ambiance n’est pas inintéressante, et puis l’ensemble se suit, ça n’est pas honteux ; quelques scènes sont sympathiques (à Londres en particulier) ; mais sinon, c’est l’ennui, l’ennui et l’ennui. Et jamais assez mauvais pour être drôle…

On notera Geraldine Chaplin dans un rôle ridicule de gitane qui ne sert à rien, et un combat inénarrable entre deux loups-garous, où pour plus de lisibilité dans l’action, on a choisi que l’un porte une chemise et l’autre pas. Fantastique.