Rebelle (Mark Andrews & Brenda Chapman)

Rebelle (Mark Andrews & Brenda Chapman)

Je vous conseille d’en savoir le moins possible sur ce film si vous comptez aller le voir. Certes, la notion de surprise est parfois surestimée, mais, ayant découvert le film en avant-première fin juin, et ne sachant quasiment rien de son intrigue, j’ai pu vraiment me laisser porter par ce scénario et par ce qu’il a de profondément étonnant. [Et donc, si vous ne l’avez pas encore vu, mettez cette page dans vos favoris pour une lecture ultérieure ! SPOILERS WARNING]

Je pensais donc, d’après les affiches et les éventuelles images animées que j’avais pu voir, que Rebelle allait raconter l’histoire d’une petite fille rousse qui allait être confrontée à des aventures guerrières. Un truc un peu à la Dragons. En fait, il n’en est (quasiment) rien. Ou en tout cas, l’aventure en question se situe bien ailleurs que là où on l’attendait.
Et contrairement à son confrère Hiccup de chez Dreamworks, qui passait largement derrière le mignon dragon Toothless, le personnage principal de Rebelle est le plus grand atout du film : Merida, qui n’est pas une petite fille comme je l’avais cru, mais une jeune fille, est donc une héroïne femelle, ce qui n’est pas si fréquent. C’est, une fois de plus, une princesse : on pense bien sûr à toute la ribambelle de princesses Disney, qui sont plus ou moins dégourdies, parfois réussies (La princesse et la grenouille), parfois complètement affligeantes (cette abrutie de Raiponce, par exemple). Surtout, généralement, le schéma de la princesse est relativement simple : vivre un peu sa vie, mais quand même, assez vite, trouver le prince et le laisser conduire le reste. Tiana (La princesse et la grenouille) avait certes des ambitions professionnelles et de vrais rêves à elle, mais ce n’était que pour mieux finir dans les bras du prince – le personnage de Charlotte ayant finalement un sort presque plus intéressant. Ici, on oublie ces règles ancestrales. L’enjeu du début du film sera que Merida doit choisir un prétendant, alors qu’elle n’a aucune envie de se marier ; or cet enjeu n’est absolument pas celui du film, et DIEU MERCI, il ne le devient jamais. Il n’en est que le point de départ.

L’enjeu véritable n’intervient qu’au bout d’une bonne demi-heure, ce qui déjà en soi est, au niveau structurel, assez étonnant. Ensuite, il s’agit de quelque chose de relativement classique dans la forme – la jeune héroïne fait un souhait magique dont elle ne maîtrise pas les conséquences -, mais qui est du jamais-vu (ou plutôt « rarement », mais soyons enthousiastes) : la métamorphose de la mère. Généralement, si les mères sont présentes, c’est soit pour mourir et créer un trauma (Bambi, Nemo…), soit ce ne sont pas les mères biologiques (Raiponce et compagnie), car il est bien connu que la mère biologique ne peut être qu’amour et patience, et si possible soumission à son mari et à ses enfants. Ici la mère va devenir monstre. Ce qui est assez traumatisant (je déconseillerais personnellement ce film pour les jeunes enfants, et d’ailleurs pour les moins jeunes, je pense qu’un solide accompagnement par la parole est nécessaire à la sortie !) et étonnamment sombre pour un film Disney (je sais, c’est Pixar – mais bon, franchement ?) La création et l’exploitation de ce conflit fille-mère me semble tout à fait inédit dans ce genre de production, et, il se trouve, assez riche. La mère, devenue ours, devient aussi personnage de comédie (domaine réservée aux pères et aux enfants, généralement). Puis, la mère disparaît, épisodiquement certes, mais c’est suffisant, derrière le monstre : chose inimaginable – l’amour maternel est totalement sacré (sacralisé) dans notre civilisation. Un parti-pris que je trouve bien plus courageux qu’il n’y paraît. La réconciliation finale, bien qu’attendue et classique, est très réussie émotionnellement, et assez délicate. Et, puisque les dessins animés, tout comme les contes, nourrissent profondément l’imaginaire et l’inconscient des petits, je trouve cette approche non seulement innovante mais aussi très profonde. Et j’aime ce qu’elle me raconte.

Pour le reste, l’animation est assez magnifique, avec mention spéciale aux fascinants cheveux de Merida, qui, avec la sublime voix de Kelly MacDonald, donnent à cette héroïne toute la force et la particularité qu’elle mérite. Le fait que l’action se situe en Écosse, avec ce que cela suppose de paysages et d’accents, apporte aussi une touche inédite à l’ensemble. L’action se passe parfois un peu vite, du fait de la structure étrange de l’ensemble. On m’a expliqué aussi que beaucoup de choses avaient été coupées, ce qui peut générer des accélérations malvenues, mais elles ne me dérangent pas.
En tout cas je ne peux qu’encourager les parents à montrer cela à leurs enfants, pour que les petits garçons voient que les filles aussi ont le premier plan, et que les filles arrêtent de rêver au mariage avec le prince charmant.

Note : ★★★★★☆

Une éducation (Lone Scherfig)

Une éducation (Lone Scherfig)

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Dans l’Angleterre des années 60, Jenny, jeune fille sérieuse et brillante élève, est promise à un avenir tout aussi brillant, poussée par ses parents à intégrer la prestigieuse université d’Oxford. Mais Jenny a aussi des rêves, des aspirations libertaires, et lorsqu’elle rencontre David, qui est bien plus âgé qu’elle, qui a beaucoup vécu, et qui s’intéresse beaucoup à elle, elle commence à se demander quelle route elle doit suivre.

Encore un film dont je ne savais pratiquement rien avant d’entrer dans la salle, peut-être pour le mieux.
Le scénario, qui, donc, inscrit ses thématiques principales dans un parallèle entre l’éducation issue du système scolaire (entre autres) et l’éducation « de la vie », peut faire un peu peur, et parfois, lorsque justement cette éducation « de la vie » est par trop mise en valeur, c’est franchement effrayant. Heureusement, le film ajuste sans cesse le tir, pour finir sur une conclusion toute en nuances, sans trop être catégorique.

Ce qui est le plus fascinant dans le film, c’est Jenny, alias Carey Mulligan (nommée à l’Oscar pour ce rôle). Le personnage est vraiment complexe, car il mélange toutes sortes d’éléments : Jenny est à la fois très intelligente et très vive, mais aussi un peu coquette, un peu prétentieuse, mais aussi parfois pleine de colère, ou pleine d’ennui, ou encore très malicieuse, ou encore profondément blessée. Toutes ces facettes et tous ces sentiments mêlés qui sont le propre de ce moment où l’adolescence est presque sur le point de se terminer, mais ne veut pas encore céder le pas à l’âge adulte, Carey Mulligan le saisit parfaitement. Je ne la connais pas assez pour savoir s’il s’agit là d’un réel talent d’actrice ou d’une nature qui « colle » de manière parfaite au personnage.
Elle m’a fait penser, par certains côtés, à Katie Holmes dans le rôle de Joey Potter (dans la série Dawson), à l’époque où elle était promise à autre chose qu’à la une des magazine people, et qu’elle aussi, arrivait à incarner avec un certain naturel un peu le même genre de personnage.
Une tête de chat, un visage et un corps qui se transforment en un clin d’oeil en jeune fille ou en jeune femme, un état de jeu permanent (elle réagit à tout, sans cesse, son expression est très mobile)… on peut passer tout le film rien qu’à la regarder, et s’en contenter. L’évolution du personnage se faisant tout en douceur, on a tout le temps de la suivre, de la comprendre, et même si l’ensemble pourrait avoir un peu plus de force émotionnelle, elle est touchante (joli moment où elle reproche à ses parents de ne pas avoir joué leur rôle – je n’en dis pas plus pour préserver la fin).

A côté, il y aussi Peter Sarsgaard, qui trouve un rôle peut-être un peu plus intéressant que d’habitude, même si ce que je disais à l’époque est malheureusement toujours vrai ; il a ici plus de maturité et de profondeur (au point de ressembler, sur certains plans, à Colin Firth) et l’ambiguïté de David lui sied bien.
Les amis, Dominic Cooper (bien meilleur ici que dans Mamma Mia !, bien sûr) et Rosamund Pike sont plutôt bons eux aussi ; mention spéciale à cette dernière pour son interprétation de la jolie idiote qu’on ne peut malgré tout jamais mépriser.
L’inénarrable Alfred Molina interprète le père de Jenny, avec le talent qu’on lui connaît ; à la fois bienveillant et sévère, injuste et faible, mais profondément humain, ses accès de colère en particulier fonctionnent très bien.
Et puis, parlons d’Olivia Williams, assez parfaite dans le rôle de l’enseignante à lunettes, qui essaie (en vain ?) de guider Jenny vers la voie de l’excellence, qu’elle a elle-même choisie. Elle hérite presque du rôle le plus touchant du film (avec aussi le jeune Graham, assez magnifique et émouvant dans son décalage).

Excellente surprise donc, pour moi qui n’en attendais rien.

Harry Potter et l’Ordre du Phénix (David Yates)

Harry Potter et l’Ordre du Phénix (David Yates)

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Comme tous les étés, Harry est coincé à Privet Drive. Cet après-midi là, dans le square, Harry se dispute avec son cousin Dudley, quand deux Détraqueurs font leur apparition, et attaquent les deux garçons. Harry réussit à produire les Patronus qui les sauveront, mais cet exercice de la magie hors de Poudlard lui vaut d’être soumis à une audience disciplinaire au Ministère de la Magie… Peu après, il découvre que personne ne les croit, lui et Dumbledore, au sujet du retour en force de Voldemort, et que le ministre cherche à étouffer leur parole.

Le voilà, le film le plus raté de la saga selon moi. C’est dommage, car le livre est pourtant loin d’être le moins bon. David Yates fait un travail honorable, mais sans éclat. Le début du film est relativement bien réussi, mais peine rapidement, encore une fois peut-être par trop de matière à condenser, car le tome 5 de J.K. Rowling est un gros morceau.

Beaucoup de choses sont bien faites, mais n’ont jamais la moitié de l’impact que la lecture peut produire ; en outre, pour un non lecteur, le film est difficile à suivre (je me rappelle de ma première vision à la sortie, où j’avais trouvé l’ensemble d’un ennui sans nom). En effet, les événements importants sont retranscrits, mais on n’en comprend les réels enjeux que si on les connaît – j’exagère, bien sûr, mais c’est un peu l’idée.

Au rayon des suppressions regrettables du livre au film : l’évolution de Petunia Dursley ; le flou qui règne autour de la généalogie de Sirius Black (de qui est-il fils, frère, tout cela est mal amené) ; tout ce qui concerne les elfes de maison (même si c’est trop dilué dans les livres), et Kreattur en particulier ; les petits copains de Ginny ; l’hôpital Sainte-Mangouste et ce qui s’y passe.

Comme d’habitude, tout passe trop vite. On voit que Dumbledore évite Harry, on voit une ou deux leçons d’occlumancie, et c’est tout, tout est résolu en un clin d’Å“il (alors que c’est le creuset de toute la suite). Les tortures de Dolorès Ombrage, alors qu’elles étaient si vives dans le roman, semblent ici relativement anodines. Mais surtout, le combat au Département des Mystères est, là encore, très sage, et on se rend à peine compte de la gravité de ce qui s’y passe, les enfants sont à peine blessés, on est loin du carnage du livre… C’est l’échec le plus regrettable de cette adaptation, car c’est évidemment un moment crucial, qui devient d’un ennui mortel.

Du côté du casting, rien de spécial à noter, si ce n’est que Imelda Staunton (vue dans Vera Drake) est vraiment parfaite dans le rôle de Ombrage, propre, rose, souriante, cruelle, injuste, détestable. Dommage que le personnage ne soit pas mieux exploité dans le scénario. De la même manière, la petite Evanna Lynch est l’idéale Luna Lovegood, elle en a la douceur, la folie, la simplicité, la tranquillité. En revanche, je suis plutôt perplexe quant au choix de Helena Bonham Carter, que pourtant j’adore, dans le rôle de Bellatrix Lestrange. Elle y met une hystérie superflue et ridicule là où la froideur la plus extrême serait bien plus impressionnante. A voir dans les épisodes suivants…

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