Melancholia (Lars von Trier)

Melancholia (Lars von Trier)

À l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sÅ“ur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre… [résumé officiel]

J’attendais beaucoup ce film. Non pas parce que je suis fan de Lars von Trier (je pense ne jamais lui pardonner ce chantage émotionnel qu’était Dancer in the Dark), mais parce que je sais qu’il est capable du meilleur comme du pire, et que la bande-annonce m’avait complètement conquise. Pensez-vous : dépression sur fond de fin du monde !

Et puis, il m’a fait un sale coup.
Attention, je vais vous avouer quelque chose d’un peu honteux. Mais il faut que je le dise. En fait, j’ai un gros problème avec la caméra à l’épaule, la caméra mobile. Quelques plans tournés comme ça, ça va, ça me donne un peu mal à la tête mais ça passe ensuite. En revanche, si tout le film est filmé comme ça, c’est le cauchemar. Étant naturellement sujette aux migraines, il m’en faut très peu, et s’il n’y a aucun répit, aucune scène en caméra fixe, ça me rend littéralement et affreusement malade. Je sais, c’est ridicule, ce n’est pas digne de mon âge… mais c’est comme ça.
Le dernier film que je n’ai ainsi pas pu voir était [REC], qui me faisait en plus la double peine d’être aussi un film d’horreur. Autant dire que j’avais regardé le siège de devant en permanence. Mais sans regrets, car ça avait l’air assez mauvais.

Pour Melancholia, je ne me suis pas méfiée une minute. J’ai été happée par le prologue magnifique, images de planètes, d’univers, sur fond de Wagner ; un peu facile, c’est sûr, mais diablement efficace. Je sentais que j’allais adorer ce film.
Et puis la première partie commence, et au bout de 5 minutes je suis obligée de fermer les yeux, si je ne veux pas avoir la tête qui explose. J’essaie de regarder, de temps en temps, pour suivre un peu. Un vrai calvaire. Ah ça, je suis en pleine empathie avec Justine, le personnage principal, et sa maladie. J’écoute les dialogues, je capte quelques plans. Je surveille, surtout, le moment où tout ça va se poser.
La deuxième partie commence, je me dis, super, ça va probablement changer. Mais non. Je vois donc 90% du film sans le voir : des bouts de scènes, la bande-son, un haut-le-cÅ“ur global. Le plus affreux, c’est que j’adore le peu que je vois.
J’arrive à regarder, bien sûr, et heureusement, la toute fin du film, que je trouve absolument magnifique : Cliquez si vous ne craignez pas les spoilers

Comment, après cette séance étrange, donner un avis sur le film ? J’ai adoré tout ce que j’ai vu, mais évidemment la séance m’a paru longue, très longue… Et comment défendre vraiment un film qu’on n’a pas vraiment vu ? Je suis très très embêtée.
Je ne vais donc pas mettre de note, je ne sais pas si je pourrai mieux supporter une vision à la maison, j’en doute à vrai dire… Et j’en suis la première déçue, car je pense vraiment que c’est un film qui aurait dû être très haut dans mon top de cette année.

The Proposition (John Hillcoat)

The Proposition (John Hillcoat)

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Dans une Australie que les Anglais ont déjà bien colonisée, la sauvagerie et la violence règnent en maître. Entre les frères Burns, hors-la-loi coupables du massacre d’une famille, et les hommes du capitaine Stanley, on ne sait plus lesquels sont les plus à blâmer. Le capitaine demande à l’un des frères Burns, Charlie, apparemment plus raisonnable, de trouver et tuer son frère aîné, Arthur, le plus dangereux, pour sauver son plus jeune frère, gardé en ville en prison jusqu’à son éventuelle mise à mort.

Le film date en fait de 2005 mais la sortie de La Route, du même John Hillcoat, adapté du roman à succès de Cormac McCarthy, l’a amené jusqu’à nos écrans.

Précédé d’une bonne réputation, le film est en effet réalisé avec un style certain. La première scène est très dure et montre un pays en proie aux pires violences, défiguré et baignant dans le sang des divers génocides, meurtres et autres crimes qui semblent être la base de toute opération de « civilisation » suite à une colonisation.
En cela, le film réussit à frapper par ce propos particulièrement dur et âpre.

Il y a une certaine parenté avec L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, surtout pour les personnages des frères Burns, les dynamiques de violence, d’admiration et de toutes sortes de liens du sang et/ou du cÅ“ur qui peuvent unir des personnages pour lesquels, sans cela, on n’aurait aucune empathie. Je trouve ce film-ci plus réussi, moins faussement contemplatif, avec un style plus original, plus incisif.

Du côté des interprètes, Guy Pearce est comme d’habitude assez bon, même si un peu trop hébété pendant 90% du film (on attend un déclic, un réveil, pendant trop longtemps). Je trouve en revanche Danny Huston assez insupportable dans le rôle d’Arthur Burns, le frère aîné, le plus coupable (?), qui s’est retiré dans la montagne. Ce personnage de meurtrier qui cite de la poésie et qui est plein de sagesse me rend toujours un peu perplexe, et Danny Huston, pour parfaire le tout, se regarde jouer. Grosse faiblesse du film selon moi. Emily Watson est terrible dans le rôle de la femme du capitaine Stanley, car le rôle est terrible. Difficile d’en dire plus. Quant à Ray Winstone, le capitaine, je le trouve vraiment excellent, autant dans ses moments de cruauté que dans sa recherche désespérée de sérénité, voire de bonheur. Le personnage est très beau.

Il manque un petit quelque chose à ce film, qui est assez long, et qui se regarde un peu trop lui-même, et finit, à cause de cela, par me perdre. Et j’ai raté La Route en salles donc je vais devoir patienter un peu avant d’en dire plus sur John Hillcoat.