Carnage (Roman Polanski)

Carnage (Roman Polanski)

Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la « victime » demandent à s’expliquer avec les parents du « coupable ». Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l’affrontement. Où s’arrêtera le carnage ?

Après la très bonne surprise de The Ghost-Writer, son précédent film, Roman Polanski monte d’un cran dans le huis clos et adapte ici une pièce de Yasmina Reza, Le Dieu du carnage. Querelles de parents, disputes d’adultes dont on comprend vite qu’elles ne valent pas mieux que les chamailleries sauvages de leurs fils… Voilà de quoi donner du grain à moudre aux quatre acteurs, uniques (ou presque) personnages du film.

Évidemment, l’intérêt est là. Qui pourrait être assez fou pour ne pas vouloir voir Kate Winslet, Jodie Foster, Christoph Waltz et John C. Reilly jouer ensemble ? Bien sûr, le côté « théâtre filmé » n’est jamais très loin, et l’écriture, toute en crescendo quant à l’état des protagonistes, les oblige parfois à verser carrément dans le surjeu. Cela dépend en fait un peu de leur personnage ; à cet égard, c’est probablement Jodie Foster la moins bien lotie. L’affiche du film est d’ailleurs assez fidèle à l’évolution des états. Les deux hommes restent finalement assez placides, malgré quelques hausses de ton ; et selon une tradition passivement misogyne, les deux femmes écopent de l’hystérie, des cris, de l’instabilité.

Passés ces petits détails (un peu gênants certes, mais attendus), on est évidemment très amusés par ces débats, ces non-dits, ce mépris rentré, ces petites piques, tant les comédiens s’amusent eux-mêmes. Quelques passages sont franchement drôles.

Au final, lorsque le film s’achève, on reste quand même un peu sur sa faim. La faute au matériau de base : sans l’avoir lue, je soupçonne la pièce de Reza de ne pas aller bien loin non plus. Finalement, tout cela reste une sorte de bon boulevard moderne, distrayant mais assez superficiel… Avec la caution « défouloir à parents », un peu rebattue.

Plaisant à voir donc, et non dénué d’une certaine cruauté, mais je préfère Polanski plus ambitieux.

Note : ★★★★☆☆

Contagion (Steven Soderbergh)

Contagion (Steven Soderbergh)

Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on « cache la vérité » à la population…

Gwyneth Paltrow, Matt Damon, Kate Winslet et Jude Law sur fond de pandémie moderne : sur le papier ce film est fait pour me plaire. D’autant que le réalisateur Steven Soderbergh, prolixe et original, pouvait apporter une patte un peu particulière à tout ça.

Malheureusement, il n’en est rien, ou plutôt pas grand-chose. Difficile de savoir à quoi ça tient, car les acteurs sont bons (mention à Kate Winslet, dont la scène dans la chambre d’hôtel est réellement émouvante, à Gwyneth Paltrow en malade/mourante exemplaire, et à Jude Law en blogueur-fouineur-charlatan). Mais cela ne suffit pas, on a une paranoïa modérée,  des explications scientifiques malmenées, et une épidémie finalement peu spectaculaire, que ce soit à l’image ou dans l’imaginaire du spectateur. Le plus marquant du film est de voir tous les « contacts » qui véhiculent le virus : barre dans le métro, cuisine de restaurant, éternuements dans les transports en commun… C’est naturellement marquant, et cela frappe les esprits, mais au fond c’est présenté de façon tout à fait plate. On pourrait aller dans une sorte de folie qui rendrait complètement misanthrope et agoraphobe, car après tout le mythe de l’épidémie est avant tout une peur de l’autre et du contact ; mais non, cela reste gentillet, cela donne envie de se laver les mains en rentrant du cinéma… et puis c’est tout. Je passe sur le personnage de Marion Cotillard, aussi fade qu’inutile.

De la même manière, toute l’intrigue autour des labos, du vaccin, de la manipulation des foules, qui est vue à travers le personnage de Jude Law, est très superficielle, et surtout, jamais Soderbergh ne prend un parti. On se fiche un peu de savoir ce qu’il en pense, attention ; mais avoir un regard un peu plus tranché aurait rendu sa mise en scène un peu plus passionnante. Ici, peu importe finalement que le personnage de Jude Law ait tort ou raison, tout est simplement montré, avec une distance de sécurité un peu frustrante, car elle n’ose ni le voyeurisme (pourtant intrinsèque à ce genre de sujet), ni la précision scientifique ou documentaire.

Sur un sujet pareil il y a pourtant de quoi faire quelque chose de bien plus perturbant !

Note : ★★★½☆☆

The Reader (Stephen Daldry)

The Reader (Stephen Daldry)

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Un jeune lycéen allemand rencontre fortuitement une femme plus âgée que lui, avec laquelle il va entamer une relation passionnelle. Fruste et parfois dure, la femme a pourtant la particularité de demander à son amant de lui faire la lecture. Mais lorsqu’elle se voit proposer une promotion à son travail, elle disparaît de la circulation.
Quelques années plus tard, le jeune homme, devenu étudiant en droit, retrouve cette femme, au tribunal…

[On a donc un roman allemand, Der Vorleser, traduit en français par Le liseur, et on prend comme titre de VF l’anglais The Reader. Tout va bien. – fin de l’aparté]

De Stephen Daldry, après Billy Elliott et The Hours, je m’attendais à quelque chose de très lacrymal, voire de très romantique. Je n’ai pas lu le livre de Bernhard Schlink, et je ne connaissais quasiment rien de l’intrigue. J’ai d’ailleurs eu longtemps du mal à associer le personnage interprété par Ralph Fiennes au reste de l’histoire.

Ce qui est frappant, c’est l’austérité générale du film. Au début, c’en était presque crispant : comme si on ne pouvait pas filmer l’Allemagne avec autre chose que des couleurs ternes, du gris, de la pluie ?
Finalement, je pense que ce n’est pas le propos, même si la coloration historique est très importante, et très bien rendue.
Ici, à l’instar du personnage de Kate Winslet, qui semble se refuser à toute mièvrerie, voire à toute émotion, le film joue avec ce caractère un peu âpre : on attendrait des larmes, on attendrait du drame, des grands sentiments ; mais dans cette histoire il n’y a de la place que pour la gorge serrée et les sentiments étriqués, les actes petits.

Inutile d’en attendre un pamphlet pour la lecture ou une histoire d’amour déchirante car vraiment, on n’est absolument pas dans ce domaine. Il s’agit plutôt de voir des personnages dans leurs petites lâchetés, dans leurs grandes trahisons, dans leurs petites et grandes lacunes de savoir ou de savoir-être, comme on dit.

Comme je ne m’attendais pas à cela, je ne peux pas dire que j’ai été emballée par le film, puisqu’il n’y a pas matière à s’emballer ; malgré tout, il y a ici quelque chose d’assez inhabituel, d’un peu décalé, d’assez dur, qui suscite un intérêt étrange. Je n’ai néanmoins aucune envie de le revoir prochainement…

Titanic (James Cameron)

Titanic (James Cameron)

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Fin du 20ème siècle. Une équipe de scientifique explore l’épave du Titanic, à la recherche d’un trésor. Une vieille femme se manifeste : elle serait une des survivantes du naufrage…
Southampton, 1912. Le Titanic, plus grand et plus somptueux paquebot du monde, s’apprête à faire son premier voyage, à travers l’Atlantique. Jack Dawson et son ami Fabrizio gagnent au poker des billets de troisième classe pour le voyage, tandis que la jeune Rose Dewitt Bukater embarque en première en compagnie de sa mère et de son fiancée, desquels elle ne peut se soustraire. Les routes de Jack et de Rose vont se croiser, jusqu’à la nuit fatidique du 14 avril.

On ne présente plus ce film, bien entendu, qui faisait scandale avant sa sortie par son coût de tournage (200 millions de dollars de budget, colossal), et qui a été ensuite connu pour ses records en termes d’entrées et de recettes, ainsi que pour la « Titanicmania » qui s’ensuivit.
Le film est, aujourd’hui encore, le premier du box office mondial, si l’on ne prend pas en compte l’inflation ; en effet, si on réajuste les choses avec l’évolution du dollar, c’est Autant en emporte le vent qui détient toujours son incroyable record. Pour en savoir plus sur le box office américain, vous pouvez visiter ce site ; pour le box-office mondial, un détour sur cette page wikipédia donne quelques classements.

J’étais dans la salle le 7 janvier 1998 en début d’après-midi ; j’attendais un peu le film, curieuse de l’entreprise mais plus ou moins prête à voir une catastrophe (le film, pas celle du bateau). J’en suis ressortie relativement bouleversée, avec cette sensation d’avoir vu quelque chose d’immense. J’y retournerai 4 fois en salle (dont une fois pour la ressortie anniversaire en janvier 99), non par fanatisme extrême, mais parce que j’avais la sensation qu’il fallait profiter des conditions qu’offre une salle de cinéma pour voir ce film-là.

Aujourd’hui, après une revision en DVD (je l’avais déjà revu en VHS plusieurs fois il y a longtemps), je ne peux que confirmer cette sensation, malgré un beau, grand et large écran plasma. Rien ne vaudra jamais les impressions ressenties en salle : le son englobant, venant de toutes parts, depuis les craquements de la coque jusqu’au grondement des machines, en passant par les cris des survivants dans le silence de la mer glacée. La lumière, omniprésente et d’autant plus importante une fois que l’électricité est coupée et que les personnages plongent dans le noir. Cette sensation, enfin, d’être embarquée dans cette salle, comme les personnages sur ce bateau.

Même si je mets une note maximale à ce film, je lui reconnais quelques défauts. Un manichéisme manifeste, tout d’abord, dont je suis consciente, mais qui ne me dérange pas, dans la mesure où les personnages « méchants » (Cal en premier lieu, incarné par Billy Zane, et la mère de Rose, Frances Fisher) sont surtout là en tant qu’archétypes, pour placer les enjeux, pour mieux dessiner en contrepoint Rose et Jack, et pour faire avancer l’intrigue. Quelques scènes techniquement moins élégantes, aussi (déjà à l’époque, je trouvais la scène où Rose s’apprête à se jeter à la mer mal éclairée, et Kate Winslet mal maquillée ; et la buée sortant de la bouche des personnages est toujours aussi visiblement artificielle), quelques détails erronés et/ou anachroniques (les tableaux de Degas, Monet et Picasso) et enfin quelques dialogues un peu plats.

Malgré tout cela, il y a beaucoup de chose que j’adore.
La structure en flashback permet de construire beaucoup de choses. En particulier, l’idée qui est peut-être la plus géniale du film : montrer le naufrage et son déroulement, en images de synthèse, quasiment au tout début du film. On sait d’emblée comment ça va se passer, on sait comment le bateau va se comporter, et comment il va couler en deux temps. Et combien c’est tout le reste que James Cameron veut nous montrer. De plus, une fois l’iceberg touché, on se rappelle de la séquence, on sait ce qui se passe, précisément, et combien tout est inéluctable.
Le personnage de Rose ensuite, interprété par une Kate Winslet que je ne connaissais alors que de nom (elle avait pourtant déjà tourné dans Créatures Célestes de Peter Jackson, Raison et sentiments de Ang Lee, Jude de Michael Winterbottom et Hamlet de Kenneth Branagh) et qui m’avait frappée par son talent, sa sensibilité et son physique un peu en-dehors des canons contemporains (elle y correspond beaucoup plus de nos jours, d’ailleurs…) Elle est le centre de tout, la base du film. « Il m’a sauvée de toutes les façons qu’une personne peut être sauvée ». C’est ça la véritable histoire : la naissance de cette femme – baptisée par la pluie new-yorkaise après son sauvetage. Que Rose soit riche n’est pas le plus important ; l’essentiel est sa condition de prisonnière, et le fait que sa rencontre avec Jack lui permet de se révéler et de se libérer d’elle-même.
Leonardo Di Caprio, qui s’est révélé être non seulement l’idole des jeunes filles et des petites filles, mais aussi un acteur habile, a ici encore quelques coquetteries de jeunesse (qui lui arrive de reproduire encore aujourd’hui quand il est mal dirigé : froncements intempestifs de sourcils, lèvre inférieure mollasse…) et est peut-être un tout petit peu moins bon que sa partenaire, mais il reste excellent, et surtout, l’alchimie entre les deux est vraiment là, comme on a encore pu le voir cette année à l’occasion de leur « réunion » sur Les Noces rebelles.
A côté de cela, il y a quelques personnages secondaires vraiment marquants : Molly Brown (Kathy Bates) bien sûr ; le capitaine (Bernard Hill), son souci discret, puis manifeste, et sa scène finale ; Mr Andrews (Victor Garber – Mr Bristow dans « Alias »), brillant et désespéré, bouleversant dans ses derniers moments, face à la pendule du grand salon ; le fat et lâche Mr Ismay, et sa honte dans le canot de sauvetage ; l’officier Lowe (Ioan Gruffudd), son courage et son intégrité – sa réplique en VF (eh oui, à l’époque je n’avais pas de salle VO accessible) « Y’a-t-il quelqu’un de vivant ? Est-ce que quelqu’un m’entend ? » est encore gravée dans mon esprit ; et puis les musiciens, dont la scène finale est très (trop) lyrique, mais marche toujours sur moi avec la même force, sur grand ou petit écran.

Et puis, beaucoup d’images, magnifiques, composés comme des tableaux : un visage de poupée au fond de l’eau ; le paquebot isolé sur l’océan, en pleine nuit ; les immenses mécanismes en salle des machines ; l’enchaînement de plans montrant des couples et des familles en troisième classe, attendant la mort à leur manière ; la descente aux enfers de Bruce Ismay. Une vraie et belle mise en scène, qui se met totalement au service de son sujet – et non l’inverse.

J’ai surtout parlé de la deuxième partie du film ; mais la première partie, plus calme, plus lumineuse, est évidemment essentielle. Elle peut paraître, sur le papier, hors sujet. Mais tout ce temps passé avec les personnages principaux permet de donner de la chair et de l’émotion à toute la suite ; c’est d’avoir suivi et aimé Jack, Rose et les autres pendant une heure et demie qui nous permet de vraiment prendre la mesure humaine d’une telle tragédie. C’est ça aussi, le grand coup de génie de Cameron : mélanger intimement l’immense et le tout petit.
Ce récit est tellement abouti, riche et efficace, que même certains spectateurs cyniques peuvent aimer Titanic (même si l’histoire d’amour soulèvera toujours de l’écÅ“urement, par nature, et, à mon avis, à tort.)

Pour moi enfin, la dernière réussite du film est dans sa portée mythique. On allait le voir, à l’époque, avec un lieu commun en tête, une histoire que tout le monde connaissait (« On n’ira pas, on connaît la fin », lançaient en masse les plaisantins). James Cameron nous a fait comprendre et ressentir ce que pouvait être réellement ce naufrage.
Et a fait passer le mot Titanic de synonyme d’échec lamentable à celui de succès mondial…

[A noter : en décembre prochain sort le prochain film de James Cameron, Avatar, tourné en 3D, et qui s’avère d’ores et déjà comme le prochain film le plus coûteux de l’histoire.]