Kick-Ass (Matthew Vaughn)

Kick-Ass (Matthew Vaughn)

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Dave est un adolescent à part, qui se fait racketter et humilier sans cesse par des voyous. Féru de comics, il se demande pourquoi jamais personne n’a essayé de se comporter comme un super-héros. Poursuivant son idée jusqu’au bout, il se crée un costume, ainsi qu’une identité : Kick-Ass. Sans super-pouvoirs, confronté à de réelles blessures et à de graves problèmes, il doit aller jusqu’au bout…

[NDLR : je tente de réanimer ce blog avec peine et commence par publier un brouillon qui traînait depuis des mois dans mes archives…]
Précédé d’un « buzz » excellent, ce film-comics s’avérait comme le truc fun à ne pas rater du moment.

Alors, soyons honnête, visuellement, oui, il y a quelques détails assez chouettes (même si l’ensemble est un peu noyé dans une obscurité parfois bien commode), le tout est assez dynamique. Dynamique mais malheureusement assez mécanique : au bout d’un moment, les scènes d’action se suivent et se ressemblent, avec des combats qui manquent cruellement de fluidité et qui ne sont pas non plus assez réalistes pour expliquer leur caractère bancal (oui parce que quand on se bat dans la vie ça n’est pas forcément très fluide.)

L’idée de base est sympathique. D’ailleurs, la meilleure scène du film est à mes yeux celle où Kick-Ass se retrouve mêlé à un combat en pleine rue un peu malgré lui, et que, grâce à l’impulsion d’une foule lâche et de la fonction vidéo des téléphones portables, il se retrouve propulsé star du net et des médias en quelques heures. Jolie séquence, qui présente bien les enjeux et qui renforce un peu le personnage (qui, presque sûr d’y passer, tient quand même à se battre pour quelqu’un qu’il ne connaît même pas, juste pour ne pas faire comme « les autres qui regardent »).
J’aime aussi le fait que dès qu’il commence, ce héros qui se projette dans les comics soit gravement blessé. C’est inattendu et plutôt efficace.

Mais tout d’abord, l’acteur (Aaron Johnson) manque un peu de force. Certes, il est terriblement anonyme et c’est bien l’idée. Néanmoins, il est tout de même très fade et a du mal à sublimer un peu les choses.
Ensuite il y a Nicolas Cage, dans un rôle plutôt pas mal, mais qui disparaît de manière totalement ratée et ingrate bien trop vite.
Il y a aussi Mark Strong, toujours assez mauvais (même s’il ne descend pas au niveau de son interprétation catastrophique dans Sherlock Holmes).
Et puis Christopher Mintz-Plasse (Supergrave), qui rame, rame, rame à sortir de ses vilains tics de jeu hérités de McLovin. Il est amusant, mais ça va bien 5 minutes.

Et puis surtout il y a Chloe Moretz, alias « Hit Girl », personnage sur lequel le buzz était peut-être le plus fort.
Et effectivement, elle est peut-être ce qu’il y a de mieux dans le film.
Et, à mes yeux, elle est aussi, et tout autant, ce qu’il y a de pire.
Je m’explique rapidement car je sens que je suis sur un terrain glissant où j’aurai peu d’alliés : on a donc ici un personnage de gamine, élevée au milieu des armes, qui se bat mieux que personne, qui est capable d’aligner les cadavres en un rien de temps. Graphiquement, c’est efficace, c’est amusant, c’est, comme on dit « jubilatoire ».
Sauf que non. Très vite ça coince très fort dans ma gorge quand toute une salle de cinéma applaudit devant une petite fille qui fait des trucs d’adultes. Attention, je sais bien que tout ça c’est de la BD, etc, mais je trouve qu’il y a quand même un gros gros problème dans le culte qui est voué à ce genre de personnage (et ça ne se limite pas à ce seul film, je le sais bien, c’est juste qu’ici il est particulièrement glorifié et les réactions du publics sont particulièrement positives). Armes à feu, perruque de strip-teaseuse, petite moue boudeuse, on aura beau dire ce qu’on voudra mais il y a une érotisation que je trouve particulièrement déplaisante, et même très grave.

J’ai pensé à Matilda, dans Léon de Luc Besson, qui était particulièrement délicat aussi dans son genre. Mais j’ai envie de dire que 1) ça faisait partie des choses en effet assez embêtantes dans Léon ; 2) Natalie Portman avait plus de profondeur que Chloe Moretz ; 3) le personnage était plus riche, plus approfondi, et donc du coup moins gênant. Matilda fait semblant, beaucoup, mais souvent, elle craque. Et puis son lien à Léon est justement moins problématique du fait que lui, en retour, lui oppose une réaction d’adulte (un refus). Ici non, Hit Girl est comme ça, jusqu’au bout, petite créature à deux dimensions – c’est tellement plus sympa comme ça.

Je trouve assez révoltant d’ailleurs que Kick-Ass ne bénéficie d’aucune restriction d’âge, non seulement quant à cet aspect, mais aussi bien sûr à cause de toute la violence exposée qui se veut justement sur le fil entre la fiction totale et le réalisme le plus dur.

Voilà, donc, quelques scènes efficaces, mais pas mal d’ennui devant un tel manque de classe dans la mise en scène, et surtout, ce gros problème qui m’a franchement mise en colère.
[NDLR : après quelques mois de recul, ne reste que la colère…]

Miss Pettigrew (Bharat Nalluri)

Miss Pettigrew (Bharat Nalluri)

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Dans l’Angleterre de 1939, Ms Pettigrew est une gouvernante d’un certain âge, sans le sou. Quand elle perd son emploi, elle a un réel besoin de pouvoir de nourrir, se loger. Par audace et suite à quelques mensonges, elle se retrouve secrétaire mondaine d’une jeune comédienne débutante, Delysia Lafosse, et se trouve plongée dans un monde de frivolité et de luxe dans lequel elle s’efforce de se fondre.

Inutile de vous préciser pourquoi j’ai tenu à voir ce film après coup. Le rôle principal est plutôt tenu par Frances McDormand, qui incarne donc le personnage éponyme ; mais Amy Adams y interprète la frivole mais attachante Delysia Lafosse, actrice et chanteuse.

Le film n’est pas fantastique, mais gagne énormément par ses interprètes, justement. Frances McDormand, toujours très bonne, ne fait pas exception ici dans ce rôle qui connaît une jolie évolution. Elle y est drôle et touchante, et fonctionne en miroir de toute l’action, que l’on ressent à travers ses yeux. Ciarán Hinds – un de ces acteurs dont on connaît par coeur le visage sans connaître leur nom – y est aussi très bien, et les deux personnages, plus mûrs que les autres, tissent une belle relation, crédible et attachante, même si le film ne s’appesantit guère sur leurs états d’âme.
Il y a aussi Mark Strong, meilleur ici que dans Sherlock Holmes, bien que tout aussi caricatural parfois dans ce rôle du futur mari arrogant. On voit aussi Shirley Henderson, que l’on connaît surtout à travers son rôle de Mimi Geignarde dans les Harry Potter, qui est ici dans un rôle assez ingrat, un peu détestable, qu’elle assume parfaitement, et, du coup, le rend assez beau. Et puis il y a Lee Pace, que j’avais découvert et beaucoup apprécié dans The Fall, et qui s’avère décidément très doué pour ces personnages passionnés et inflexibles. Il fonctionne très bien avec Amy Adams. Cette dernière est, comme d’habitude, virevoltante, émouvante, pétillante, sensible, et même si ce n’est pas son meilleur rôle, elle reste toujours fascinante dans sa capacité à incarner des personnages sans arrière-pensée, qui sont toujours dans l' »ici et le maintenant ».

On pourrait reprocher au film son manque d’ambition. Avec un tel sujet, une telle période (juste avant la Seconde Guerre Mondiale), et de tels personnages, on pouvait presque faire une fresque, ample et bouleversante. Le film se veut plutôt léger, mais parfois, on reste un peu sur sa faim.
Mais il y a un rythme assez soutenu (tout se déroule sur quelques jours à peine), et un petit parfum suranné qui flotte, sans pour autant que ce soit poussiéreux.

Et puis, quelques moments restent très émouvants ; je chéris tout particulièrement cette scène musicale, où Amy Adams chante (elle-même bien sûr) If I Didn’t Care et où on voit le personnage s’émouvoir de la chanson qu’il est en train de chanter et ainsi, faire avancer sa vie intérieure. Ce moment est particulièrement bien réalisé, avec un petit mouvement de caméra circulaire et des contrechamps bien choisis sur les personnages secondaires. Presque un moment de comédie musicale pure et dure, comme je les aime, et qui marche sur moi à 100%.

Sherlock Holmes (Guy Ritchie)

Sherlock Holmes (Guy Ritchie)

Alors que le Dr Watson s’apprête à quitter Sherlock Holmes pour s’installer avec sa future femme, laissant le détective seul et en proies à ses angoisses, de mystérieuses morts apparaissent dans Londres, liées à un personnage sombre, puissant et inquiétant, Lord Blackwood.

Comme je n’ai jamais pu supporter un film de Guy Ritchie jusqu’à la fin, je n’avais, malgré le casting, aucune attente particulière pour ce film-ci, que je pressentais creux et tape à l’Å“il, à l’instar des précédentes Å“uvres du réalisateur. On dirait que Guy Ritchie a réussi à se canaliser un peu, ce qui donne un vrai film qui se tient et qui fonctionne même plutôt bien.

La photo du film est très particulière, dans les gris mais avec un petit grain fantastique qui, s’il surprend de premier abord, n’est pas sans intérêt. Ça colle en effet particulièrement bien à l’atmosphère londonienne poisseuse qui est la toile de fond, presque un personnage à part, de l’intrigue. Les décors aussi sont particulièrement soignés et en cohérence avec ce choix.

Côté personnages, le gros point faible à mes yeux est Lord Blackwood, interprété qui plus est par un sous-Andy Garcia assez insignifiant. Les deux personnages féminins (que je redoutais particulièrement) ne sont pas excellents, sans être totalement honteux. Kelly Reilly semble quand même avoir du mal à sortir de ses tics habituels de jeu (yeux plissés, bouche en cul de poule) pour donner un peu d’épaisseur à cette fiancée qu’on a, comme Holmes, un peu envie de détester, tout en ayant une certaine tendresse à son égard. Rachel McAdams sort un peu de ses rôles habituels avec ce personnage de manipulatrice amoureuse. Plus adulte que la plupart des rôles qu’elle a interprétés avant, c’est un personnage qui lui va plutôt bien, mais là encore, on manque quand même de fond pour avoir quelque chose de vraiment intéressant.
Robert Downey Jr présente ici, comme on pouvait s’en douter, un Sherlock Holmes un peu chien fou, ce qui en soi est un choix qui se défend, mais j’aime bien aussi quand Robert Downey Jr fait autre chose qu’être en roue libre et fournir à son public chéri « du Robert Downey Jr ». Il est, comme d’habitude, charmant, fascinant, et drôle, mais j’aurais aimé quelque chose d’un peu plus particulier.
La vraie surprise vient de Jude Law, dont certaines prestations ces dernières années pouvaient laisser penser que sa carrière et son talent s’éteignaient peu à peu. Il trouve ici, selon moi, un de ses meilleurs rôles depuis bien longtemps. Il donne au Dr Watson quelque chose de bien à lui, cette sorte de recul doublé d’un attachement involontairement très fort à Holmes et à ses frasques, et une sorte de dignité sérieuse de l’éternel second. La relation Holmes-Watson, dans tout son paradoxe et sa complexité, fonctionne surtout grâce à lui.

L’intrigue part parfois dans des méandres un peu douteux, mais ça fonctionne, à la frontière du fantastique. Maintenant, ce qui manque à Guy Ritchie, et qui fait cruellement défaut au film, c’est un peu d’élégance…

Note : ★★★★☆☆