Julie et Julia (Nora Ephron)

Julie et Julia (Nora Ephron)

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Julie, trentenaire un peu désorientée, décide de faire un blog de cuisine en réalisant toutes les recettes du livre best-seller de Julia Child, américaine qui a vulgarisé la cuisine française outre-Atlantique… Le film suit en parallèle les histoires de ces deux femmes.

Je ne connaissais pas le personnage de Julia Child, j’ignore s’il s’agit d’un vrai personnage « culte » aux États-Unis ou non, mais en tout cas, l’interprétation de Meryl Streep, est – une fois encore – assez folle. L’actrice s’amuse, comme d’habitude, et s’en donne à cÅ“ur joie, frôlant parfois de très près le cabotinage, avec voix perchée, rire forcé et sourire débonnaire. Un grand personnage comique en tout cas, avec des côtés touchants assez réussis, notamment dans la relation, jolie, avec son mari (Stanley Tucci).

Amy Adams est aussi plutôt bonne dans le rôle de cette Julie qu’on a parfois envie de gifler, de temps à autre. Elle trouve moins matière à s’amuser que sa collègue et le personnage est un peu étriqué pour elle – je crois. Mais elle reste très attachante. Son compagnon, Chris Messina, fait partie des acteurs pour lesquels je ressens un dégoût inexplicable ; le voir manger – salement, qui plus est – à plusieurs reprises, forcément, fait partie des pires moments du film.

A part ça, c’est un film gentil, pas mal fait mais un peu mou, qui manque d’une vraie force directrice. La non-relation entre les deux personnages du film est certainement ce qu’il y a de plus intéressant – et de plus amer – dans ce que ça raconte…

Doute (John Patrick Shanley)

Doute (John Patrick Shanley)

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Dans une école religieuse du Bronx, le père Flynn, plutôt avant-gardiste, est soupçonné par l’une des sÅ“urs, la plus ancienne et la plus influente, d’être coupable d’attouchements sur l’un des élèves. La jeune sÅ“ur Aloysius, fraîche et optimiste, se laisse perturber par ces soupçons et, troublée, en vient à confirmer les faits.

De moi-même, je n’aurais jamais vu ce film, qui semblait être ni plus ni moins qu’un écrin à « performances pour Oscars » ; et j’ai déjà dit ici à quel point, selon moi, Philip Seymour Hoffman est capable du pire comme du meilleur.

Les premières minutes ont été en effet assez douloureuses, pesantes, grises, devant cette mise en scène sans inventivité, qui faisait penser une pièce de théâtre filmée. Et pour cause : l’auteur John Patrick Shanley adapte ici sa propre pièce.
Et, du coup, arriva ce qui devait arriver : des acteurs.

Philip Seymour Hoffman, donc, qui livre une incarnation assez intéressante de ce personnage de prêtre qui est trouble surtout par le regard des autres, et qui reste, à côté de cela, étrangement lumineux. Un personnage complexe et vraiment riche, déstabilisant : doit-on le juger ? le haïr ? l’aimer ?

Meryl Streep, l’actrice la plus étonnante du star system hollywoodien, est ici magistrale. Nulle autre qu’elle n’affiche un tel plaisir de jouer, et elle s’en donne à cÅ“ur joie dans le rôle de Sister James, cette femme d’un autre temps qui s’est refermée et pliée aux dictats d’un monde masculin et patriarcal, jusqu’à en exploser, et qui malgré tout conserve son regard tranchant (et lucide ?) sur le monde. J’ai passé certaines scènes la bouche ouverte et les yeux ronds, tellement l’actrice est impressionnante, tant dans les moments de bouillonnement intérieur, que de sarcasme, ou de colère.

Et puis il y a Amy Adams, Sister Aloysius et sa bienveillance éternelle, son enthousiasme, ses déceptions, sa fraîcheur infinie, sa délicatesse, sa fragilité. Ça a été pour moi une vraie révélation, et de taille. L’actrice, jeune recrue du cinéma américain, est à mes yeux au même niveau que ses deux partenaires chevronnés, sur un registre certes assez différent. Mais il y a une vraie grâce chez Amy Adams, une vraie douceur dans son interprétation de ce personnage si foncièrement bon, et si profondément brisé. Elle porte sur ses épaules une bonne partie de l’émotion du film. Une nouvelle venue dans mes actrices favorites, et en tout cas ; j’en reparlerai.

Le film se déroule d’une façon assez linéaire, on sent très nettement les « scènes » qui s’enchaînent, dont une, assez poignante, entre Sister James et la mère du petit garçon (Viola Davis). Le réalisateur tente de varier les lieux, mais ça ne prend pas. C’est d’un côté un échec de mise en scène cinématographique, et de l’autre, c’est l’occasion idéale pour se concentrer uniquement, du début à la fin, sur le jeu de ces trois talentueux comédiens.

Dommage aussi que le propos reste si trouble, même si le titre explique tout… On reste en attente de quelque chose, même en ayant compris qu’ici, la vérité n’a plus guère d’importance.