The Ghost-Writer (Roman Polanski)

The Ghost-Writer (Roman Polanski)

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Un politicien, Adam Lang, est en train de faire rédiger ses mémoires par un nègre (« Ghost »). Mais celui-ci décède dans des conditions mystérieuses. Il faut donc en trouver un autre, et vite ; heureusement, sa maison d’édition trouve quelqu’un qui fera l’affaire. Mais ce remplaçant va se montrer plus habile que son prédécesseur.

Je n’avais quasiment pas entendu parler du projet avant de voir la bande-annonce au cinéma. Et, autant je n’aime pas les bandes-annonces en général, autant celle-ci m’a vraiment donné envie de voir le film ; pourtant, elle n’a rien de spécial, simplement un parfum de facture classique et efficace, qui m’aurait presque rappelé le très bon Frantic.

Eh bien au final je ne suis pas déçue. Roman Polanski fait exactement ici un film « classique mais très efficace », avec une mise en scène relativement discrète mais assez étrangement puissante.

L’architecture de l’endroit où va travailler Ewan McGregor est très présente aussi, dans son design moderne, assez froid mais terriblement fascinant, avec ces grandes baies vitrées qui marquent une frontière nette mais transparente avec l’extérieur hostile. Le vent, la pluie, la brume, les éléments jouent aussi un très grand rôle et inscrivent le parcours du personnage dans une réalité tangible.

Pierce Brosnan est bon dans ce rôle d’homme politique un peu dépassé par les événements mais toujours offensif. Il a ce qu’il faut pour en faire un personnage fort, bien caractérisé, et pourtant assez trouble.

Et puis, grâce à Ewan McGregor, toujours excellent, il y a une petite pointe d’humour, de détachement, d’amusement, qui fait que tout ça ne se prend pas non plus trop au sérieux – ou du moins, tout juste ce qu’il faut. Je veux dire par là qu’on n’a pas un thriller impeccable et virtuose, à couper le souffle, non. C’est efficace, ça fonctionne bien, le rythme est bon, mais Polanski ne cherche jamais la virtuosité, et préfère nous surprendre grâce, en particulier, à ce personnage principal assez déroutant.

En effet, il est très étonnant, ce personnage, ses réactions sont souvent différentes de celles que l’on pourrait attendre : trop impliqué lorsque qu’on s’attendrait à ce qu’il se détache, trop détaché lorsqu’on s’attendrait à ce qu’il s’implique davantage. Sa relation avec Mrs Lang (Olivia Williams, assez terrible une fois de plus dans ce rôle de « femme forte mais délaissée » que je trouve, personnellement, glaçant de bout en bout) est tout à fait à cette image.
Il ne s’attache pas, mais cherche, enquête ; on ne sait pas pourquoi, ni ce qui le motive, on ne comprend pas bien ce qui le pousse à agir, parfois, mais on ne peut que le suivre, et être avec lui.
Cette dynamique est d’autant plus importante qu’elle trouve un écho dans la toute fin du film (dernier plan), et dans le fait que ce personnage ne porte pas de nom. Il ne cherche pas plus la vérité que la beauté des mots, il ne cherche pas à prouver son existence ou à la valoriser. Il prend ce qui vient, travaille avec, joue avec, cherche simplement à sauver sa peau et sa tranquillité.

Donc voilà, inutile de sur-vendre le film car ceux qui ne l’ont pas vus pourraient être déçus, mais enfin pour moi c’est là un film très maîtrisé, très carré, tout en s’autorisant, mine de rien, quelques libertés dans son histoire – je trouve – et qui garde en même temps un sens du détail, de la texture, ce qui lui donne de la vie.

Une éducation (Lone Scherfig)

Une éducation (Lone Scherfig)

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Dans l’Angleterre des années 60, Jenny, jeune fille sérieuse et brillante élève, est promise à un avenir tout aussi brillant, poussée par ses parents à intégrer la prestigieuse université d’Oxford. Mais Jenny a aussi des rêves, des aspirations libertaires, et lorsqu’elle rencontre David, qui est bien plus âgé qu’elle, qui a beaucoup vécu, et qui s’intéresse beaucoup à elle, elle commence à se demander quelle route elle doit suivre.

Encore un film dont je ne savais pratiquement rien avant d’entrer dans la salle, peut-être pour le mieux.
Le scénario, qui, donc, inscrit ses thématiques principales dans un parallèle entre l’éducation issue du système scolaire (entre autres) et l’éducation « de la vie », peut faire un peu peur, et parfois, lorsque justement cette éducation « de la vie » est par trop mise en valeur, c’est franchement effrayant. Heureusement, le film ajuste sans cesse le tir, pour finir sur une conclusion toute en nuances, sans trop être catégorique.

Ce qui est le plus fascinant dans le film, c’est Jenny, alias Carey Mulligan (nommée à l’Oscar pour ce rôle). Le personnage est vraiment complexe, car il mélange toutes sortes d’éléments : Jenny est à la fois très intelligente et très vive, mais aussi un peu coquette, un peu prétentieuse, mais aussi parfois pleine de colère, ou pleine d’ennui, ou encore très malicieuse, ou encore profondément blessée. Toutes ces facettes et tous ces sentiments mêlés qui sont le propre de ce moment où l’adolescence est presque sur le point de se terminer, mais ne veut pas encore céder le pas à l’âge adulte, Carey Mulligan le saisit parfaitement. Je ne la connais pas assez pour savoir s’il s’agit là d’un réel talent d’actrice ou d’une nature qui « colle » de manière parfaite au personnage.
Elle m’a fait penser, par certains côtés, à Katie Holmes dans le rôle de Joey Potter (dans la série Dawson), à l’époque où elle était promise à autre chose qu’à la une des magazine people, et qu’elle aussi, arrivait à incarner avec un certain naturel un peu le même genre de personnage.
Une tête de chat, un visage et un corps qui se transforment en un clin d’oeil en jeune fille ou en jeune femme, un état de jeu permanent (elle réagit à tout, sans cesse, son expression est très mobile)… on peut passer tout le film rien qu’à la regarder, et s’en contenter. L’évolution du personnage se faisant tout en douceur, on a tout le temps de la suivre, de la comprendre, et même si l’ensemble pourrait avoir un peu plus de force émotionnelle, elle est touchante (joli moment où elle reproche à ses parents de ne pas avoir joué leur rôle – je n’en dis pas plus pour préserver la fin).

A côté, il y aussi Peter Sarsgaard, qui trouve un rôle peut-être un peu plus intéressant que d’habitude, même si ce que je disais à l’époque est malheureusement toujours vrai ; il a ici plus de maturité et de profondeur (au point de ressembler, sur certains plans, à Colin Firth) et l’ambiguïté de David lui sied bien.
Les amis, Dominic Cooper (bien meilleur ici que dans Mamma Mia !, bien sûr) et Rosamund Pike sont plutôt bons eux aussi ; mention spéciale à cette dernière pour son interprétation de la jolie idiote qu’on ne peut malgré tout jamais mépriser.
L’inénarrable Alfred Molina interprète le père de Jenny, avec le talent qu’on lui connaît ; à la fois bienveillant et sévère, injuste et faible, mais profondément humain, ses accès de colère en particulier fonctionnent très bien.
Et puis, parlons d’Olivia Williams, assez parfaite dans le rôle de l’enseignante à lunettes, qui essaie (en vain ?) de guider Jenny vers la voie de l’excellence, qu’elle a elle-même choisie. Elle hérite presque du rôle le plus touchant du film (avec aussi le jeune Graham, assez magnifique et émouvant dans son décalage).

Excellente surprise donc, pour moi qui n’en attendais rien.