Shutter Island (Martin Scorsese)

Shutter Island (Martin Scorsese)

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Années 50. Sur l’île de Shutter Island, qui abrite un établissement psychiatrique, une patiente a mystérieusement disparu de sa cellule, pourtant encore fermée, et ne comportant aucune trace d’évasion. Comme elle est considérée comme dangereuse, on fait appel à deux membres des U.S. Marshals, afin de mener l’enquête. Mais l’un des deux, Daniels, a aussi un autre projet : se venger de celui qui a fait périr sa femme dans un incendie.

Les films de Scorsese déclenchent chez moi une attente assez variable, selon leur sujet, leur ampleur, leur casting. Et en fait, j’attendais assez peu Shutter Island, je n’ai pas lu le livre, et je ne sentais pas quelque chose d’aussi fort que pour Les Infiltrés.

Le résultat, c’est un film qu’on peut qualifier de mineur, mais en un peu moins fort que cet autre film mineur mais brillant qu’est, justement, Les Infiltrés.

Leonardo Di Caprio est plutôt bon, assez bien dirigé, mais pas assez néanmoins pour nous épargner ses éternels sourcils froncés auxquels il recourt toujours quand il ne sait plus quoi faire d’autre. Néanmoins, attention, c’est un acteur que j’aime beaucoup, et qui, à de nombreux moments, arrive à faire passer plusieurs émotions contradictoires en une seconde (à la fin, notamment).

Je suis plus emballée par Mark Ruffalo – que j’adore tout le temps, de toutes façons – et qui, dans ce rôle de second plan, est fascinant, parce que, Cliquez si vous ne craignez pas les spoilers

La petite Emily Mortimer (Match Point) est très bien, ainsi que Ben Kingsley, et aussi Patricia Clarkson qui s’amuse dans un rôle mono-scène. Michelle Williams est assez bonne aussi en suicidaire à moitié dans le déni.

Bien sûr, c’est bien filmé, bien cadré, bien monté ; mais en tout cas on pouvait s’attendre à quelque chose d’un peu plus puissant de la part de Scorsese (même si, là, je suis bien consciente de faire la difficile !)

A revoir peut-être, en se débarrassant des pensées parasites…

Whatever Works (Woody Allen)

Whatever Works (Woody Allen)

Whatever Works

Boris, autrefois brillant physicien, est devenu complètement misanthrope. Il vit seul à New York et passe son temps à exprimer ses pensées acerbes contre ses contemporains. Un soir, il trouve Melody, une jeune femme qui a fui son foyer et qui cherche un refuge. Contre toute attente, il l’accueille et finit même par s’entendre avec elle. Un an plus tard, c’est la mère de Melody qui arrive, ayant enfin retrouvé la trace de sa fille…

Larry David, qui interprète Boris, est le créateur de la série Seinfeld et l’acteur autour duquel s’était construite la série « Curb Your Enthousiasm », dans laquelle il interprétait son propre rôle, celui d’un acteur comique profondément misanthrope. C’est dire à quel point le personnage de Boris représente son fonds de commerce. Même si je n’ai pas réellement accroché à Curb Your Enthousiasm (je n’en ai vu que quelques épisodes), il est quand même indéniable que ce personnage haineux, finalement médiocre et détestable, est réjouissant.
On est, par certains côtés, assez proche, aussi, de certains personnages qu’interprétait Woody Allen lui-même, époque Annie Hall ou Manhattan, avec une nuance angoissée supplémentaire, là où Larry David semble davantage décomplexé.

Malgré ces petites différences, Whatever Works m’a légèrement fait penser à Annie Hall, dans son ton, dans son rythme, dans ce rapport entre le misanthrope et la jeune femme légère (rien n’est réinventé depuis Molière), qui va les élever tous les deux, avant que la jeune femme ne se sauve elle-même et s’échappe.

Faisant de son personnage principal un homme âgé et probablement assez proche de lui, Woody Allen a le bon goût de ne  pas sombrer dans l’autobiographie plaintive ni dans le film bilan sur la vieillesse. Gardant un ton sec et amusé, un recul salutaire, le propos n’est ici pas celui d’un vieux new yorkais libidineux et désabusé (ce qui était, je trouve, davantage le cas dans Vicky Cristina Barcelona). Même si de petites réflexions sur l’âge, sur ses obsessions hypocondriaques et ses petites habitudes parsèment l’histoire, ça n’est jamais réellement amer, et plutôt sur un ton souriant.

Evan Rachel Wood (Thirteen, Across The Universe) fait sa première incartade chez Woody et à vrai dire c’est un peu rafraîchissant, car il y a chez elle un côté ingénu, plus innocent que sa camarade Scarlett Johansson, avec un sex appeal équivalent mais peut-être moins « femme fatale ». Je trouve malgré tout qu’à de nombreux moments, elle comme Larry David jouent un peu faux, mais il me faudrait une revision pour confirmer cela.
Patricia Clarkson dans le rôle de la mère, s’en donne à cÅ“ur joie et s’en sort, à mon avis, mieux que les deux rôles principaux, malgré la caricature inévitable, avec laquelle elle s’amuse assez habilement, au final.
Et puis Woody Allen a la gentillesse d’inviter dans ce beau monde le jeune Henry Cavill, surtout connu pour la série TV « Les Tudors », dont le charme est suffisamment indéniable pour justifier la fin du film sans que l’on soit désolé pour Boris.

Pour résumer, c’est un petit film sympathique qui a quelques défauts mais qui m’a charmée en me rappelant le Woody Allen que je préfère, avec ce léger parfum de Annie Hall qui flotte aux alentours. J’ai été aussi emballée par la photographie, surtout dans les scènes d’extérieur, et découvert plus tard que le directeur de la photographie n’était autre que Harris Savides (qui avait aussi signé celle de Zodiac, Birth, Milk et d’autres Gus Van Sant).

 

Note : 4,5/6

Note : 4,5/6

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Film sensible et hivernal avec Celui-dont-on-ne-prononce-plus-le-nom, la chouette Emily Mortimer (Match Point) et plein d’acteurs indépendants qu’on voit toujours par-ci par-là.

Le sujet est très très très glissant. En VO, Lars and the real girl : Lars, petit gars un peu paumé. Un peu fragile. Un peu autiste, à vrai dire. Habite le garage de la maison de son frère ;  adoré par sa belle-sÅ“ur enceinte, il résiste pourtant à tous les efforts de cette dernière pour le socialiser. Et puis un jour, tout bascule. Lars se met à aller vers eux. Et à leur parler. Et à parler à quelqu’un d’autre, aussi : à Bianca, sa nouvelle petite amie, poupée grandeur nature fraîchement commandée sur internet.

Malgré quelques longueurs, quelques maladresses, il y a quelque chose de très touchant dans cette cellule familiale (et cette communauté) qui se libère par le truchement d’une personne symbolique dont la réalité n’est en fait pas à prouver très longtemps. C’est très beau de voir la parole se délier, devenir facile, puisqu’il n’y a plus besoin de trouver un prétexte. Et de manière générale, le parcours de Lars est très émouvant, sa création, la manière dont il s’en sert, son aveuglement qu’on ne peut jamais vraiment mépriser ou trouver ridicule – parce qu’au fond Lars est extrêmement lucide.
Lars qui préfère les fleurs en plastique, parce qu’elles ne meurent jamais.