Life During Wartime (Todd Solondz)

Life During Wartime (Todd Solondz)

5.png

Un groupe de personnages tourmentés par des monstruosités plus ou moins intenses, des névroses plus ou moins profondes, des crimes plus ou moins graves, qu’ils tentent à tout prix de (se) pardonner. Trois sÅ“urs, Joy, Trish et Helen, les relient.

J’avais donc rattrapé Happiness quelque temps avant de voir ce film, et bien m’en a pris, car – je l’ignorais totalement – Life During Wartime est une sorte de réécriture de Happiness, ou une sorte de suite, ou une variation… En tout cas un exercice de cet ordre.

Ce qui est évidemment très intéressant, c’est que l’action se déroule plus tard, que ce sont à la fois les mêmes personnages et à la fois pas du tout. Le casting est intégralement différent, mais les personnages sont bien là.
Le début du film est ainsi assez prenant, surtout quand on a vu par hasard Happiness juste avant et qu’on reconnaît le décor, les objets, les prénoms…

Il y a deux acteurs que j’affectionne particulièrement, dans ce film : Shirley Henderson (Harry Potter, Miss Pettigrew) et sa voix si particulière et si fascinante, qui récolte ici le rôle de Joy (tenu auparavant par Jane Adams). Joy devient alors cette petite personne fluette qui, parfois, a presque l’air d’être un peu plus épanouie, mais qui est en fait profondément brisée, même si une certaine assurance surnage encore, parfois. Autant j’avais beaucoup aimé Jane Adams, autant ici on est dans quelque chose de plus incarné, et d’assez bouleversant.
L’autre acteur, c’est Ciarán Hinds, vu lui aussi dans Miss Pettigrew, qui a, je trouve, une très belle présence. Ici, il reprend le rôle du père-psychanalyste pédophile, mais à sa sortie de prison. Le poids se lit sur son visage, il y a quelque chose de bestial et de très humain et d’atrocement lucide qui se dégage de son interprétation.

C’est en fait tous les personnages qui semblent plus incarnés, plus vivants, davantage faits de chair et de sang. Cela rend Life During Wartime moins froid que Happiness ; on sent que le regard du réalisateur se fait moins lointain, moins faussement désintéressé.

La scène entre le père et le fils aîné est terriblement étrange, lourde de détails (les bonbons, l’eau) mais incroyablement forte. J’aime à quel point l’ensemble du film est toujours ancré dans le réel, un réel toujours un peu moche, plein de défauts à l’arrière-plan (et quand il est clinquant et tape-à-l’Å“il, comme chez Helen, « celle qui a réussi », il n’en est pas moins moche).

Il est question d’oubli, de pardon, le fameux « forgive and forget ». Qui se décline, en fait, dans une série de sous-questions : vaut-il mieux oublier et pardonner, oublier sans pardonner, pardonner sans oublier ? Timmy, le petit garçon, hérite en effet de casseroles bien lourdes à porter, entre son père qu’il croit mort et dont il apprendra le crime, sa mère qui lui parle de sa vie sexuelle… Tous les personnages sont, à proprement parler ou non, hantés. Et cette impression est renforcée par les réminiscences du film de 1997 qui affleurent sans cesse.

Il y a toujours aussi, bien sûr, des petits moments amèrement drôles (par exemple, toujours dans la façon dont Joy est traitée par sa propre famille).
Amer, juste, avec toujours la tentation de la provocation, on sent quand même que Todd Solondz cherche un peu moins à choquer qu’avant. Il a raison, car au fond ce n’est pas forcément son point fort…


IMDB vient de publier la bande-annonce du film :
http://www.imdb.com/video/imdb/vi2739734297/

Miss Pettigrew (Bharat Nalluri)

Miss Pettigrew (Bharat Nalluri)

4.png

Dans l’Angleterre de 1939, Ms Pettigrew est une gouvernante d’un certain âge, sans le sou. Quand elle perd son emploi, elle a un réel besoin de pouvoir de nourrir, se loger. Par audace et suite à quelques mensonges, elle se retrouve secrétaire mondaine d’une jeune comédienne débutante, Delysia Lafosse, et se trouve plongée dans un monde de frivolité et de luxe dans lequel elle s’efforce de se fondre.

Inutile de vous préciser pourquoi j’ai tenu à voir ce film après coup. Le rôle principal est plutôt tenu par Frances McDormand, qui incarne donc le personnage éponyme ; mais Amy Adams y interprète la frivole mais attachante Delysia Lafosse, actrice et chanteuse.

Le film n’est pas fantastique, mais gagne énormément par ses interprètes, justement. Frances McDormand, toujours très bonne, ne fait pas exception ici dans ce rôle qui connaît une jolie évolution. Elle y est drôle et touchante, et fonctionne en miroir de toute l’action, que l’on ressent à travers ses yeux. Ciarán Hinds – un de ces acteurs dont on connaît par coeur le visage sans connaître leur nom – y est aussi très bien, et les deux personnages, plus mûrs que les autres, tissent une belle relation, crédible et attachante, même si le film ne s’appesantit guère sur leurs états d’âme.
Il y a aussi Mark Strong, meilleur ici que dans Sherlock Holmes, bien que tout aussi caricatural parfois dans ce rôle du futur mari arrogant. On voit aussi Shirley Henderson, que l’on connaît surtout à travers son rôle de Mimi Geignarde dans les Harry Potter, qui est ici dans un rôle assez ingrat, un peu détestable, qu’elle assume parfaitement, et, du coup, le rend assez beau. Et puis il y a Lee Pace, que j’avais découvert et beaucoup apprécié dans The Fall, et qui s’avère décidément très doué pour ces personnages passionnés et inflexibles. Il fonctionne très bien avec Amy Adams. Cette dernière est, comme d’habitude, virevoltante, émouvante, pétillante, sensible, et même si ce n’est pas son meilleur rôle, elle reste toujours fascinante dans sa capacité à incarner des personnages sans arrière-pensée, qui sont toujours dans l' »ici et le maintenant ».

On pourrait reprocher au film son manque d’ambition. Avec un tel sujet, une telle période (juste avant la Seconde Guerre Mondiale), et de tels personnages, on pouvait presque faire une fresque, ample et bouleversante. Le film se veut plutôt léger, mais parfois, on reste un peu sur sa faim.
Mais il y a un rythme assez soutenu (tout se déroule sur quelques jours à peine), et un petit parfum suranné qui flotte, sans pour autant que ce soit poussiéreux.

Et puis, quelques moments restent très émouvants ; je chéris tout particulièrement cette scène musicale, où Amy Adams chante (elle-même bien sûr) If I Didn’t Care et où on voit le personnage s’émouvoir de la chanson qu’il est en train de chanter et ainsi, faire avancer sa vie intérieure. Ce moment est particulièrement bien réalisé, avec un petit mouvement de caméra circulaire et des contrechamps bien choisis sur les personnages secondaires. Presque un moment de comédie musicale pure et dure, comme je les aime, et qui marche sur moi à 100%.