Hunger Games (Gary Ross)

Hunger Games (Gary Ross)

La dystopie au cinéma, c’est un peu mon péché mignon (un peu normal pour quelqu’un dont le premier coup de cÅ“ur en salle a été L’Armée des 12 singes). Pour autant, je ne connaissais avant d’entrer dans la salle qu’à peine quelques morceaux du concept de ces Hunger Games, et je n’ai pas lu les livres de Suzanne Collins.

C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai été plutôt emballée et assez vite captivée par tout cet univers et par les aventures de Katniss Everdeen. La petite Jennifer Lawrence, que je n’avais vu auparavant que dans X-Men le commencement l’an dernier, est très bien, avec son visage qui garde un petit quelque chose d’enfantin mais qui est aussi habité par la dureté. J’aime aussi assez Josh Hutcherson, dans le rôle de Peeta, (que j’avais vu plus petit dans Le secret de Terabithia et aussi un peu plus grand dans Tout va bien ! The Kids are all right, où il jouait le frère de Mia Wasikowska, et donc le fils d’Annette Benning et de Julianne Moore).

J’aime moins le côté forcé des costumes et maquillages de la population du « Capitole » (mais ça c’est parce que je n’arrive pas à m’imaginer une société où les gens auraient réellement le temps et l’envie de faire ça tous les jours…) Stanley Tucci est drôle en présentateur télé dégénéré.

Ce qui me plaît dans le concept, c’est le fait que ces jeux, par leur nature, désactivent totalement la sincérité des personnages, qui se retrouvent de fait dans une position délicate où ils doivent sans cesse « plaire », sans cesse « se défendre », sans cesse « sauver leur peau ». Dès lors, on ne sait jamais si leurs actes sont motivés par leur éthique personnelle ou par une stratégie calculée. Ou, bien évidemment, par les deux. J’aime bien toutes les scènes de de plateau-télé justement où Katniss découvre les réactions directes du public, qu’elle ne s’explique pas complètement et qu’elle maîtrise mal. Et c’est pourquoi aussi j’aime assez la fin, avec ce couple dont on ne sait finalement pas quelle est la part exacte de stratégie et d’affection réelle.

Côté mise en scène, ne nous leurrons pas : c’est sans génie, et c’est même sans style. Je le reconnais. Mais ce serait malhonnête de cacher le fait que j’ai passé un très bon moment, un peu comme quand on lit un roman un peu médiocre et mal écrit, mais tellement bien ficelé qu’on ne peut décemment pas dire que « C’est nul ». Je trouve aussi dommage que Katniss ne tue finalement jamais que pour se défendre de façon immédiate, ce qui la place dans une position de « gentille » à la morale irréprochable, alors qu’au fond son innocence et sa sincérité laissent largement à désirer.

Evidemment, beaucoup d’éléments sont un peu effleurés, c’est le cas de pas mal de personnages secondaires, et aussi de l’explication du pourquoi de ces « jeux » (j’ai bien compris qu’il s’agissait d’une punition envers les 12 districts, mais pourquoi exactement – à part l’idée d’une rébellion – et de la part de qui, j’avoue que je n’ai pas bien suivi). Le « geai moqueur », élément a priori très important puisqu’il est l’emblème de la trilogie des livres, me semble aussi un peu faible. Du coup, eh bien oui, j’ai maintenant envie de lire les livres ! Et pour avoir feuilleté le premier tome hier en librairie, ça a l’air de se lire vite.

Note : ★★★★½☆

Lovely Bones (Peter Jackson)

Lovely Bones (Peter Jackson)

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Susie Salmon mène une vie d’adolescente ordinaire. Un soir, en revenant de l’école, elle rencontre son voisin qui l’attire dans un piège et l’assassine. Une fois morte, Susie a beaucoup de mal à laisser sa vie derrière elle, tandis que sa famille et ses proches font face à sa terrible disparition.

J’ai vu le film après beaucoup de gens, après avoir entendu à quel point il était raté, laid, mal fichu, inintéressant.

Encore une fois, l’attente joue toujours beaucoup pour moi, dans un sens ou dans un autre. Aurais-je aimé autant si je l’avais vu plus tôt, ou sans entendre aucun avis ? Je ne sais pas.

En tout cas, oui, je pense que d’un côté, le film est raté, car il manque pas mal de choses du livre d’Alice Sebold (que j’ai eu la chance de lire il y a quelques années, et dont je ne me souviens, du coup, presque plus), et aussi parce qu’il y a quelques détails esthétiques de goût douteux. Je ne suis pas complètement réfractaire aux effets spéciaux qui constituent le « paradis », mais le passage magazine / disco passe assez mal. Et puis le personnage de la grand-mère est particulièrement hors de propos aussi, avec sa séquence « montage » où tout le monde s’amuse… (!) On se demande un peu ce que ça vient faire là, à part pour distraire Susan Sarandon… Et enfin, je suis totalement perplexe pour le choix de l’acteur qui interprète Ray, car je trouve la différence d’âge assez perturbante… (et en plus il est assez mauvais).

On dit aussi beaucoup de mal de Mark Wahlberg. Il est certes un peu jeune pour le rôle (qu’aurait-on dit de Ryan Gosling, prévu avant lui ?) mais je le trouve relativement convaincant. Cette jeunesse le rend fragile, le rend proche. Rachel Weisz irradie, comme d’habitude, mais son personnage n’est pas assez présent.

La sÅ“ur en revanche est probablement le personnage secondaire le plus réussi, celui par lequel beaucoup d’émotions passent dans la deuxième partie du film. On s’émeut avec Susie de la voir grandir. Sa scène de bravoure chez Harvey est haletante, non seulement parce que la réalisation et le montage en sont splendides, mais aussi parce que cette sÅ“ur qui se bat, qui avance, tout en tenant bon et en gardant en tête le passé, nous touche. Que dire ensuite de ce double geste qu’elle a en rentrant chez elle et en trouvant sa mère (de cacher d’abord le carnet, puis de le brandir, d’un coup).

Le film est à mes yeux plein de ces moments-là. Des fulgurances, des scènes si bien faites, si touchantes avec simplement des détails, que j’en oublie le reste. Je peux en citer beaucoup, mais je me contenterai de quelques-unes. Quand Susie démarre la voiture avec son frère qui s’étouffe. Dans la pièce blanche avec Harvey dans la baignoire. Quand Susie décide de rentrer dans la maison obscure. Dans le jardin de Harvey, quand Mr. Salmon comprend, leurs échanges, leurs regards autour de ces brindilles absurdes.

Stanley Tucci est terriblement grimé mais il incarne assez parfaitement Harvey, et en est terrifiant. Rien à voir avec les serial killers sympas qui peuvent habiter nos écrans dernièrement (non pas que je n’aime pas Dexter, attention). Ici on ressent la mort. L’horreur du sang, la sauvagerie qui consiste à découper, à emballer, à enfermer, à enterrer.

Et puis il y a Saoirse Ronan. Elle était déjà excellente dans Reviens-moi et ici elle récolte un rôle très difficile, dans lequel d’ailleurs elle n’est pas époustouflante. Mais. Mais parfois, dans ses yeux, quelque chose d’unique passe, quelque chose qui mélange à la fois terreur et émerveillement, et qui arrive à saisir de manière incroyable ce moment tangent où l’enfance se transforme en adolescence, et la terreur que c’est, d’avoir une petite fille morte en soi.

Le film, au fond, ne (me) parle que de ça, et ces fulgurances, ce regard, sont si bouleversants que peu importe que le paradis soit trop coloré ou que la chanson de fin soit mal choisie. Ces moments-là font beaucoup avec peu, avec des détails, arrivent à créer de l’émotion avec des cadrages, un montage bien pensé, une lumière adaptée. C’est comme ça qu’on sait qu’il y a un vrai metteur en scène derrière tout ça, et, bon sang, ça n’arrive pas tous les jours…

Julie et Julia (Nora Ephron)

Julie et Julia (Nora Ephron)

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Julie, trentenaire un peu désorientée, décide de faire un blog de cuisine en réalisant toutes les recettes du livre best-seller de Julia Child, américaine qui a vulgarisé la cuisine française outre-Atlantique… Le film suit en parallèle les histoires de ces deux femmes.

Je ne connaissais pas le personnage de Julia Child, j’ignore s’il s’agit d’un vrai personnage « culte » aux États-Unis ou non, mais en tout cas, l’interprétation de Meryl Streep, est – une fois encore – assez folle. L’actrice s’amuse, comme d’habitude, et s’en donne à cÅ“ur joie, frôlant parfois de très près le cabotinage, avec voix perchée, rire forcé et sourire débonnaire. Un grand personnage comique en tout cas, avec des côtés touchants assez réussis, notamment dans la relation, jolie, avec son mari (Stanley Tucci).

Amy Adams est aussi plutôt bonne dans le rôle de cette Julie qu’on a parfois envie de gifler, de temps à autre. Elle trouve moins matière à s’amuser que sa collègue et le personnage est un peu étriqué pour elle – je crois. Mais elle reste très attachante. Son compagnon, Chris Messina, fait partie des acteurs pour lesquels je ressens un dégoût inexplicable ; le voir manger – salement, qui plus est – à plusieurs reprises, forcément, fait partie des pires moments du film.

A part ça, c’est un film gentil, pas mal fait mais un peu mou, qui manque d’une vraie force directrice. La non-relation entre les deux personnages du film est certainement ce qu’il y a de plus intéressant – et de plus amer – dans ce que ça raconte…