Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes (David Fincher)

Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes (David Fincher)

Ça fait maintenant bien longtemps que j’ai entendu parler pour la première fois de la trilogie Millenium, romans du suédois Stieg Larsson. Je travaillais alors en bibliothèque municipale et j’avais du mal à comprendre comment, du jour au lendemain, avait pu se créer une liste d’attente longue comme un bras de King Kong pour la réservation du seul exemplaire que nous possédions alors de chaque tome (nous allions être forcés d’en commander quelques doubles par la suite…)

Les couvertures singulières de chez Actes Sud et leurs dessins bizarres, je l’avoue, ne m’inspiraient guère. Je suis pourtant bonne cliente de polars nordiques (mon préféré étant l’islandais Arnaldur Indridason, encore assez peu adapté au cinéma, à part Jar City – mais il a aussi signé le scénario, toujours pour le même réalisateur, Balthazar Kormakur, de Contrebande, un film avec Mark Walhberg à sortir en mai). — Oui oui, je vous perds un peu avec mon intro, mais c’est comme ça. —
Le problème, c’est que moi et les livres grand format, on n’est pas très copains. C’est cher, c’est trop gros pour mes petites mains, trop lourd pour mon petit sac sur mon fragile dos. Je suis une amoureuse des poches, j’aime leur dimension, leur aspect familier. Dès lors, pour les livres à leur sortie, c’est au choix : soit je les emprunte à la bibliothèque, soit j’attends quelques mois leur sortie en poche. Comme vous l’aviez compris, réussir à réserver Millenium en bibliothèque tenait à l’époque du parcours du combattant, ah oui j’aurais bien pu ruser dans les logiciels internes à ma disposition pour gruger les 45 petites vieilles qui étaient avant moi sur la liste, mais ce n’aurait pas été très urbain, ni très professionnel. Attendons le poche, donc. Mais, muflerie de l’éditeur, profits en vue et autres raisons économiques douteuses ont fait que le poche s’est fait looooongtemps attendre pour le tome 1. Du coup, ma curiosité a eu le temps de s’émousser ; pire, j’étais presque agacée par ce pseudo-phénomène qu’on voulait à tout prix nous imposer.

Quand enfin j’ai eu l’objet dans les mains, j’ai commencé à le lire tranquillement, avec, peut-être je l’avoue, un petit a priori négatif, un peu snob, comme la sensation que ce truc tellement populaire devait être bien médiocre. (Après tout, j’avais bien eu aussi beaucoup d’a priori négatifs sur la saga Harry Potter, pour finir par engloutir les 7 tomes à la suite…) Mais, aux premières pages, le livre m’est tombé des mains. Ce mic-mac économico-politico-journaleux me semblait complètement embrouillé, nous présentant des personnages et des situations absolument inintéressantes, avec un style encombré et vraiment pas attrayant. Comme je lis généralement plusieurs livres en même temps, j’ai dû fermer un jour celui-là, en prendre un autre, et ne jamais le rouvrir.
Jusqu’à un jour paisible de l’année 2011 où, sur une île méditerranéenne, bloquée par la pluie dans un confortable petit hôtel, je me suis retrouvée avec le pavé à portée de main. Relisant en mode avance rapide les premières pages qui m’avaient tant déplu, j’y ai un peu mieux trouvé mon chemin, et j’ai poursuivi ma lecture, pour ne plus m’arrêter jusqu’à la fin. Une écriture globalement sans éclat, mais efficace, des personnages attachants, des péripéties qui se suivent facilement et avec plaisir : après tout, je ne demande pas mieux !
Il est vrai que ma lecture était d’autant plus motivée que je savais déjà que j’allais voir début 2012 l’adaptation cinéma de David Fincher, dont j’attendais qu’il refasse un film à la hauteur de Zodiac… Je mentirais si je disais que je n’ai pas visualisé, dès ma lecture, les visages de Daniel Craig en Mikael Blomkvist, de Robin Wright en Erica Berger et  de Rooney Mara en Lisbeth Salander.

 

La lecture finie, les mois ont passé, et j’ai pu découvrir le film de Fincher sans être trop encombrée par les pensées-parasites qu’occasionnent une lecture trop récente par rapport au visionnage de son adaptation cinéma (« ce n’est pas fidèle », « il manque ça », « ils ont rajouté ça »…)
Après un générique que l’on m’avait trop vantée (il est très bien, hein, mais pas révolutionnaire non plus… C’est un générique à la James Bond, en plus sombre…) j’ai été séduite quasiment dès le début, qui ne s’encombre pas, comme le fait le livre, d’une explication longue et laborieuse sur les tenants et les aboutissants de l’affaire Wennerström. Et puis, on arrive sur l’île, et un plan mobile qui avance sur la maison d’Henrik Vanger m’a donné des frissons. A la fois élégant et chargé de mystère, ouvrant la curiosité du spectateur comme s’il se trouvait devant un jeu de société à échelle réelle, ce plan est pour moi, à l’image du tout premier plan de Zodiac, chargé de cinéma. (Je sais, ça ne veut pas dire grand-chose, mais je n’arrive pas à le formuler autrement.)

Pas de surprise, le casting est globalement très bon. Robin Wright incarne parfaitement son personnage, à un point que je n’imagine nulle autre actrice qu’elle à sa place. Goran Visjnic est très bien dans le peu que l’on voit d’Armansky. Daniel Craig est comme un poisson dans l’eau : il semble s’amuser beaucoup avec son personnage, son côté à la fois très vif d’esprit et pourtant parfois dépassé, par Lisbeth en particulier, mais aussi par lui-même. Son jeu avec ses lunettes, qui l’encombrent mais qui lui sont nécessaires, est tout simplement délicieux. Et puis, enfin, Rooney Mara est une Lisbeth parfaite, autant dans son corps et sa manière d’évoluer, que dans sa voix absolument fascinante, mélange de fragilité et de ténacité.

Sans parcourir le film dans ses moindres détails, je trouve que les choix qui sont faits se tiennent bien – à part une petite réserve sur la résolution de l’énigme, pour le coup assez différente du livre, et que je préfère dans le livre. Comme souvent chez Fincher, les décors, costumes, accessoires fourmillent de détails plaisants et bien vus : une bouteille qui roule sur un frigo, un iPhoto dont on sait mal se servir, un bête gobelet de café, un sachet de donuts… Tout fourmille de précision et de cohérence, ce qui n’est guère étonnant quand on connaît un peu le niveau de maniaquerie du réalisateur. Les scènes difficiles, que je craignais parce qu’on n’est jamais très loin du voyeurisme quand on choisit de montrer ça, sont finalement rattrapées, un peu de justesse, mais bon, par la souffrance évidente de Lisbeth, et surtout par son sang qui coule abondamment dans la baignoire. L’absence de ce plan aurait à mes yeux condamné la séquence et même tout le film.

Je ne compare pas avec le téléfilm dit « original », que je n’ai pas vu. Noomi Rapace, à qui, c’est plus fort que moi, je trouve toujours un air de ressemblance avec Mathilde Seigner (désolée…….), me plaît moins sur le papier, mais on m’en dit du plus grand bien. Je doute cependant d’avoir l’envie ou l’occasion de rattraper ma lacune.

Et après avoir lu le tome 2, j’avoue espérer dans un monde idéal que la même dream-team puisse se reformer à nouveau… Les acteurs ont a priori signé pour les trois volets, mais quid de Fincher ? C’est vrai que, je l’avoue, il a sûrement autre chose à faire, mais son film donne l’impression qu’il s’est quand même bien amusé avec ce matériau. A suivre donc !

Note : ★★★★★½

 

Melancholia (Lars von Trier)

Melancholia (Lars von Trier)

À l’occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la sÅ“ur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre… [résumé officiel]

J’attendais beaucoup ce film. Non pas parce que je suis fan de Lars von Trier (je pense ne jamais lui pardonner ce chantage émotionnel qu’était Dancer in the Dark), mais parce que je sais qu’il est capable du meilleur comme du pire, et que la bande-annonce m’avait complètement conquise. Pensez-vous : dépression sur fond de fin du monde !

Et puis, il m’a fait un sale coup.
Attention, je vais vous avouer quelque chose d’un peu honteux. Mais il faut que je le dise. En fait, j’ai un gros problème avec la caméra à l’épaule, la caméra mobile. Quelques plans tournés comme ça, ça va, ça me donne un peu mal à la tête mais ça passe ensuite. En revanche, si tout le film est filmé comme ça, c’est le cauchemar. Étant naturellement sujette aux migraines, il m’en faut très peu, et s’il n’y a aucun répit, aucune scène en caméra fixe, ça me rend littéralement et affreusement malade. Je sais, c’est ridicule, ce n’est pas digne de mon âge… mais c’est comme ça.
Le dernier film que je n’ai ainsi pas pu voir était [REC], qui me faisait en plus la double peine d’être aussi un film d’horreur. Autant dire que j’avais regardé le siège de devant en permanence. Mais sans regrets, car ça avait l’air assez mauvais.

Pour Melancholia, je ne me suis pas méfiée une minute. J’ai été happée par le prologue magnifique, images de planètes, d’univers, sur fond de Wagner ; un peu facile, c’est sûr, mais diablement efficace. Je sentais que j’allais adorer ce film.
Et puis la première partie commence, et au bout de 5 minutes je suis obligée de fermer les yeux, si je ne veux pas avoir la tête qui explose. J’essaie de regarder, de temps en temps, pour suivre un peu. Un vrai calvaire. Ah ça, je suis en pleine empathie avec Justine, le personnage principal, et sa maladie. J’écoute les dialogues, je capte quelques plans. Je surveille, surtout, le moment où tout ça va se poser.
La deuxième partie commence, je me dis, super, ça va probablement changer. Mais non. Je vois donc 90% du film sans le voir : des bouts de scènes, la bande-son, un haut-le-cÅ“ur global. Le plus affreux, c’est que j’adore le peu que je vois.
J’arrive à regarder, bien sûr, et heureusement, la toute fin du film, que je trouve absolument magnifique : Cliquez si vous ne craignez pas les spoilers

Comment, après cette séance étrange, donner un avis sur le film ? J’ai adoré tout ce que j’ai vu, mais évidemment la séance m’a paru longue, très longue… Et comment défendre vraiment un film qu’on n’a pas vraiment vu ? Je suis très très embêtée.
Je ne vais donc pas mettre de note, je ne sais pas si je pourrai mieux supporter une vision à la maison, j’en doute à vrai dire… Et j’en suis la première déçue, car je pense vraiment que c’est un film qui aurait dû être très haut dans mon top de cette année.