Lovely Bones (Peter Jackson)

Lovely Bones (Peter Jackson)

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Susie Salmon mène une vie d’adolescente ordinaire. Un soir, en revenant de l’école, elle rencontre son voisin qui l’attire dans un piège et l’assassine. Une fois morte, Susie a beaucoup de mal à laisser sa vie derrière elle, tandis que sa famille et ses proches font face à sa terrible disparition.

J’ai vu le film après beaucoup de gens, après avoir entendu à quel point il était raté, laid, mal fichu, inintéressant.

Encore une fois, l’attente joue toujours beaucoup pour moi, dans un sens ou dans un autre. Aurais-je aimé autant si je l’avais vu plus tôt, ou sans entendre aucun avis ? Je ne sais pas.

En tout cas, oui, je pense que d’un côté, le film est raté, car il manque pas mal de choses du livre d’Alice Sebold (que j’ai eu la chance de lire il y a quelques années, et dont je ne me souviens, du coup, presque plus), et aussi parce qu’il y a quelques détails esthétiques de goût douteux. Je ne suis pas complètement réfractaire aux effets spéciaux qui constituent le « paradis », mais le passage magazine / disco passe assez mal. Et puis le personnage de la grand-mère est particulièrement hors de propos aussi, avec sa séquence « montage » où tout le monde s’amuse… (!) On se demande un peu ce que ça vient faire là, à part pour distraire Susan Sarandon… Et enfin, je suis totalement perplexe pour le choix de l’acteur qui interprète Ray, car je trouve la différence d’âge assez perturbante… (et en plus il est assez mauvais).

On dit aussi beaucoup de mal de Mark Wahlberg. Il est certes un peu jeune pour le rôle (qu’aurait-on dit de Ryan Gosling, prévu avant lui ?) mais je le trouve relativement convaincant. Cette jeunesse le rend fragile, le rend proche. Rachel Weisz irradie, comme d’habitude, mais son personnage n’est pas assez présent.

La sÅ“ur en revanche est probablement le personnage secondaire le plus réussi, celui par lequel beaucoup d’émotions passent dans la deuxième partie du film. On s’émeut avec Susie de la voir grandir. Sa scène de bravoure chez Harvey est haletante, non seulement parce que la réalisation et le montage en sont splendides, mais aussi parce que cette sÅ“ur qui se bat, qui avance, tout en tenant bon et en gardant en tête le passé, nous touche. Que dire ensuite de ce double geste qu’elle a en rentrant chez elle et en trouvant sa mère (de cacher d’abord le carnet, puis de le brandir, d’un coup).

Le film est à mes yeux plein de ces moments-là. Des fulgurances, des scènes si bien faites, si touchantes avec simplement des détails, que j’en oublie le reste. Je peux en citer beaucoup, mais je me contenterai de quelques-unes. Quand Susie démarre la voiture avec son frère qui s’étouffe. Dans la pièce blanche avec Harvey dans la baignoire. Quand Susie décide de rentrer dans la maison obscure. Dans le jardin de Harvey, quand Mr. Salmon comprend, leurs échanges, leurs regards autour de ces brindilles absurdes.

Stanley Tucci est terriblement grimé mais il incarne assez parfaitement Harvey, et en est terrifiant. Rien à voir avec les serial killers sympas qui peuvent habiter nos écrans dernièrement (non pas que je n’aime pas Dexter, attention). Ici on ressent la mort. L’horreur du sang, la sauvagerie qui consiste à découper, à emballer, à enfermer, à enterrer.

Et puis il y a Saoirse Ronan. Elle était déjà excellente dans Reviens-moi et ici elle récolte un rôle très difficile, dans lequel d’ailleurs elle n’est pas époustouflante. Mais. Mais parfois, dans ses yeux, quelque chose d’unique passe, quelque chose qui mélange à la fois terreur et émerveillement, et qui arrive à saisir de manière incroyable ce moment tangent où l’enfance se transforme en adolescence, et la terreur que c’est, d’avoir une petite fille morte en soi.

Le film, au fond, ne (me) parle que de ça, et ces fulgurances, ce regard, sont si bouleversants que peu importe que le paradis soit trop coloré ou que la chanson de fin soit mal choisie. Ces moments-là font beaucoup avec peu, avec des détails, arrivent à créer de l’émotion avec des cadrages, un montage bien pensé, une lumière adaptée. C’est comme ça qu’on sait qu’il y a un vrai metteur en scène derrière tout ça, et, bon sang, ça n’arrive pas tous les jours…

Il était une fois (Kevin Lima)

Il était une fois (Kevin Lima)

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Giselle, une princesse de dessin animé, vit dans la forêt avec ses amis oiseaux, souris, écureuils et rêve du prince charmant. Lorsque celui-ci arrive enfin, et que tout les destine à un avenir heureux de mariage et d’enfants, la mère du prince, vile et cruelle, décide d’éviter de perdre son trône et réserve le pire des sorts à Giselle : elle l’envoie à l’endroit où il n’y a pas de « happily ever after ». C’est à dire à Times Square.

Il aurait fallu me payer pour que j’aille voir ce film à sa sortie ; je me rappelle encore des atroces affiches en 4 par 3 dans le métro, production Disney avec des « vrais acteurs », et puis Patrick Dempsey, pouaaaaaaah.

Mais j’ai découvert récemment que James Marsden, mon vieux copain, jouait dans le film. Je me le suis donc procuré.
Puis, j’ai développé un intérêt subit pour Amy Adams : l’affaire était faite, il fallait que je voie ce film.

Et quelle excellente surprise !
Le début, tout en dessin animé, se moque gentiment des codes des films Disney, sans pour autant verser dans le sarcasme et le cynisme. Les oiseaux fabriquent des robes, les souris parlent, les princes vous demandent en mariage dans la minute.

Par la suite, l’atout numéro un, c’est Amy Adams. Je ne vois absolument personne d’autre dans ce rôle, qu’elle incarne de manière absolument incroyable. Elle s’approprie avec une énergie époustouflante ce corps de princesse Disney, depuis ses grands yeux ronds jusqu’à ses boucles rousses, chaque parcelle de son corps est perpétuellement en jeu, c’est très beau à voir. Le personnage, par ailleurs, est très beau aussi : l’innocence et l’enthousiasme qui se heurte, sans se casser, à des murs incessants ; la manière dont sa spontanéité outre, désarme, perturbe ceux qu’elle rencontre…
Et puis, petit à petit, la présence de ce corps, fait de chair, de désirs, qui change tout, surtout entre la princesse et son prince… Finalement assez osé pour un film Disney, car au fond, le propos est bien là.

James Marsden est lui aussi très enthousiaste dans son interprétation, bien que plus en force que sa partenaire, mais assez amusant ; Patrick Dempsey remplit son rôle de personnage masculin de premier plan ; un autre acteur aurait probablement pu rendre l’histoire encore plus réjouissante et plus crédible. Bon, il y a bien un écureuil animé parfois un peu laid, mais il est sympathique. Et puis… la reine…

Un vrai coup de cÅ“ur en tout cas. Parfait film de Noël (oui, je sais, mais ce sera encore valable pour Noël prochain…)